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Dialogue inclusif : Mukwege désavoue Fayulu
*« On ne peut pas blanchir les crimes par un simple dialogue », insiste le Prix Nobel 2018.
Le débat autour du dialogue politique et de la guerre qui ravage l’Est de la République démocratique du Congo est loin d’accorder les vues entre les acteurs politiques. Une ligne de fracture semble apparaître entre plusieurs figures de l’opposition congolaise, notamment autour de la question de la participation de Joseph Kabila et Corneille Nangaa à un éventuel dialogue national.
Le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege, connu pour son engagement en faveur des victimes des violences sexuelles et des populations meurtries par les conflits dans l’Est de la RDC, adopte une position particulièrement ferme : la recherche de la paix ne devrait pas se transformer en mécanisme d’effacement des responsabilités liées aux crimes commis contre les populations civiles.
« LE DIALOGUE NE DOIT PAS DEVENIR UNE MACHINE À BLANCHIR LES CRIMES »
Dans les propos qui lui sont attribués, Denis Mukwege rappelle l’ampleur du drame congolais : des milliers de morts, des massacres, des femmes victimes de violences sexuelles et des familles entières détruites par des décennies de conflits.
Pour lui, la question fondamentale ne serait donc pas simplement de savoir qui doit participer à un dialogue, mais également dans quelles conditions et avec quelles exigences de justice et de responsabilité.
Cette position rejoint d’ailleurs des prises de position publiques antérieures du médecin congolais. En mars 2025, alors que des discussions directes entre Kinshasa et le M23 étaient envisagées sous médiation angolaise, Mukwege avait estimé que la crise de l’Est dépassait largement le cadre d’un simple dialogue interne et nécessitait une approche tenant compte de sa dimension régionale et internationale.
KABILA ET NANGAA : LE POINT DE RUPTURE ?
C’est précisément sur cette question que le débat devient explosif.
Les partisans d’un dialogue inclusif défendent l’idée que toutes les forces politiques significatives doivent être entendues, y compris celles qui se trouvent aujourd’hui dans une position de confrontation avec le pouvoir.
Martin Fayulu fait partie des acteurs qui ont défendu l’idée d’un dialogue permettant de rechercher une issue politique à la crise congolaise.
Mais la question de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa rend le dossier particulièrement sensible.
Joseph Kabila est un ancien président de la République. Corneille Nangaa, ancien président de la CENI, dirige aujourd’hui l’AFC, alliée au M23. Le gouvernement congolais accuse cette coalition d’être impliquée dans l’agression contre la RDC, tandis que les Nations unies ont documenté l’implication du M23 et le rôle du Rwanda dans le conflit.
Dès lors, une interrogation demeure : peut-on organiser un dialogue politique sans établir au préalable les responsabilités liées aux violences ?
PAIX OUI, IMPUNITÉ NON
La position défendue par Mukwege peut se résumer en une équation simple :
Dialogue ≠ amnistie.
Paix ≠ oubli.
Réconciliation ≠ effacement des responsabilités.
Pour le Prix Nobel, la paix véritable ne peut être durable si elle repose sur l’oubli des victimes.
Cette approche est particulièrement importante dans un pays où les cycles de négociations successifs ont souvent produit des accords politiques sans parvenir à régler définitivement les causes profondes des conflits.
UNE DIVERGENCE STRATÉGIQUE AVEC MARTIN FAYULU ?
Les deux personnalités ont pourtant déjà travaillé ensemble sur certaines questions politiques. En décembre 2022, Mukwege et Fayulu figuraient notamment parmi les opposants ayant signé une déclaration commune dénonçant les problèmes de gouvernance en RDC.
Mais l’évolution de la crise sécuritaire semble désormais imposer de nouvelles lignes de démarcation.
Fayulu privilégierait-il une approche politique fondée sur l’inclusivité du dialogue ?
Mukwege chercherait-il davantage à imposer la question de la justice, de la responsabilité et de la protection des victimes comme préalable à toute solution ?
C’est là que se situe probablement le véritable enjeu.
La question qui dérange
Au fond, le débat dépasse les personnes de Kabila, Nangaa, Fayulu ou Mukwege.
Il pose une question fondamentale à la République démocratique du Congo :
Comment construire une paix durable sans sacrifier la justice ?
Car si le dialogue est nécessaire pour mettre fin à une guerre, il ne peut être durable que s’il répond également aux attentes des victimes.
La RDC ne peut pas continuer à accumuler les accords politiques tandis que les populations de l’Est continuent de payer le prix du conflit.
César IPOKA