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Dialogue national: le "oui, mais" de Félix Tshisekedi aux diplomates
* Au cours d'une cérémonie d'échange des voeux avec les diplomates accrédités au pays, le chef de l'Etat a réaffirmé son ouverture au dialogue national, posant toutefois ses limites face à l'agression rwandaise.
Le Palais de la Nation, à Kinshasa, a accueilli une cérémonie d’échange de vœux entre le Président de la République, Félix Tshisekedi, et les diplomates accrédités en RD-Congo. Au-delà des échanges de courtoisie, cette rencontre a été l’occasion, pour le Chef de l’État, de clarifier sa position sur le dialogue national, longuement réclamé par les acteurs sociopolitiques. Il a tenu ainsi à répondre aux préoccupations relatives à la crise sécuritaire dans l’Est du pays.
Pour Félix Tshisekedi, l’unité nationale s’impose aujourd’hui comme un impératif pour la stabilité du pays. Selon lui, tout dialogue doit rester «apaisé, inclusif, résolument républicain» et viser la consolidation de la cohésion nationale, sans remettre en cause les institutions issues du suffrage universel.
Il a salué les bons offices du Président angolais, João Lourenço, actuellement président en exercice de l’Union africaine, pour son rôle dans la recherche de solutions pacifiques et équilibrées dans la région.
Le dialogue sur le sol congolais
Le Chef de l’État a précisé que ce dialogue, s’il devait se tenir, se déroulerait exclusivement sur le sol congolais et serait organisé par les institutions nationales dans le respect de la Constitution, des lois et des règles démocratiques.
«Ce dialogue intérieur, aussi nécessaire soit-il, ne saurait tenir lieu de substitut aux obligations internationales. Il ne peut pas être évoqué pour relativiser une agression, ni pour diluer des responsabilités établies».
La justice, a-t-il insisté, continuera son cours normal, «sans complaisance» pour honorer la mémoire des victimes de l’agression dans l’Est du pays.
La paix véritable
Félix Tshisekedi a rappelé que la paix véritable exige des actes concrets : l’arrêt du soutien aux groupes armés, le retrait des forces étrangères, la fin des zones grises et la restauration effective de l’autorité de l’État sur tout le territoire national.
Aux dires du chef de l'Etat congolais, le dialogue reste, sans équivoque, une option politique. Il exclut toute discussion avec les auteurs de crimes commis contre les populations congolaises, réaffirmant la primauté de la justice, de la souveraineté nationale et de la protection des civils.
Cette déclaration fait écho aux initiatives menées sur le plan national par les confessions religieuses, qui, à travers une feuille de route commune publiée en août 2025, cherchent à définir des pistes concrètes pour un dialogue inclusif. Mais, les actes attendus de l’Exécutif tardent encore, laissant les tensions perdurer sur le terrain.
L’aspect international de la crise a également été mis en exergue par le Président congolais, qui a évoqué le récent discours de Mathilde Mukantabana, ambassadrice du Rwanda aux États-Unis.
Kigali reconnaît sa collaboration avec AFC/M23
Pour la première fois, Kigali a reconnu officiellement sa coordination avec le groupe rebelle AFC/M23 actif dans l’Est de la RDC. Si le Rwanda justifie cette collaboration comme strictement défensive et limitée dans le temps, Félix Tshisekedi y voit un tournant majeur : cet aveu clarifie les responsabilités, réduit l’espace du déni et impose à la communauté internationale de passer des exhortations aux mécanismes d’exécution concrets, en conformité avec le droit international et les résolutions du Conseil de sécurité.
Le Président a rappelé avec fermeté qu'«aucune cause, aucun récit, aucune justification sécuritaire ne peut légitimer l’occupation de fait, les administrations parallèles, les déplacements forcés ou la prédation des ressources».
La RDC, a-t-il souligné, reste attachée à une paix construite sur la justice et la vérité, et non sur l’impunité ou le compromis face à l’agression étrangère.
Christian-Timothée MAMPUYA & Gloire BATOMENE