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Après les guerres et les pillages, restera-t-il au moins le droit d’être Congolais ?
Aucune carte d’identité nationale n’a été émise de façon fiable depuis la fin de l’ère Mobutu en 1997, rendant les citoyens dépendants de documents provisoires ou de la carte d’électeur. Lancée en 2023, la délivrance des nouvelles cartes par l’Office national de l’identification de la population (ONIP) a été suspendue en 2024 en raison de soupçons de surfacturation et d’irrégularités contractuelles. L’absence d’une pièce d’identité formelle complique la vie administrative des citoyens. Cependant la délivrance de ce document ne peut se faire dans la précipitation. En matière d’identité, la vitesse est souvent l’ennemi de la solidité…
On parle souvent de l’identité nationale comme d’un programme administratif ou d’un chantier technologique. Pour les spécialistes de la question, c’est une erreur de perspective. «L’identité nationale n’est ni un service public ordinaire, ni un simple outil de modernisation. Elle constitue le socle juridique, politique et symbolique de l’Etat», explique-t-on.
Selon ces mêmes sources, c’est par elle que l’Etat reconnait ses citoyens. Ce n’est pas tout. «C’est par elle que s’organisent les droits, la sécurité, la fiscalité, les élections, la protection sociale. C’est par elle que la nation se définit et se protège», soutient-on. C’est dire que «mal conçue, l’identité nationale fragilise l’Etat. Fragmentée, elle divise la société. Mal gouvernée, elle ouvre la voie aux abus, à l’exclusion et à la contestation permanente de l’autorité publique. »
Cependant chercher à aller vite, montrer, communiquer est une tentation dangereuse. «Dans un contexte de fortes attentes sociales et politiques, la tentation est grande d’aller vite. De lancer. De montrer des résultats visibles. D’annoncer des solutions technologiques comme des réponses immédiates à des problèmes anciens.»
En matière d’identité nationale, soutient-on, «la vitesse est souvent l’ennemi de la solidité.» On explique qu’un système d’identité mal conçu ne se corrige pas facilement. Il enferme un pays dans ses erreurs initiales pour des générations.
Il n’existe pas deux identités dans un même Etat
Un Etat ne peut pas se permettre «plusieurs registres concurrents, des initiatives parallèles, des architectures fragmentées, des responsabilités diluées entre institutions. Il n’existe pas deux définitions légales de la citoyenneté. Il n’existe pas deux sources de vérité sur l’identité d’un peuple.
Le cœur du problème n’est pas technologique. Il est institutionnel. Questions : «Qui décide de l’architecture souveraine de l’identité nationale ? Qui arbitre les choix structurants de sécurité national ? Qui contrôle les accès aux données ? Qui rend compte, et devant quelle autorité ? » Sans réponses claires à ces questions, soutient-on, aucune technologie, aussi sophistiquée soit-elle, ne peut garantir la souveraineté de l’Etat.
Pour un pays marqué par des conflits, des pillages et des fractures profondes, la question de l’identité nationale ne peut être traitée à la légère. Après tant de sacrifices, après tant de vies perdues, la Nation n’a pas le droit de brader le dernier bien qui unit tous les Congolais, à savoir : leur identité.
Il faut souligner que ce débat-là n’est pas idéologique, partisan, technique mais il existentiel. «L’identité nationale est une infrastructure invisible, mais déterminante. Elle conditionne la paix durable, la crédibilité des institutions, l’investissement, et la réconciliation entre l’Etat et les citoyens», fait-on savoir.
La vraie modernité n’est pas dans la précipitation. Elle est dans la discipline institutionnelle, la clarté des responsabilités et le respect du temps long de l’Etat.
En un mot comme en cent, la question qui se pose aujourd’hui n’est donc pas : quand lancer l’identité nationale ? Mais bien comment garantir qu’elle sera juste, souveraine et durable ?
Après les guerres et les pillages, la RDC doit pouvoir répondre sans hésitation : oui, le droit d’être Congolais est protégé et il le restera. FDA