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Balabala ezali wenze te ! - La route n’est pas un marché : plaidoyer pour la responsabilité publique et la dignité urbaine à Kinshasa
(Une tribune de Jules KAJINGULU MAKENGA, Avocat)
Le gouvernement provincial de Kinshasa avait lancé le slogan “Balabala ezali wenze te” – la route n’est pas un marché – pour dénoncer l’anarchie routière et appeler à la libération des axes de circulation[ « Une campagne d’assainissement dénommée « Bala Bala eza Wenze te » annoncée à Kinshasa », in https://acp.cd/urbain/une-campagne-dassainissement-denommee-bala-bala-e…, Kinshasa, 8 mai 2025 (ACP), « Kinshasa - opération “Balabala eza wenze te” : Daniel Bumba donne des instructions fermes aux bourgmestres sur l’occupation », in https://actualite.cd/2025/06/04/kinshasa-operation-balabala-eza-wenze-t…, Kinshasa, mercredi 4 juin 2025 - 17:33]. Mais au-delà des marchés installés sur la voie publique, d’autres causes aggravent les embouteillages : l’incivisme des conducteurs (wewa, 207, Sprinter, Ketch, tricycles), les arrêts anarchiques qui jonchent les routes, l’absence d’organisation des gares routières, et les nids-de-poule oubliés jusqu’à leur pleine maturité. Ces facteurs combinés forment un véritable cocktail molotov pour les citoyens de Kinshasa.
Les bouchons n’épargnent personne, ni le simple citoyen, ni les autorités, parfois contraintes de violer elles-mêmes le code de la route pour honorer leurs obligations. Ce problème dépasse la question de la mobilité : c’est désormais une affaire de sécurité publique.
Introduction
Ma qualité d’avocat, praticien du droit et observateur attentif des réalités socio-économiques et politico-culturelles de mon pays, la République Démocratique du Congo, me vaut aujourd’hui l’urgence de plaider, non pas pour le compte d’un client particulier, mais pour une cause commune : le droit de chaque Kinois à circuler librement, dignement et en toute sécurité.
La route est un bien public, affecté à la circulation. La loi précise que « le terme « route » désigne toute l’emprise de tout chemin ou rue ouvert à la circulation publique »[ Loi n° 78/022 du 30 août 1978 portant Nouveau Code de la route, article 2 point 2.4., in Journal Officiel de la RDC, 45ème année, numéro spécial, Kinshasa, 30 juillet 2004. P. 4.], l’emprise étant entendue, aux termes de la nouvelle législation relative à l’aménagement du territoire, comme "un domaine ou espace occupé par un édifice public tel que les infrastructures routières, énergétiques, d’eau, de chemin de fer ou de fibre optique »[ Loi n° 25/045 du 1er juillet 2025 relative à l’aménagement du territoire, article 2 point 8, in Journal Officiel de la RDC, 66ème année, numéro spécial, Kinshasa, 11 juillet 2025, p. 7. ].
Par contre, le terme « chaussée » désigne spécifiquement « la partie de la route normalement utilisée pour la circulation des véhicules »[ Loi n° 78/022 du 30 août 1978 portant Nouveau Code de la route, Op. Cit., article 2 point 2.5.].
Transformer cette chaussée en marché — entendu comme « le lieu où se tient une réunion périodique de marchands, notamment de denrées alimentaires »[ Dictionnaires Le Robert, in https://www.google.com/— constitue une violation manifeste de son affectation légale. Malheureusement, cette dérive est devenue pratique courante dans la ville de Kinshasa. Mais ce n’est pas le seul fléau : l’anarchie s’impose également par le comportement de ceux qui devraient être des usagers normaux de la route — « les wewa, les conducteurs de 207, de Sprinter, de tricycles et de Ketch »[ Ces termes désignant les conducteurs de taxi-motos, taxi-bus et des taxis de couleur jaune à Kinshasa.] — qui foulent aux pieds le Code de la route, souvent dans l’impunité la plus totale.
Le slogan « Balabala ezali wenze te », lancé par le gouvernement provincial, traduit une prise de conscience. Mais, il doit désormais sortir du registre symbolique pour devenir une politique publique concrète et ferme.
L’urgence a d’ailleurs été soulignée lors du Conseil des ministres du vendredi 19 septembre 2025, où la problématique des embouteillages et de l’anarchie routière à Kinshasa a été évoquée comme une préoccupation majeure appelant des solutions rapides et efficaces.
I. Constats aggravés : routes confisquées, arrêts anarchiques et anarchie généralisée
1. Les routes transformées en marchés
Les exemples de routes transformées en marchés sont innombrables. Partout, la chaussée est envahie par les étalages et les vendeurs, réduisant l’espace de circulation et paralysant la mobilité. On peut citer notamment :
- le rond-point Victoire et le marché du boulevard Sendwe ;
- la 7ème rue, le rond-point Ngaba, le marché de Matadi Kibala, UPN, Delvaux et Kintambo Magasin ;
- le croisement des avenues Poids Lourds et In?ammables, ainsi que la section des Poids Lourds après la 14ème rue en direction du centre-ville;
- Selembao sur un large tronçon de l’avenue du 24 novembre ;
- toutes les rues entourant le marché central, jadis de véritables raccourcis vers le centre-ville : Bokasa, Kasa Vubu, Kasaï, Kabinda, Wangata ;
- le site de Pompage, le pont Matete, le marché de Sendwe, et bien d’autres encore.
Autrefois, ces voies constituaient des passages stratégiques pour accéder rapidement au centre-ville ou en sortir. Aujourd’hui, elles sont saturées, dévoyées de leur fonction première, et symbolisent l’abandon de la route au profit d’un commerce anarchique qui étouffe la circulation.
2. L’incivisme des conducteurs : une calamité aggravante
À l’occupation illégale des routes par les marchés s’ajoute une autre calamité qui paralyse la circulation : l’indiscipline chronique de certains conducteurs. Parmi eux :
- Les “wewa” (taxi-motos) : ils roulent à contresens, forcent les priorités, transforment les trottoirs en pistes improvisées et mettent en danger, à la fois, leurs passagers et les piétons.
- Les tricycles (trois pneus) : utilisés pour le transport de personnes et de marchandises, ils circulent sans règles, zigzaguent entre les véhicules et accentuent le désordre routier.
- Les minibus “207” et Sprinter : censés desservir la population, ils s’arrêtent n’importe où, sans respect des arrêts désignés, pour embarquer ou débarquer des clients, créant ainsi des bouchons artificiels et récurrents.
- Les taxis “Ketch” : loin de donner l’exemple, ils bafouent la signalisation, multiplient les manœuvres interdites et s’illustrent par des excès de vitesse dangereux
« Tout cela se déroule sous les yeux d’une police routière qui, au lieu de rétablir l’ordre, concentre ses efforts sur les conducteurs de véhicules personnels, perçus comme des proies faciles pour une véritable “manducation policière de l’argent”[ Raoul Kienge-Kienge Intudi, Le contrôle policier de la délinquance des jeunes à Kinshasa, éditions Kazi et Bruxelles, éditions Academia-Bruylant, 2009, p. 457-457.], assimilable à « une pêche journalière du policier »[ Ibid. ] consistant en amendes arbitraires et tracasseries indûment imposées. »
3. Les arrêts anarchiques et les gares désorganisées
En droit, l’arrêt se définit comme l’immobilisation momentanée d’un véhicule pour une durée très brève, généralement le temps de faire monter ou descendre un passager ou de charger un objet, sans que le conducteur ne quitte son poste. À l’inverse, le stationnement correspond à l’immobilisation plus longue d’un véhicule, souvent en l’absence du conducteur, lorsque celui-ci a quitté son volant pour vaquer à d’autres occupations[ Loi n° 78/022 du 30 août 1978 portant Nouveau Code de la route, Op. Cit., article 2 point 15.].
Or, à Kinshasa, ces notions juridiques sont vidées de leur substance et confondues dans la pratique. L’« arrêt » est transformé en un stationnement sauvage déguisé : bus, taxis, tricycles et wewa s’immobilisent parfois plusieurs minutes au milieu de la chaussée, attendant de remplir leurs véhicules ou de marchander avec des passagers.
À Matadi Kibala, à l’UPN, au rond-point Victoire, au rond-point Ngaba ou encore au croisement Huileries-Triomphal, il est courant de voir des files entières bloquées par ces « arrêts » qui ne sont en réalité que des stationnements prolongés et illégaux.
Quant au stationnement proprement dit, il se pratique dans une anarchie totale. Véhicules en double file, taxis installés sur les trottoirs, bus et camions poids lourds stationnés sans discernement transforment la chaussée en un chaos permanent.
À titre d’exemple, l’entrée de l’avenue des Inflammables, du côté menant vers le centre-ville, est désormais saturée de poids lourds stationnés de part et d’autre, transformant cette artère en une véritable gare routière improvisée. S’y ajoutent des commerçants qui occupent la chaussée au mépris du Code de la route. Ainsi, la distinction entre arrêt et stationnement disparaît dans les faits, et la conséquence demeure la même : un encombrement chronique et généralisé de la circulation.
À cela s’ajoute l’absence ou la saturation des gares routières formelles, qui contraint les transporteurs publics à transformer les axes de circulation en véritables points de regroupement. Résultat : la ville vit dans une confusion permanente où arrêt et stationnement ne se distinguent plus que par le nom, mais jamais par la pratique.
4. Les nids-de-poule délaissés
À cela s’ajoute la problématique récurrente des nids-de-poule, jugulables dès leur apparition, mais que l’on choisit de laisser croître jusqu’à leur « pleine maturité ». En attendant cette maturation, ils deviennent de véritables pièges : ils provoquent des ralentissements permanents, créent des bouchons et, pire encore, sont à l’origine de nombreux accidents, parfois mortels. Exemple : les gros nids-de-poule du croisement Flambeau–Kabinda, quartier Beau-marché.
L’absence d’un programme régulier et préventif d’entretien routier aggrave la situation, transformant chaque trajet en une épreuve quotidienne pour les usagers. Tous les Kinois connaissent l’arrêt tristement célèbre de « libulu Manzengele », sur l’avenue de l’Université : un nid-de-poule grandeur nature, devenu un monument de l’abandon, rendu célèbre par sa longévité et son état de délabrement avancé. À “Libulu Manzengele”, il faut ajouter aussi le non moins célèbre nid-de-poule du croisement Kabinda–Flambeau, non loin de l’hôtel Phénix, au quartier Beau-Marché, qui illustre tout autant cette incurie.
Il est d’autant plus regrettable qu’il s’agisse d’axes stratégiques. L’avenue de l’Université est un raccourci vital reliant l’Université de Kinshasa et ses environs (Plateau des professeurs, Kimwenza, Kindele, Mont-Ngafula, Intendance, Livulu, Righini, etc.) au centre-ville, en moins de trente minutes. Or, depuis des décennies, cette route est laissée pour compte : pas d’entretien, pas de rénovation, pas d’assainissement, pas de régulation de circulation.
Le tronçon est devenu un haut lieu d’anarchie routière : wewa, tricycles (trois pneus), 207 et ketchs y dictent leurs lois, contraignant les conducteurs plus disciplinés à faire un long détour par le boulevard Lumumba et l’avenue By-pass pour rejoindre le centre-ville.
L’anecdote rapportée par Honoré GBanda dans Les derniers cent jours de Mobutu résonne encore : selon lui, le Maréchal Mobutu refusait de construire convenablement cette route, craignant que les étudiants ne puissent rallier trop rapidement le centre-ville lors des manifestations. Force est de constater que, plus de vingt-cinq ans après sa disparition, ces artères stratégiques demeurent presque dans le même état, symboles d’une négligence persistante.
5. Un cocktail explosif
Ainsi, Kinshasa cumule plusieurs fléaux :
Des marchés bondés établis sur la voie publique, indiscipline routière, incivisme routier toléré et banalisé, arrêts anarchiques, gares désorganisées, nids-de-poule oubliés, carrefours mal gérés, inondations et incivisme citoyen : additionnés, ces fléaux produisent des embouteillages monstres, une circulation chaotique, des accidents meurtriers et une dégradation continue de la qualité de vie. C’est véritablement un cocktail molotov pour les citoyens.
6. Carrefours mal gérés et implantations dangereuses.
Au lieu d’être optimisés pour la fluidité, certains croisements sont obstrués par des occupations contraires à toute logique d’urbanisme. Le cas du rond-point Ngaba est emblématique : une station-service trône au centre d’un nœud déjà saturé, générant congestion permanente et risque d’accident majeur.
7. Pluies et inondations.
Chaque saison des pluies transforme Kinshasa en marécage, faute de curage régulier des caniveaux et des rivières. Ces ouvrages deviennent des décharges publiques remplies de bouteilles plastiques, sachets, tessons et autres déchets.
Quand un curage est fait, les immondices restent entassées des jours durant au bord des caniveaux, avant de retomber à l’intérieur comme des “vomissements” rentrant encore dans les ventres qui venaient pourtant de les rejeter. Entre-temps, ils provoquent encore des bouchons et des inondations.
8. Incivisme des passagers.
Les passagers de taxi-bus, de véhicules privés ou de motos jettent leurs déchets par les fenêtres, aggravant l’obstruction des caniveaux et la saleté de la ville. Ce spectacle quotidien illustre un déficit d’éducation civique et de discipline citoyenne.
9. L’échangeur de Limete : un faux échangeur devenu goulot d’étranglement
En urbanisme, un échangeur est un dispositif destiné à séparer les flux automobiles sur différents niveaux (ponts, rampes, tunnels), afin d’éviter les croisements à niveau, de fluidifier le trafic et de sécuriser les usagers. C’est, selon la définition consacrée, un « carrefour sans aucun croisement à niveau, aménagé pour permettre des échanges entre les provenances et les destinations desservies par deux ou plusieurs voies routières ou autoroutières »
À Kinshasa, l’ouvrage appelé «échangeur de Limete », construit dans les années 1970, devait incarner cette modernité et assurer la régulation d’un carrefour stratégique.
1. Les voies qui s’y croisent
À cet endroit se rencontrent plusieurs axes vitaux :
- les deux sens du boulevard Lumumba, principale artère reliant l’Est de Kinshasa au centre-ville ;
- l’avenue By-pass, conçue comme voie de délestage ;
- l’avenue Sefu, venant de Lemba et longeant la concession de la Foire internationale du Congo-Kinshasa (FICKIN) ;
- l’aile du boulevard Lumumba passant devant la concession de la FICKIN, en provenance de Limete.
Cet enchevêtrement justifiait pleinement la construction d’un échangeur moderne, capable d’absorber ces flux.
2. Une infrastructure défigurée
Mais, cinquante ans après, l’échangeur de Limete a perdu sa vocation initiale et ses sens giratoires d’origine :
- des concessions privées ou publiques occupent des espaces stratégiques, souvent sous forme de chantiers inachevés, entravant la fluidité ;
- un bureau de police encombré de véhicules et de carcasses abandonnés occupe l’ancien espace d’un giratoire destiné aux usagers venant du centre-ville ;
- le sens giratoire pour Tshangu est aujourd’hui totalement dégradé ;
- celui destiné aux véhicules venant du By-pass et de Lemba, situé sur le pont, est devenu difficilement praticable, sinon impraticable ;
- une station-service a été implantée au cœur même du périmètre, compliquant encore la circulation ;
-les locaux d’un établissement public occupent une autre zone autrefois destinée à la fluidité des flux.
Ainsi, loin d’être un outil de régulation, l’échangeur est devenu une zone de croisements anarchiques.
(A SUIVRE)
3. Conséquences : un nœud permanent d’embouteillages
Ces occupations illégitimes et ce laisser-aller institutionnalisé transforment l’échangeur en un carrefour saturé, sans séparation réelle des flux. Le résultat est sans appel : des embouteillages monstres et récurrents sur le boulevard Lumumba, véritable artère vitale de la capitale.
Chaque année, les mêmes points chauds ressurgissent, sans qu’aucune réforme structurelle ne soit envisagée. Ce qui devait être un symbole de modernité est devenu un symbole d’abandon et d’impuissance publique, un goulot d’étranglement qui paralyse la circulation kinoise.
4. Clarification et espoir de désengorgement
La situation de l’échangeur de Limete exige une clarification urgente:
- soit il est réhabilité et réorganisé pour retrouver ses fonctions originelles ;
- soit il est totalement repensé pour répondre aux besoins actuels d’une capitale de plus de dix millions d’habitants.
Dans les deux cas, il est impératif que les autorités offrent aux Kinois un espoir réel de désengorgement, car il est inconcevable que ce nœud vital demeure un foyer de chaos permanent au cœur de la ville.
II. Personne n’est épargné par le fléau
Les embouteillages frappent indistinctement :
-Le citoyen lambda, obligé de sacrifier des heures précieuses chaque jour ;
-Les travailleurs, arrivant en retard et perdant en productivité ;
-Les autorités elles-mêmes, prisonnières du même chaos, parfois contraintes, en cas d’urgence absolue, de rouler en sens contraire au mépris des règles, pour honorer leurs rendez-vous.
-Ainsi, personne n’échappe à la dictature des bouchons : ni gouvernants, ni gouvernés.
III. Une question de sécurité publique
La problématique des embouteillages ne se limite pas à l’inconfort ou aux pertes économiques. Elle touche aux éléments fondamentaux de l’ordre public « qui comprend notamment la sûreté et la sécurité (sauvegarde de la sécurité physique des personnes et de l'intégrité matérielle des biens), la tranquillité publique ainsi que la salubrité publique (hygiène et santé publiques), le bon ordre, et même la dignité de la personne humaine »[ Fiches d'orientation, « Ordre public (Droit administratif) », in https://www.dalloz.fr/documentation/Document, Paris, Dalloz, septembre 2021.].
À Kinshasa, ces valeurs essentielles sont gravement compromises par les embouteillages. Il suffit de les examiner individuellement et de les confronter aux réalités de la circulation pour mesurer l’ampleur du danger :
- La tranquillité publique est bafouée par le stress quotidien, générateur d’impatience, de querelles, de violences et parfois même d’agressions en pleine rue ;
- La salubrité publique est mise en péril par la pollution et les émanations de gaz, conséquences directes d’heures de moteurs tournant à l’arrêt;
-La sécurité publique est gravement menacée lorsque ambulances, pompiers ou forces de l’ordre se retrouvent empêchés d’intervenir rapidement en cas d’urgence.
Ainsi, les embouteillages ne sauraient être considérés comme de simples désagréments. Ils constituent désormais un danger collectif majeur, qui appelle une réaction immédiate, ferme et coordonnée des autorités compétentes.
IV. Devoirs des pouvoirs publics : du slogan à l’action
Le concept “Balabala ezali wenze te” ne doit pas rester un simple refrain. Il doit être traduit en mesures concrètes :
1.Dégager les routes occupées et relocaliser les marchés dans des sites viabilisés.
2.Encadrer strictement les transporteurs urbains, notamment wewa, tricycles, 207, Sprinter et Ketch, par un contrôle rigoureux du respect du Code de la route.
3.Réformer la police routière, pour en faire un organe impartial de régulation, et non une force qui s’acharne sur les véhicules privés.
4.Réorganiser les arrêts et gares routières pour fluidifier le trafic.
5.Entretenir régulièrement les routes pour prévenir l’apparition et la maturation des nids-de-poule.
6.Établir un plan global de mobilité pour Kinshasa, intégrant routes, parkings, transports publics modernes, zones piétonnes, voies de délestage et feux intelligents.
7.Supprimer les implantations inadaptées et réaménager les carrefours dangereux (ex. rond-point Ngaba) ;
8.Investir dans un système moderne de drainage et d’évacuation des eaux pluviales ;
9.Lancer une campagne d’éducation civique contre l’incivisme (passagers et conducteurs) ;
V. De la durée inacceptable des travaux routiers et de l’oubli des raccourcis vitaux
Il est temps aussi de poser une question de bon sens : combien de temps faut-il pour construire une route à Kinshasa ? L’expérience montre qu’il n’est pas rare de voir un chantier d’à peine un kilomètre de route durer une année entière, parfois plus. Peut-on sérieusement accepter qu’un tel délai soit devenu la norme ?
Si l’on devait consacrer un an pour chaque kilomètre, cela signifierait qu’il faudrait cent ans pour réaliser cent kilomètres de routes. Cette simple projection suffit à démontrer l’absurdité d’un tel rythme. Une capitale moderne ne peut pas se permettre de construire au pas d’escargot alors que les besoins de mobilité de sa population croissent de manière exponentielle.
Le cas le plus éloquent est celui de la construction de l’avenue Bakole, au quartier Righini. Longue d’à peine un kilomètre et demi, cette route devait relier l’avenue de l’Université à l’avenue Biangala via le camp Bumba. Lancés depuis juillet 2024, les travaux peinent encore à sortir la route de terre. Ce chantier, emblématique du retard et de la lenteur administrative, illustre à lui seul le malaise général de la gestion des infrastructures routières.
À cela s’ajoute l’oubli manifeste de trois raccourcis emblématiques : les avenues Bokasa, Kasa Vubu et Kasaï. Leur réhabilitation, accompagnée de la démolition des marchés pirates, des arrêts improvisés et des gares routières de fortune qui les encombrent, soulagerait considérablement la circulation sur les avenues des Poids Lourds et des Inflammables. À ce jour, il est pratiquement impossible de passer par l’avenue Bokasa pour atteindre le centre-ville, alors que cette artère, si elle était en bon état, représenterait un raccourci vital. Les avenues Kasa Vubu et Kasaï, elles aussi, constituent des itinéraires stratégiques qui, bien entretenus, pourraient absorber une part importante du trafic et désengorger les grands axes.
Revoir la durée de construction des routes et redonner vie à ces raccourcis vitaux est une urgence absolue. Les travaux doivent être planifiés, exécutés et contrôlés avec rigueur. Une ville ne se construit pas dans la lenteur et la résignation, mais dans la célérité et l’efficacité. Le temps perdu sur les routes est du temps volé aux citoyens, à l’économie et à l’avenir de la Nation.
VI. Des pistes de solutions pour une circulation digne et fluide à Kinshasa
Un plaidoyer ne saurait se limiter à la dénonciation. Il doit aussi tracer des perspectives et proposer des mesures concrètes. Les embouteillages de Kinshasa ne sont pas une fatalité : ils résultent d’un déficit manifeste de gouvernance. Mais ils peuvent être jugulés si une volonté politique ferme s’accompagne de solutions adaptées.
1. Adoption d’une loi-cadre sur les marchés
L’adoption et la promulgation d’une loi portant création, organisation et fonctionnement des marchés en République Démocratique du Congo s’imposent. Cette loi devra :
- définir le marché comme lieu légal d’exercice des activités commerciales, encadré par un texte clair ;
- interdire l’occupation des chaussées et emprises routières ;
- fixer les modalités de relocalisation vers des sites modernes, viabilisés et accessibles;
- prévoir des sanctions dissuasives et une véritable police du commerce ;
- encadrer les partenariats publics-privés pour la construction, la gestion et l’entretien des marchés.
Une telle loi mettrait fin au commerce de rue qui asphyxie la circulation et comblerait le déficit de l’arsenal légal et réglementaire du pays en matière de gestion et de gouvernance des marchés.
2. Création d’un Service national de base (SNB)
La mise en place d’un organe permanent, doté d’un budget conséquent, est indispensable. Le SNB aurait pour missions :
- l’audit régulier de l’état des routes et la maintenance préventive ;
- le curage planifié des caniveaux et rivières, avec évacuation des déblais sous 24–48 h ;
- la vidange planifiée des poubelles publiques ;
- la détection précoce des nids-de-poule et leur bouchage immédiat (avant “pleine maturité”) ;
- l’embellissement urbain, la signalisation et l’éclairage public.
Ce service favoriserait l’emploi massif d’une main-d’œuvre abondante et bon marché, contribuant à résorber le chômage endémique. Il pourrait s’appuyer sur des PPP avec des services similaires dans des villes modèles, et publier régulièrement des indicateurs de performance (délai de réparation, kilomètres curés, points noirs traités).
3. Chaîne de restauration publique à grande échelle
Parce que le désir de manger est un besoin physiologique fondamental, il convient de créer, via des partenariats publics-privés, une chaîne de restauration publique à grande échelle et à moindre coût, implantée dans les pôles de mobilité. Ses objectifs :
- offrir une alternative propre et accessible aux malewa ;
- imposer des normes d’hygiène et une gestion intégrée des déchets ;
- annihiler progressivement le système des malewa, dont l’insalubrité contribue à l’obstruction des caniveaux ;
- formaliser des milliers d’emplois aujourd’hui informels.
4. Révision du Code de la route: couloirs pour motocyclistes
Comme à New York, Cotonou ou Porto-Novo, il faut créer des couloirs parallèles aux chaussées, spécialement dédiés aux motos. Cela suppose :
- une séparation physique lorsque c’est possible ;
- un régime de priorités clair ;
- le contrôle du port du casque, de l’assurance et de l’immatriculation ;
- des zones d’arrêt matérialisées pour éviter les embarquements sur la chaussée.
Une telle mesure réduira les conflits d’usage et améliorera la fluidité.
5. Couverture et modernisation des caniveaux
Il est urgent de :
- généraliser des couvercles robustes ;
- intégrer des paniers de rétention pour piéger les plastiques ;
- organiser des tournées programmées de ramassage ;
- sanctionner sévèrement l’usage des caniveaux comme décharges.
Le curage ne doit plus laisser les déchets “vomir” sur la voie. Les caniveaux non couverts, devenus dépotoirs, doivent céder la place à une gestion moderne et sécurisée.
6. Trottoirs obligatoires et accessibles
Imposer des trottoirs conformes aux normes internationales (largeur minimale, continuité, rampes PMR ou « rampes pour personnes à mobilité réduite », protection des piétons) pour toute construction ou réhabilitation routière. L’absence de trottoirs explique l’envahissement systématique des chaussées par piétons et vendeurs.
7. Plan global de mobilité et traitement des points noirs
Mettre en œuvre un plan global de mobilité :
- réhabilitation de l’échangeur de Limete ;
- construction de nouveaux échangeurs/giratoires (Lumumba–Sendwe–Université–Saint Raphaël–Cité Béthel ; rond-point Ngaba ; By-pass–Biangala) ;
- développement de sites propres pour bus ;
- création de parkings-relais ;
- installation de feux intelligents ;
- sécurisation des arrêts et gares formels.
8. Gouvernance et régulation
Réformer en profondeur la police routière :
- formation, encadrement et supervision ;
- traçabilité et dématérialisation des amendes ;
- lutte contre les arrêts pirates et les gares routières de fortune ;
- publication d’une carte des points chauds et d’un calendrier de résorption.
9.Pour une politique d’échangeurs et de giratoires modernes à Kinshasa
Si l’échangeur de Limete est devenu le symbole d’un abandon criant, il ne doit pas pour autant nous faire oublier la nécessité d’une politique ambitieuse d’échangeurs et de giratoires à l’échelle de toute la ville. Car Kinshasa, avec ses millions d’habitants et son parc automobile en croissance exponentielle, ne peut plus se contenter de carrefours saturés, dangereux et anarchiques.
a) Des sites stratégiques à transformer
Plusieurs points de croisement nécessitent aujourd’hui l’installation d’échangeurs ou de giratoires modernes :
- Le croisement des boulevards Lumumba et Sendwe, de l’avenue de l’Université, du petit boulevard côté Saint-Raphaël et du petit boulevard inachevé côté Cité Béthel : ce nœud, véritable entonnoir, mérite un échangeur moderne pour fluidifier le trafic.
- Le rond-point Ngaba : conçu à l’origine comme un giratoire reliant l’avenue de l’Université et l’avenue By-pass, il a totalement perdu sa fonctionnalité. Sa réhabilitation est impérative pour absorber les flux venant du sud de la capitale.
- Le croisement By-pass et Biangala : l’installation d’un petit rond-point permettrait d’y sécuriser la circulation et de réduire les croisements dangereux.
b) Un choix politique de modernisation urbaine
Construire des échangeurs et moderniser les giratoires ne relève pas du luxe, mais d’une exigence de sécurité et de mobilité publiques. Ces ouvrages :
- réduiraient significativement les embouteillages ;
- faciliteraient l’accès aux grands axes stratégiques (universités, hôpitaux, zones industrielles) ;
- offriraient à Kinshasa un visage digne d’une métropole moderne.
c) Une exigence de gouvernance urbaine
L’échec patent de l’échangeur de Limete nous rappelle que construire ne suffit pas : encore faut-il entretenir, réguler et protéger les infrastructures contre l’anarchie. Une politique urbaine cohérente doit donc associer construction, maintenance et discipline routière, afin de garantir la pérennité des ouvrages et leur efficacité réelle.
IIX. Pour les bouchons à Kinshasa, J’Accuse
Pour les embouteillages interminables qui martyrisent Kinshasa, j’accuse sans détour :
-J’accuse ceux qui détiennent le pouvoir de construire et entretenir les routes mais laissent prospérer les nids-de-poule jusqu’à devenir des gouffres mortels ;
-J’accuse ceux qui ont la charge de réguler la circulation mais qui, par laxisme ou complaisance, abandonnent cette mission essentielle ;
-J’accuse ceux qui devraient assurer un drainage efficace et le curage régulier des caniveaux mais qui se contentent de laisser s’accumuler déchets et immondices;
-J’accuse ceux qui doivent former et encadrer la police routière, en donnant aux policiers les moyens et conditions de vie dignes, mais qui les condamnent à l’impuissance et à la corruption ;
-J’accuse les citoyens eux-mêmes, qui transforment la route en dépotoir, qui foulent aux pieds le bien commun et font preuve d’incivisme quotidien ;
-J’accuse les wewas, les 207, les Sprinter, les Ketch et les tricycles pour leur conduite anarchique et leur mépris du code de la route ;
-J’accuse enfin les commerçants du secteur informel, qui s’installent sur les chaussées et transforment les rues en marchés permanents.
Pour les embouteillages, j’accuse, j’accuse, j’accuse…
PAR CES MOTIFS
Sous toutes réserves de droit, généralement quelconques ;
Plaise au Tribunal de l’Histoire :
- DIRE RECEVABLE et PLEINEMENT FONDÉE la présente plaidoirie, car inspirée par l’intérêt supérieur de la ville-province de Kinshasa ;
- AFFIRMER que Kinshasa ne saurait se développer dans l’anarchie : les embouteillages, les marchés installés sur la chaussée, l’indiscipline des transporteurs, les arrêts improvisés, l’absence d’organisation des gares routières et les nids-de-poule abandonnés ne sont pas une fatalité, mais le fruit d’une défaillance manifeste de gouvernance ;
- RAPPELER que la route est un bien public imprescriptible, qui doit être protégé, organisé et respecté ;
- DIRE que le marché, quant à lui, doit être relocalisé dans des sites modernes, aménagés et accessibles;
- ÉNONCER que les conducteurs de motos, de bus et de taxis doivent être soumis à la loi, au même titre que tout autre citoyen ;
- RÉITÉRER que l’heure est venue pour les autorités de traduire en actes leur propre proclamation : « Balabala ezali wenze te ! » ;
- DIRE avec force que la route n’est pas un marché et, en conséquence :
* tant que ce principe restera ignoré, Kinshasa demeurera prisonnière d’un chaos quotidien ;
* mais si l’État assume pleinement son rôle, la capitale pourra enfin respirer, se déplacer et se développer;
- ORDONNER que toutes les décisions à intervenir pour fluidifier la circulation dans la ville-capitale soient exécutoires sur minute et sans caution dans toutes leurs dispositions;
Frais comme de droit.
Et ce sera justice.