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Kinshasa sous le balai, mais sans poubelles : le paradoxe de l'assainissement urbain
Depuis le lancement de l'opération d'assainissement menée par le Service national dans le cadre de la Task Force voulue par le président de la République, les artères de Kinshasa connaissent une présence inhabituelle d'équipes mobilisées pour débarrasser la ville de ses immondices.
Après le district de la Tshangu, cette campagne est appelée à s'étendre progressivement à l'ensemble de la capitale.
Sur le terrain, les agents du Service national, dont plusieurs anciens délinquants réinsérés, s'activent au curage des caniveaux, à l'évacuation des déchets et au nettoyage des espaces publics. Cette initiative est accueillie favorablement par de nombreux habitants qui y voient un premier pas vers une ville plus propre.
Cependant, au-delà des efforts déployés, des voix s'élèvent pour dénoncer certaines méthodes jugées excessives lors des opérations de contrôle. Quelques incidents rapportés par des riverains alimentent le débat sur la manière de concilier discipline, sensibilisation et respect des consignes.
Mais une autre préoccupation revient avec insistance au sein de la population qui, du reste approuve et admire cette campagne d'assainissement.
OU JETER LES DECHETS ?
De nombreux Kinois se posent cette question : où jeter les déchets lorsque la ville ne dispose presque pas de poubelles publiques ? Cette question résume à elle seule le principal défi de cette campagne d'assainissement. Les autorités exigent désormais une meilleure gestion des déchets par les habitants, mais les infrastructures censées accompagner ce changement restent largement insuffisantes.
En parcourant les principales artères de la capitale, de Maluku à la 17ème rue dans la commune de Limete, il est difficile de trouver des poubelles publiques accessibles. La situation est similaire dans la majorité des districts de Kinshasa. Seule la commune de la Gombe semble bénéficier d'un nombre relativement plus important de bacs à ordures, notamment en raison de la concentration des institutions publiques et des entreprises.
L'absence d'équipements pousse parfois les habitants à déposer leurs déchets dans des endroits inappropriés, favorisant la reconstitution rapide des dépotoirs sauvages que les équipes d'assainissement s'efforcent pourtant d'éliminer.
Les spécialistes de la gestion urbaine rappellent qu'une politique d'assainissement ne peut produire des résultats durables sans un dispositif complet comprenant des poubelles publiques en nombre suffisant, un système régulier de collecte, des centres de traitement des déchets ainsi qu'une campagne permanente de sensibilisation de la population.
L'ambition de transformer Kinshasa en une capitale plus propre dépendra donc autant de l'engagement des citoyens que des investissements dans les infrastructures de base. Sans points de collecte accessibles, les bonnes intentions risquent de se heurter aux réalités du quotidien, compromettant les efforts déjà consentis sur le terrain.
César IPOKA