Dernière minute
Société
Culture
Forum éco
Enjeux de l’heure
* Luende, le second coaccusé, acquitté.
* La République sommée de payer 20000 USD à chacune des trois familles des victimes et 10 000 USD à BDM…
Étranger
Au début de l'année 2026, l'intervention militaire des États-Unis contre le Venezuela a suscité une vive attention au sein de la communauté internationale. Bien que Washington ait présenté cette…
Nation
Après les deux récents voyages à Luanda (Angola) du président congolais Félix Antoine Tshisekedi où il s'est entretenu avec son homologue Manuel Gonçalves Lourenço d'Angola, plusieurs sources…
PDL-145T : la critique constructive de Christian Mwando
Conçu en 2021, à la grande satisfaction des partenaires internationaux de la RDC, le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), censé régler les déséquilibres entre les villes et les milieux ruraux, ne répond pas encore aux attentes que cet ambitieux projet a suscitées. Dans un entretien à bâtons rompus, Christian Mwando, ancien ministre d'État au Plan et cerveau du programme, raconte comment ce dernier est né, décline ses objectifs stratégiques et évoque les ruptures intervenues depuis 2022. Financements partiels, priorités non respectées, routes de desserte agricole à l'arrêt : son diagnostic met en cause la cohérence de l'action publique et interroge la volonté politique. Pour l'élu d'Ensemble pour la République, il n'est pas tard pour bien faire. Il estime que la relance est possible, à condition d'un recentrage ferme sur les fondamentaux et du respect des budgets votés. Autrement, le projet de développer la RDC à partir de ses territoires restera un vœu pieux, fait savoir le président du groupe parlementaire d'Ensemble (Opposition).
Le PDL-145T, raconte Mwando, est né de l'abandon structurel du monde rural. " Les politiques publiques se sont concentrées sur les villes ", fait-il remarquer, décrivant un déséquilibre ancien qui nourrit l'exode rural et creuse les inégalités territoriales. L'ambition initiale se voulait holistique : réduire les écarts spatiaux, relancer les économies locales, créer des revenus, promouvoir l'entrepreneuriat de proximité et transformer durablement les conditions de vie dans les 145 territoires. Un développement " à partir de la base ", insiste-t-il.
Ancien président de la commission Infrastructures de l'Assemblée nationale, ex-ministre provincial des Finances puis du Budget et du Plan dans l'ex-Katanga, Pour nombre d'observateurs de la gouvernance du Katanga sous Moïse Katumbi, Christian Mwando fut l'homme d'une culture de résultats, ayant bâti à l'échelle provinciale des outils de mobilisation des recettes et instauré une orthodoxie financière qui a décuplé les ressources locales. C'est cette même logique qu'il dit avoir transposée au PDL-145T : planification, financement sécurisé, exécution encadrée.
Le constat qu'il fait aujourd'hui est sans appel. La vision de solidarité initiale se serait dissipée au profit de priorités urbaines jugées onéreuses. Les chiffres qu'il avance sont implacables : depuis 2023, moins de 10 % des prévisions budgétaires du programme auraient été décaissées. Les constructions d'écoles et de centres de santé en cours reposent, selon lui, sur des fonds DTS réaffectés en 2022 sous l'impulsion du bailleur, la Banque mondiale. Les routes de desserte agricole, pilier du désenclavement, restent le grand absent.
S'agissant de la gouvernance, Mwando défend le recours à plusieurs agences d'exécution, une nécessité, dit-il, pour couvrir un pays-continent et rassurer les partenaires. Le blocage n'est pas technique ; il est politique et budgétaire. La sortie de crise, à ses yeux, passe par un recentrage clair : exécuter les budgets votés, hiérarchiser les fondamentaux : routes, eau, activités génératrices de revenus et suivre rigoureusement les calendriers.
Derrière la critique, une ligne demeure : le PDL-145T reste, selon lui, un levier crédible de transformation s'il retrouve sa cohérence initiale. À défaut, le programme risque de rester un symbole inachevé, éloigné de la promesse faite aux territoires.
Cursus honorum
Né à Lubumbashi le 27 mars 1965, Christian Mwando appartient à cette génération de responsables publics façonnés à la fois par l'entreprise, la rigueur académique et l'action politique de long terme. Député national depuis 2011, aujourd'hui président du groupe parlementaire de l'opposition " Ensemble " à l'Assemblée nationale, il s'est imposé au fil des années comme une figure centrale de la gestion publique axée sur la méthode, la planification et la redevabilité.
Son parcours commence loin des arènes politiques. Diplômé ingénieur commercial et de gestion à l'Université catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve), avec distinction, Mwando est formé à l'économie appliquée, à la gestion et à l'analyse des marchés. Il débute sa carrière dans le secteur privé international, chez Unilever/Marsavco au Zaïre, où il exerce comme brand manager. Une école de discipline managériale, de performance et de rentabilité, qu'il prolongera ensuite au sein du groupe Sintexkin-Cotolu-UPAK, en charge notamment de la fiscalité, des contentieux et des relations avec l'État.
Cette immersion prolongée dans le monde de l'entreprise nourrit une vision pragmatique de l'action publique. Elle l'amène aussi à s'engager au sein de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), dont il préside la branche de Lubumbashi avant d'intégrer le conseil provincial du Katanga. Le fil conducteur est déjà clair : articuler fiscalité, développement et responsabilité institutionnelle.
Entré au gouvernement provincial du Katanga en 2007 comme ministre du Budget et du Plan, puis ministre des Finances, de l'Économie et du Commerce, Mwando marque cette période par des réformes structurelles. Il pilote le plan triennal de développement provincial, met en place la chaîne de la dépense et la décentralisation financière, crée la Direction des recettes du Katanga (DRKAT) et institue une orthodoxie financière saluée pour avoir multiplié les recettes provinciales. Pour de nombreux observateurs, cette séquence reste l'une des plus structurantes de la gouvernance provinciale.
Élu député national en 2011, il s'impose rapidement comme une référence sur les questions économiques et budgétaires, siégeant à la commission Écofin avant de présider, entre 2019 et 2021, la commission permanente des Infrastructures, de l'Aménagement du territoire et des NTIC. En avril 2021, il est appelé au gouvernement central comme ministre d'État, ministre du Plan. À ce poste, il devient l'un des principaux artisans du Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), conçoit la Politique nationale de l'aide, encadre juridiquement les partenariats public-privé et co-pilote le plan de retrait responsable de la MONUSCO.
Parallèlement à ses responsabilités institutionnelles, Christian Mwando structure son engagement politique. Ancien président national de l'UNADEF, cadre fondateur d'Ensemble pour la République et de l'Union sacrée de la Nation (USN), il assume aujourd'hui les fonctions de délégué général aux finances d'Ensemble et de haut représentant pour le Grand Katanga. Depuis 2024, il dirige le groupe parlementaire " Ensemble ", incarnant un leadership d'opposition fondé sur l'expertise, le contrôle de l'action publique et la cohérence budgétaire.
Polyglotte, à l'aise en français, swahili, lingala et anglais, Christian Mwando revendique une approche rationnelle du pouvoir : planifier, financer, exécuter et rendre compte. Une trajectoire où le technicien n'a jamais cessé de dialoguer avec le politique, et où l'expérience du terrain nourrit une exigence constante de résultats.
FDA