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Fatshi - Kagame : Rendez-vous confirmé dans deux semaines à Washington
Dans deux semaines, si tout se déroule comme annoncé, les projecteurs du monde entier seront braqués sur la Maison Blanche. Félix Tshisekedi et Paul Kagame, respectivement présidents de la République démocratique du Congo et du Rwanda, sont attendus à Washington pour apposer leur signature sur un accord final de paix sous l'égide du président américain Donald Trump. Ce moment pourrait tourner la page dans un conflit qui a ensanglanté la région des Grands Lacs pendant plus de trois décennies.
Si l'Histoire suit le cours qu'elle semble désormais vouloir prendre, les portes de la Maison Blanche s'ouvriront sur un instant d'exception : Félix Tshisekedi et Paul Kagame, deux présidents au lourd passé de tensions, se tiendront côte à côte, le stylo à la main, prêts à signer un accord de paix final sous les dorures de la présidence américaine.
L'annonce a été faite mercredi 9 juillet par Donald Trump lui-même, alors qu'il recevait cinq chefs d'État d'Afrique de l'Ouest dans le cadre d'un sommet sur la relance des partenariats États-Unis-Afrique.
" Dans les deux prochaines semaines, Paul Kagame et Félix Tshisekedi viendront ici à la Maison Blanche pour signer un accord final ", a-t-il déclaré. Dans une allocution, Trump a évoqué les souffrances endurées par les populations : " Ils se battent depuis 30 ans. Sept millions de morts. Et ils pensent même que le chiffre réel est bien plus élevé que cela. C'était un conflit long et brutal. "
Un futur sommet
Le futur sommet de Washington vient prolonger le processus enclenché le 27 juin 2025, lorsque les ministres des Affaires étrangères de la RDC, Thérèse Kayikwamba Wagner, et du Rwanda, Olivier Nduhungirehe, ont signé un accord préliminaire à la Maison Blanche. Présidée par le secrétaire d'État américain Marco Rubio, la cérémonie avait symbolisé le retour de l'initiative américaine dans la pacification de l'est congolais, théâtre d'innombrables affrontements et d'une instabilité chronique depuis près de trente ans.
Ce texte prévoit neuf engagements fondamentaux, parmi lesquels le respect de l'intégrité territoriale de chaque État, l'arrêt du soutien aux groupes armés notamment les FDLR et le M23 ainsi que le retrait progressif des troupes rwandaises du territoire congolais dans un délai de 90 jours. Il s'agit également de jeter les bases d'une intégration économique régionale, avec des projets conjoints dans les secteurs de l'énergie, des infrastructures et des ressources naturelles.
Le défi M23
La signature à venir du document final par Tshisekedi et Kagame viendra formaliser cet accord politique. Mais au-delà de cet aspect, plusieurs défis de mise en œuvre se posent déjà. Le M23, l'un des principaux groupes armés opérant dans l'Est de la RDC, n'a pas été associé aux négociations de Washington. Accusé par les Nations unies d'être soutenu par le Rwanda, ce mouvement reste actif sur le terrain, occupant toujours plusieurs agglomérations dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Un dialogue séparé est en cours à Doha, sous médiation qatarie, mais les pourparlers piétinent.
Autre point sensible, il faut noter la neutralisation des FDLR. Selon l'accord, leur démantèlement doit être assuré par un plan conjoint de sécurité baptisé CONOPS, adopté en octobre 2024. Ce plan prévoit une levée progressive des " mesures défensives " du Rwanda, à condition que les milices hutu soient effectivement désarmées. Or, leur élimination complète, dans un contexte régional aussi fragile, s'annonce complexe.
Thérèse Kayikwamba Wagner l'a souligné lors de la signature de l'accord préliminaire : " Il ne s'agit pas de simples mots sur le papier. Ils doivent maintenant être traduits en actes, dans le respect de la justice, de l'obligation de rendre compte et de la volonté politique. "
De son côté, Olivier Nduhungirehe a reconnu l'existence de " grandes incertitudes " dans la région, tout en exprimant sa confiance : " Avec le soutien continu des États-Unis et d'autres partenaires, nous croyons qu'un tournant a été atteint. "
Une affaire stratégique pour Washington
La paix entre Kinshasa et Kigali est également une affaire stratégique pour Washington. Après des années de retrait diplomatique, les États-Unis entendent reprendre pied dans une région convoitée par d'autres puissances, en particulier la Chine, très présente dans le secteur minier congolais. Le conseiller du président Trump pour l'Afrique, Massad Boulos, ne s'en cache pas : sécuriser l'accès américain aux minerais stratégiques de la région est désormais une priorité.
L'accord signé à Washington prévoit d'ailleurs un important volet économique. Il mise sur des partenariats bilatéraux dans la gestion des parcs nationaux, le développement hydroélectrique, ainsi que des corridors de transport transfrontaliers. Ce programme ambitionne aussi d'intégrer la RDC et le Rwanda dans un cadre de coopération plus vaste, à la faveur d'une stabilité régionale durable.
Ce n'est pas la première fois pour les États-Unis
Ce n'est pas la première fois que les États-Unis tentent de résoudre le conflit dans l'est de la RDC. Dès 2004, un accord tripartite entre la RDC, le Rwanda et l'Ouganda avait été signé à Kigali, sous la facilitation américaine. En 2023, une nouvelle tentative avait été lancée par l'administration Biden, avec la visite de la directrice du renseignement national, Avril Haines, à Kinshasa et Kigali. Mais à chaque fois, les accords se sont heurtés à une réalité bien plus complexe sur le terrain : méfiance mutuelle, intérêts économiques divergents et multitude d'acteurs armés.
Aujourd'hui, Donald Trump veut faire mieux, plus vite et plus fort. Son entourage affirme qu'il ambitionne le prix Nobel de la paix pour sa médiation dans les Grands Lacs. En accueillant Tshisekedi et Kagame à la Maison Blanche pour la signature d'un accord final, il espère offrir à l'histoire l'image forte d'un président américain réconciliant deux nations africaines après des décennies de conflit.
Une paix fragile mais possible
Mais la paix ne s'impose pas par un stylo sur un parchemin, fût-il signé sous les ors de la Maison Blanche. Elle se construit pas à pas, dans la cohérence des engagements, la sincérité des partenaires, la force des institutions de suivi et, surtout, la capacité des populations à en ressentir les effets concrets.
L'accord prévoit d'ailleurs la mise en place d'un mécanisme de coordination sécuritaire entre la RDC et le Rwanda, ainsi qu'un comité conjoint de surveillance appuyé par l'Union africaine, le Qatar et les États-Unis. Ce comité aura pour mission de constater les violations, d'enregistrer les plaintes et de résoudre les différends.
En attendant que Tshisekedi et Kagame foulent le tapis rouge de la Maison Blanche, c'est toute une région, meurtrie mais résiliente, qui retient son souffle. La paix, si proche et pourtant si fragile, est à portée de main. À condition que les protagonistes choisissent d'en faire une réalité et non un simple engagement diplomatique de plus.
Ézechiel Monteirious MONTEIRO