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RDC - Le défi moral du pouvoir face à la désillusion populaire
En République démocratique du Congo, le lien entre gouvernants et gouvernés semble s'être distendu, non par simple désaccord politique, mais par un vide plus profond : l'érosion de la morale dans la pratique du pouvoir.
Les Congolais ne rejettent pas seulement des politiques inefficaces ou des promesses non tenues. Ils expriment, de plus en plus silencieusement, un désaveu moral. Ce qui manque aujourd'hui à notre vie publique, ce n'est pas tant le talent ou les moyens, mais la vertu, cette colonne invisible qui donne au leadership sa crédibilité et à l'État sa légitimité.
Lorsque le discours politique devient calcul, que l'intérêt collectif cède la place aux équilibres de clans, que la justice hésite face aux puissants, alors le peuple doute. Et ce doute, persistant, devient défiance.
Pourtant, la confiance ne se décrète pas. Elle se construit, lentement, par la cohérence entre les mots et les actes. Là où la morale publique est absente, même les bonnes intentions paraissent suspectes. Il ne s'agit pas d'exiger des dirigeants qu'ils soient parfaits, mais qu'ils soient cohérents, sincères et redevables. L'autorité ne peut être durable que si elle repose sur l'éthique et le bon sens. À défaut, elle n'est que façade.
Il est temps pour la classe politique congolaise d'entendre ce que le peuple ne crie plus mais pense tout bas : le pays n'a pas seulement besoin de réformes, il a besoin d'exemplarité.
Car dans un État, la morale n'est pas un luxe. Elle est la condition même de l'espérance collective. Dans notre pays, la République démocratique du Congo, la méfiance ne se crie plus, elle se vit. Elle habite les regards et les rues. Le peuple n'attend plus, il observe. Il ne croit plus aux promesses, il les encaisse comme des dettes jamais remboursées.
La confiance, cet ingrédient invisible mais vital à toute gouvernance, s'est effondrée sous les poids accumulés : les discours vides, les détournements non punis, ou presque, l'impunité arrogante, les institutions déconnectées du quotidien.
Ce peuple, qui a tant espéré, voit chaque jour s'éloigner la justice, la sécurité, l'emploi et la dignité. À l'Est, les balles remplacent les bulletins. Ailleurs, c'est le chômage, la faim, et l'humiliation silencieuse des sans-voix.
Mais attention : le peuple congolais est patient, pas amnésique. Il sait qui l'a regardé sans agir, qui l'a trahi en souriant, qui a confondu pouvoir et propriété.
Les dirigeants actuels doivent comprendre : la légitimité ne se mesure pas au titre, mais à l'impact. Être au pouvoir ne suffit plus, il faut être au service. Le temps des privilèges aveugles doit laisser place à celui de la responsabilité sincère. Il est encore temps de reconstruire le lien. Par des gestes concrets, une parole honnête, une justice réelle. Car ce peuple peut tout endurer… sauf d'être ignoré.
Le Président de la République doit voir dans l'écran des responsabilités partagées, un Congo en train d'avancer grâce à l'exercice minutieux, objectif et performant de chaque mission régalienne attribuée et non un mammouth qui peine à se relever à cause des lourdeurs et pesanteurs aussi bien politiques que l'attente des synthèses qu'on attendrait de la personne qui a nommé ses collaborateurs à tous les niveaux de la gouvernance politique du pays.
Henry MUTOMBO MIKENYI
Ecrivain et Chercheur en fiscalité.
Acteur politique, membre de l'Union Sacrée de la Nation.