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Matete : la route de Ngufu s'engouffre dans la boue
À quelques kilomètres seulement du centre bouillonnant de Kinshasa, l'axe Ngufu, qui relie la commune de Matete à celle de Kisenso, offre aujourd'hui un visage de détresse urbaine. Cette route, autrefois animée par le va-et-vient des taxis, des motards et des commerçants, s'est transformée en un couloir de boue, d'eaux stagnantes et de déchets, où la vie quotidienne se heurte à l'abandon.
Ici, le bitume a cédé la place à une mare noire, traversée par un caniveau bouché depuis des mois. Des bouteilles en plastique, des sacs, des restes de cartons et d'ordures ménagères s'y entassent, empêchant toute circulation de l'eau. Sous le soleil, ce mélange dégage une odeur insupportable, qui pénètre les maisons, envahit les étals et rend l'air presque irrespirable.
QUAND L'ESPOIR EST VENU… PUIS REPARTI
Les habitants n'ont pas oublié ce jour où un camion Benne et un tracteur sont arrivés sur la route. Les machines ont commencé à dégager les immondices, à déboucher quelques caniveaux. Dans le quartier, on parlait déjà de la fin du calvaire. " On pensait que c'était le début du changement ", raconte un vieux motard, le regard perdu. " Les enfants applaudissaient, les mamans souriaient… puis tout s'est arrêté. "
Les engins sont repartis, laissant derrière eux une route à moitié nettoyée et des promesses sans suite. Très vite, la pluie, les déchets et l'oubli ont repris le dessus. Aujourd'hui, l'axe Ngufu est plus dégradé que jamais.
Avec la tombée de la nuit, le décor devient encore plus inquiétant. Entre 20h et 22h, la route se vide. L'obscurité, l'état impraticable du sol et les hautes herbes autour du canal créent un terrain idéal pour les bandits urbains. " Ici, sortir le soir, c'est jouer avec sa vie ", confie une mère de famille. " On peut perdre son téléphone, son sac, ou pire. "
Les habitants parlent de vols, d'agressions et de poursuites dans la boue. La peur s'est installée comme une seconde nature, au point que certains préfèrent ne plus sortir après le coucher du soleil.
UNE INSALUBRITE QUI ETOUFFE LA VIE
Au-delà de l'insécurité, c'est la santé publique qui est menacée. Les eaux stagnantes sont un nid à moustiques, propice au paludisme et aux maladies hydriques. Les enfants jouent à quelques mètres de ces mares polluées, tandis que les bars et terrasses installent leurs chaises aux alentours de mauvaises odeurs pour accueillir les clients fidèles mais malades.
La route Ngufu, censée être un axe de liaison vital, est devenue un couloir de souffrance pour toute une communauté.
Les habitants de Matete et de Kisenso ne demandent pas des miracles. Ils réclament simplement une route praticable, des caniveaux débouchés et un minimum de sécurité. " Nous voulons juste vivre comme des êtres humains ", murmure un résident. À l'axe Ngufu, chaque flaque d'eau, chaque tas d'ordures, chaque agression raconte la même histoire : celle d'un quartier qui refuse de mourir, mais qui attend encore que l'État lui tende la main.
Jérémie ASOKO