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15 septembre : Kamitatu défie Tshisekedi, « Deux mandats, pas trois : le peuple sera devant l’hémicycle »
À moins d’un mois de la mobilisation annoncée par la coalition C64, Olivier Kamitatu hausse nettement le ton contre le Président de la République, Félix Tshisekedi. Dans une vidéo publiée hier dimanche 16 août, le porte-parole de Moïse Katumbi accuse le pouvoir de chercher à gagner du temps sur la question constitutionnelle et exige du chef de l’État un engagement sans ambiguïté : respecter la limitation à deux mandats et préparer une alternance pacifique. Pour l’opposant, le 15 septembre doit devenir le rendez-vous de vérité entre le pouvoir et la rue.
Le ton est grave, le message soigneusement calibré et l’échéance clairement fixée. Le 15 septembre prochain, la coalition C64 entend descendre dans la rue pour défendre la Constitution et contester toute perspective de changement des règles présidentielles.
Dans une longue intervention vidéo, Olivier Kamitatu s’adresse directement au Président Félix Tshisekedi et replace l’actuel bras de fer dans la longue mémoire politique de la RDC.
Son argument central tient en une formule : ceux qui combattaient hier le contournement de la Constitution doivent, une fois au pouvoir, accepter à leur tour les limites qu’elle impose.
« Dix ans plus tard, l’histoire se répète. Mais le rôle a changé », lance-t-il.
DE L’OPPOSANT D’HIER AU PRÉSIDENT D’AUJOURD’HUI
Pour Olivier Kamitatu, le débat actuel ne peut être dissocié des événements de 2016. À l’époque, rappelle-t-il, l’opposition s’était mobilisée contre les manœuvres visant, selon elle, à permettre à Joseph Kabila de rester au pouvoir au-delà de son mandat constitutionnel.
Kamitatu insiste sur le fait que Félix Tshisekedi se trouvait alors dans le camp de ceux qui dénonçaient ces initiatives. Il évoque une marche réprimée dans le sang, faisant état d’une dizaine de morts, de centaines de blessés et de familles brisées.
« Ce jour-là, Félix Tshisekedi était dans l’opposition. Il dénonçait les manœuvres destinées à contourner la Constitution. Il dénonçait les artifices juridiques. Il dénonçait le glissement du calendrier. Il dénonçait la tentative du troisième mandat », rappelle-t-il.
Le parallèle est volontaire. Pour l’opposant, la question posée aujourd’hui à Félix Tshisekedi est précisément celle qu’il posait hier à son prédécesseur : que fera le président lorsque la Constitution limitera son propre pouvoir ?
« Le peuple n’oublie pas. L’histoire non plus. Et elle juge toujours. Tôt ou tard », avertit-il.
« DEUX MANDATS, POINT FINAL »
Au centre de la charge de Kamitatu : le projet de changement de Constitution et les débats entourant la loi référendaire. L’opposant refuse que la limitation du nombre de mandats puisse être contournée par une modification constitutionnelle, un référendum ou une nouvelle Constitution.
Sa formule se veut sans appel : « La Constitution dit deux mandats. Deux, pas trois, pas par révision, pas par changement de Constitution, pas par référendum, pas par artifice juridique. Deux mandats, point final. »
Pour Kamitatu, le problème dépasse donc la seule bataille juridique. Il touche à la stabilité institutionnelle et à la crédibilité démocratique du pays.
Il estime que toute tentative de modifier les règles fondamentales à l’approche de la fin du second mandat présidentiel ferait peser un risque supplémentaire sur une RDC déjà fragilisée par la guerre dans l’Est et par de profondes tensions politiques.
LE RENVOI DE LA LOI RÉFÉRENDAIRE NE CONVAINC PAS L’OPPOSANT
Olivier Kamitatu se montre également très critique à l’égard du renvoi de la loi référendaire au Parlement.
Selon lui, ce renvoi ne constitue ni un retrait du projet ni une concession du pouvoir, mais simplement un report.
« Le renvoi de la loi référendaire au Parlement n’est ni un retrait, ni une concession, et encore moins un renoncement. C’est tout simplement un délai », affirme-t-il.
L’opposant estime par ailleurs que le raisonnement développé par la Cour constitutionnelle dans sa décision du 28 juillet laisse subsister, selon lui, une interrogation majeure autour de la possibilité d’une nouvelle Constitution.
Pour Kamitatu, le débat reste donc entier. Tant que le Président de la République ne renonce pas explicitement à toute perspective de troisième mandat, la méfiance de l’opposition demeurera.
« QUE LE PRÉSIDENT RESPECTE SA PAROLE »
L’ancien président de l’Assemblée nationale appelle ainsi le chef de l’État à respecter le serment prêté lors de son accession à la magistrature suprême.
« Le Président a prêté serment de respecter et de défendre la Constitution. Alors qu’il respecte sa parole », insiste-t-il.
Dans son argumentaire, Kamitatu ne réclame pas seulement l’abandon d’un projet. Il demande au Président Tshisekedi de préparer sa sortie du pouvoir dans le respect des règles démocratiques.
Pour lui, l’alternance ne doit pas être perçue comme une défaite du pouvoir sortant.
« L’alternance n’est pas une faveur. C’est la règle que la République se donne à elle-même », martèle-t-il. Il rappelle surtout le précédent de janvier 2019, lorsqu’un président sortant avait transmis pacifiquement le pouvoir à un successeur.
Pour Kamitatu, cette expérience doit désormais devenir une tradition démocratique.
Félix Tshisekedi, arrivé au pouvoir à l’issue de cette alternance, serait ainsi appelé à permettre à son tour une transition pacifique et constitutionnelle lorsque son mandat arrivera à son terme.
Dans son intervention, Olivier Kamitatu justifie également le choix du 15 septembre par les efforts consentis précédemment par l’opposition. La C64 avait annoncé des mobilisations les 8 et 22 juillet avant de les reporter, explique-t-il, afin de laisser une chance au dialogue.
« Non par faiblesse, non par renoncement, par sens du pays. Pour laisser une chance au dialogue, à la paix, à la raison », soutient-il. Mais cette patience aurait, selon lui, atteint ses limites.
« Qu’avons-nous reçu en retour ? Le mépris. Les moqueries. Les manœuvres dilatoires », dénonce-t-il.
Désormais, prévient-il, la retenue de l’opposition ne doit plus être interprétée comme une absence de détermination.
« Notre patience ne peut pas et ne saurait devenir en aucun cas un permis de tricher ou de contourner la Constitution », prévient-il.
UN RÉQUISITOIRE À LA SITUATION GÉNÉRALE DU PAYS
Pour donner davantage de poids à son interpellation, Kamitatu élargit son réquisitoire à la situation générale du pays.
Sur le plan sécuritaire, il évoque les territoires affectés par la guerre, les populations déplacées et les Congolais vivant en exil ou dans des camps de réfugiés.
Sur le front politique intérieur, il dénonce ce qu’il présente comme un recul des libertés publiques, des poursuites judiciaires à caractère politique, des détentions et des condamnations qu’il juge arbitraires.
Il dénonce également l’existence d’une « milice politique » qu’il accuse de terroriser la population.
Face à ce tableau, il s’interroge sur la stratégie du pouvoir.
« Et que fait le pouvoir ? Il voyage », lance-t-il, avant d’énumérer plusieurs déplacements présidentiels à Brazzaville, Luanda, Bujumbura, Libreville et Dar es Salaam.
L’opposant ne condamne pas le principe de la diplomatie. Il en questionne plutôt l’efficacité lorsqu’elle ne s’accompagne pas, selon lui, de solutions concrètes aux crises internes et sécuritaires.
« La diplomatie rapproche les nations lorsqu’elle prépare la paix. Elle devient un alibi lorsqu’elle sert seulement à gagner du temps », estime-t-il.
UN DIALOGUE RÉELLEMENT INCLUSIF
Malgré la virulence de son discours, Olivier Kamitatu affirme que la C64 ne cherche ni la violence ni le chaos. Au contraire, il maintient la porte ouverte à un dialogue, mais exige que celui-ci soit précédé de mesures destinées à restaurer la confiance.
La coalition réclame notamment la libération des prisonniers politiques, la levée des condamnations politiques, la fin du harcèlement judiciaire et le rétablissement des libertés publiques.
Elle demande ensuite un dialogue réellement inclusif, sous une facilitation « crédible et impartiale ».
Kamitatu cite notamment l’accompagnement des confessions religieuses, avec la CENCO et l’ECC, ainsi que celui de partenaires régionaux et internationaux susceptibles, selon lui, de garantir la mise en œuvre des engagements issus du processus.
KAMITATU PROPOSE À TSHISEKEDI UNE SEULE DÉCLARATION
Au-dessus de toutes ces exigences, une seule déclaration du Président de la République suffirait, selon Kamitatu, à clarifier la situation.
Il propose que Félix Tshisekedi dise simplement au peuple congolais : « Je respecterai la Constitution, je ne chercherai pas un troisième mandat. »
Pour l’opposant, la difficulté éventuelle du pouvoir à prononcer clairement cette phrase alimente précisément les interrogations de l’opposition.
« Si elle est si difficile à prononcer, alors les Congolais sont en droit de se poser la question et de se demander pourquoi », affirme-t-il.
« LE PEUPLE SERA DEVANT L’HÉMICYCLE »
La C64 a désormais transformé le 15 septembre en nouvelle date butoir.
Kamitatu assure que la mobilisation sera pacifique, civique et républicaine. Il appelle les manifestants à éviter toute violence et demande également aux forces de l’ordre d’adopter la même retenue.
« Nous ne voulons ni violence, ni chaos, ni vengeance », affirme-t-il.
Mais derrière cet appel au calme se dessine une détermination politique intacte. « Que personne ne confonde notre sens des responsabilités avec de la faiblesse », avertit-il.
Le choix de la date n’est d’ailleurs pas anodin. Le 15 septembre correspond à l’ouverture de la session ordinaire du Parlement. Selon Kamitatu, la question de la loi référendaire doit alors revenir au centre de l’agenda parlementaire.
La symbolique recherchée par la C64 est donc puissante : au moment où les élus débattront à l’intérieur du Parlement, leurs adversaires politiques entendent occuper l’espace public à l’extérieur.
« Le 15 septembre, le Parlement ouvre sa session ordinaire. Pendant que les députés délibéreront à l’intérieur de l’hémicycle, le peuple sera devant l’hémicycle », annonce-t-il.
LE BRAS DE FER EST LANCÉ
À travers cette intervention, Olivier Kamitatu place désormais Félix Tshisekedi face à un double impératif selon l’opposition : clarifier ses intentions constitutionnelles et restaurer les conditions d’un dialogue politique crédible.
Le pouvoir dispose encore d’une marge pour désamorcer la confrontation, mais l’opposition, elle, veut tourner la page des reports et des promesses.
Le compte à rebours vers le 15 septembre est lancé.
Derrière la bataille autour de la loi référendaire se joue une question plus fondamentale : la RDC parviendra-t-elle à consolider la tradition d’une alternance pacifique ou entrera-t-elle dans une nouvelle séquence de confrontation autour de la Constitution ?
Pour Olivier Kamitatu, la réponse ne devrait souffrir d’aucune ambiguïté : deux mandats, pas trois ; le dialogue plutôt que la confrontation ; l’alternance plutôt que la prolongation du pouvoir.
Et le 15 septembre, prévient-il, « le peuple sera devant l’hémicycle ».
Jérémie ASOKO