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RDC : Quand la loi sur la congolité défie la cohérence des discours politiques
Il y a quelques mois encore, un débat enflammé agitait l’opinion publique en République démocratique du Congo : la proposition de loi sur la congolité de père et de mère, initiée par M. Noël Tshiani et soutenue par certains acteurs politiques.
Cette proposition visait à restreindre l’accès aux fonctions de souveraineté, notamment la présidence de la République aux seuls compatriotes qui ont deux parents congolais de naissance.
Présentée comme un moyen de préserver la souveraineté nationale et d’éviter toute influence étrangère, cette initiative a profondément divisé la classe politique et l’opinion publique. De nombreux partisans ont défendu cette loi avec vigueur, notamment à travers des médias, des leaders d’opinion et des artistes.
Ces derniers, sous l’effet de diverses motivations, qu’il s’agisse de convictions personnelles, d’opportunisme politique ou d’intérêts financiers, en faisaient activement la promotion.
Aujourd’hui, une ironie s’impose. Parmi les figures en vue au sein du gouvernement en place figure la ministre des Affaires étrangères, Mme Thérèse Kayikwamba qualifiée de «plus compétente» par les mêmes voix qui, hier encore, défendaient la nécessité d’un ancrage parental exclusivement congolais pour exercer de hautes fonctions. Or, cette ministre est, selon les critères de la loi évoquée, à «50 % étrangère».
Quand la méritocratie balaie les stéréotypes
Ce retournement met en lumière un constat : la versatilité des discours en politique congolaise. Ceux qui portaient hier un projet d’exclusion célèbrent aujourd’hui une compétence qui, si la loi avait été adoptée dans sa version la plus radicale, aurait pu être remise en question. Un paradoxe qui interroge sur la sincérité des engagements et la cohérence des principes affichés.
Au-delà de cette contradiction, c’est aussi un questionnement plus large qui se pose : la primauté des compétences et du mérite sur les origines. Faut-il restreindre l’accès aux hautes fonctions sur des bases identitaires ou privilégier l’efficacité et l’expérience ?
L’attitude des «atalaku» (thuriféraire, NDLR) d’hier, devenus les laudateurs d’aujourd’hui, semble indiquer que le débat sur la congolité était peut-être moins une question de principes qu’un enjeu de positionnement politique.
Vivement un débat constructif
Comme le souligne notre observation, «le taux des Hommes de Conviction, agissant avec rationalité, intégrité et dignité est de 1 % au Congo». Une affirmation tranchante qui traduit un malaise plus profond : celui d’une élite oscillant entre opportunisme et quête d’idéologie.
Alors que la question de la congolité continue de diviser, une certitude demeure : la RDC a plus que jamais besoin d’un débat constructif, dépassionné et axé sur l’intérêt du pays, loin des contradictions conjoncturelles qui fragilisent la confiance dans l’action politique.
Jérémie ASOKO