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Face à l'aggravation de la crise sécuritaire et humanitaire dans l'Est de la République démocratique du Congo, les eurodéputés belges Elio Di Rupo et Hilde Vautmans exhortent l'Union…
Deux eurodéputés réclament des sanctions contre Kabila
Face à l'aggravation de la crise sécuritaire et humanitaire dans l'Est de la République démocratique du Congo, les eurodéputés belges Elio Di Rupo et Hilde Vautmans exhortent l'Union européenne à sortir de son silence. Ils plaident pour des sanctions ciblées contre les responsables de la déstabilisation, le respect intégral de l'accord de Washington et un renforcement urgent de l'aide humanitaire.
L'Europe est appelée à passer des paroles aux actes face à la crise qui ravage l'Est de la RDC depuis plus de trente ans. Dans un communiqué de presse, les députés européens belges Elio Di Rupo, du groupe S&D, et Hilde Vautmans, du groupe Renew, dénoncent le silence européen face à une catastrophe humaine qui continue de frapper des millions de Congolais.
Les deux élus pointent notamment l'annonce de la création du Front pour la refondation de la nation (FRN), un mouvement politico-militaire incluant le M23 et l'AFC, sous la direction de l'ancien président congolais Joseph Kabila. Ils considèrent cette évolution comme une nouvelle escalade susceptible d'aggraver le conflit et de menacer la stabilité de l'ensemble du pays ainsi que celle de la région des Grands Lacs.
Pour eux, la réponse européenne ne peut se limiter aux déclarations de principe. Elle doit se traduire par des mesures concrètes, notamment des sanctions ciblées contre les responsables de la déstabilisation et un engagement diplomatique accru.
" LES VIES CONGOLAISES ONT LA MEME VALEUR QUE LES VIES UKRAINIENNES "
Au-delà des enjeux militaires et politiques, Elio Di Rupo et Hilde Vautmans mettent en avant l'ampleur des souffrances imposées aux populations congolaises. Selon les chiffres avancés dans leur communiqué, environ 18,5 millions de personnes ont besoin d'une assistance humanitaire, tandis que 26,5 millions sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays pourrait atteindre 6,4 millions, selon les estimations des Nations unies.
Face à ces chiffres, les eurodéputés dénoncent une attention internationale qu'ils jugent insuffisante. Sans contester la mobilisation suscitée par la guerre en Ukraine, ils refusent que la crise congolaise bénéficie d'une solidarité moindre.
" Les vies congolaises ont la même valeur que les vies ukrainiennes ", martèlent-ils, appelant l'Union européenne à dépasser une approche différenciée des conflits selon leur visibilité médiatique ou leur situation géographique.
À leurs yeux, cette différence de traitement risque d'affaiblir la crédibilité de l'Union européenne sur la scène internationale, notamment lorsqu'elle défend les principes de solidarité, de paix et de respect du droit international.
LE FRN ET LE M23 AU CŒUR DES INQUIETUDES
La création du Front pour la refondation de la nation constitue l'un des principaux motifs d'inquiétude des deux parlementaires européens. Ils estiment que l'association de Joseph Kabila à un mouvement politico-militaire incluant le M23 marque un tournant préoccupant dans la crise congolaise.
Le communiqué accuse l'ancien chef de l'État de s'associer à une rébellion armée et de revendiquer le recours à la force pour renverser le pouvoir de Kinshasa. Les deux élus considèrent que cette orientation accroît le risque d'embrasement et fait peser une menace sur la stabilité nationale.
Ils mettent également en cause le soutien du Rwanda au M23 et l'AFC, auquel ils attribuent de graves exactions contre les populations civiles.
Pour les eurodéputés, la crise ne se limite donc plus à un conflit territorial dans l'Est du pays. Elle engage désormais, selon leur analyse, la stabilité de toute la RDC et l'équilibre sécuritaire de la région des Grands Lacs.
ACCORD DE WASHINGTON : KIGALI APPELE A RESPECTER SES ENGAGEMENTS
Les deux parlementaires insistent également sur la nécessité d'une application intégrale de l'accord de Washington signé le 27 juin 2025, sous l'égide des États-Unis et avec la médiation du Qatar.
Ils rappellent que cet accord prévoit notamment la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), le désengagement des forces rwandaises de la RDC et la levée des mesures défensives du Rwanda.
Selon eux, ces engagements sont indissociables et doivent être exécutés de manière coordonnée, vérifiable et sans interprétation sélective.
Les eurodéputés demandent ainsi à l'Union européenne d'exiger le respect intégral de l'accord, de soutenir une vérification indépendante de sa mise en œuvre et de sanctionner les acteurs qui contribuent à la poursuite des hostilités.
Leur position est claire : la neutralisation des FDLR ne saurait, à elle seule, justifier le maintien des forces rwandaises sur le territoire congolais ni la poursuite du soutien au M23.
DES SANCTIONS CIBLEES ET UNE ASSISTANCE HUMANITAIRE RENFORCEE
Pour Elio Di Rupo et Hilde Vautmans, l'heure n'est plus aux seules condamnations diplomatiques. Ils réclament des sanctions ciblées visant Joseph Kabila et les dirigeants du FRN, ainsi que les responsables rwandais qu'ils accusent de soutenir le M23.
En parallèle, ils appellent à poursuivre et à amplifier, de toute urgence, l'assistance humanitaire destinée aux populations civiles, confrontées aux déplacements forcés, à la faim et à l'insécurité.
Cette double exigence - pression diplomatique et soutien humanitaire - constitue, selon eux, une réponse nécessaire à l'aggravation de la crise.
" Condamner ne suffit pas, et les lamentations sont stériles ! ", préviennent-ils, en appelant les institutions européennes à traduire leurs engagements en décisions concrètes.
Au-delà des sanctions réclamées, le communiqué pose la question de la cohérence de la politique étrangère européenne face aux crises internationales. Pour les deux élus belges, l'Union européenne ne peut défendre les accords de paix sans veiller à leur application effective.
Ils rappellent que la population congolaise a droit à la paix, au respect de la souveraineté nationale et à des garanties concrètes de sécurité.
Leur appel place ainsi les Européens devant une exigence politique : faire correspondre leurs déclarations à des mesures susceptibles de contribuer à la désescalade et à la protection des civils.
Reste désormais à savoir si cet appel se traduira par des décisions concrètes de l'Union européenne, notamment en matière de sanctions, de suivi de l'accord de Washington et de mobilisation humanitaire. Pour les deux eurodéputés, l'inaction face à la crise congolaise n'est plus une option.
Jérémie ASOKO