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MALGRÉ LA MESURE DE DÉMILITARISATION DU CHEF DE L’ÉTAT, les militaires se cramponnent encore aux sites miniers à Lualaba
La mesure du président de la République, Félix Tshisekedi, ordonnant la démilitarisation des sites miniers peine encore à être appliquée dans certaines contrées du Lualaba. À Kisankala, des militaires sont toujours visibles dans plusieurs carrés miniers, notamment à Kamansani, Mpompi, Sierra, Mpungulume, Shabulungu, Kayebele et RMC Goma.
Une semaine après l’annonce de cette mesure, le général Eddy Kapend, commandant de la 22ème région militaire, avait amorcé le retrait des hommes armés présents dans les carrés miniers, conformément aux instructions du chef de l’État. Il avait notamment rappelé que les militaires n’avaient pas vocation à intervenir dans les litiges liés à l’exploitation minière.
Malgré cette opération, certains éléments en uniforme demeurent dans les sites concernés. Selon la société civile Eben-Ezer, ces militaires ne dépendraient pas de la 22ème région militaire, mais seraient des unités détachées venues de Kinshasa.
« Nous nous sommes rendu compte que les militaires qui sont dans les carrières minières ne dépendent pas de la 22ème région militaire. Ce sont les unités de détachement qui viennent de Kinshasa. Raison pour laquelle, ils n’obéissent pas à l’ordre de Lubumbashi », a déclaré Mexa Mukanya, coordonnateur de la société civile Eben-Ezer.
Cette structure affirme que certains de ces militaires accompagneraient des exploitants étrangers, notamment des expatriés, dans l’exploitation illégale des ressources minières, sans cahiers des charges ni engagements avec les communautés locales, exposées notamment aux conséquences de la pollution.
La société civile rapporte également qu’un responsable provincial du Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (SAEMAPE) aurait été empêché d’accéder à un site minier par des militaires, ces derniers affirmant ne pas avoir reçu de notification de Kinshasa concernant sa visite.
« Si Kinshasa accompagnait la 22ème région militaire, nous ne parlerions plus en ce moment de la présence des militaires dans des zones minières. Au moment où je vous parle, nous sommes en contact avec ces militaires-là. Ils sont encore sur place », a ajouté Mexa Mukanya.
Le coordonnateur de la société civile Eben-Ezer a, par ailleurs, dénoncé le dimanche 16 août le vandalisme de la guérite de la garde du chef du village Kisankala. Selon lui, cet acte aurait été commis par un militaire, ce qui, à ses yeux, illustre les dérapages observés dans certaines zones minières.
LA PRÉSENCE MILITAIRE SUR L’AXE KISAMFU-KISANKALA JUSTIFIÉE PAR LA SÉCURITÉ
La société civile estime toutefois que la présence des militaires sur l’axe Kisamfu-Kisankala répond à un impératif sécuritaire. Cette zone, située entre les territoires de Lubudi et Mutshatsha, a été déclarée « zone rouge » en raison de l’activisme de jeunes désœuvrés accusés de se livrer à des actes de violence et d’extorsion.
Le 10 juillet dernier, lors de la 94ème réunion du Conseil des ministres, Félix Tshisekedi avait interdit la militarisation « illégale » des concessions minières. Le chef de l’État avait estimé que la présence accrue des militaires dans ces espaces portait atteinte à l’autorité de l’État, à la crédibilité des réformes engagées dans le secteur minier ainsi qu’à la confiance des investisseurs et des partenaires nationaux et internationaux.
Plus d’un mois après cette décision, sa mise en œuvre effective reste toutefois confrontée à des difficultés. Des informations rapportées par la société civile font notamment état de militaires qui, après avoir été sommés de quitter certains sites, se seraient changés en tenue civile afin de poursuivre leur présence dans les concessions minières.
Face à cette situation, la société civile appelle les autorités à l’associer aux opérations de retrait et d’identification des militaires récalcitrants, afin de garantir une application effective de la mesure présidentielle.
Patient Mubiayi MBY, à Lubumbashi