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Kasaï: 35 décès enregistrés et 38 femmes contraintes d’accoucher à domicile au lendemain de la grève du personnel de santé
La province du Kasaï fait face à une dégradation rapide de sa situation sanitaire, consécutive au déclenchement d’une grève sèche observée dans la quasi-totalité des structures de santé. Initié par les agents et cadres du secteur, ce mouvement de protestation paralyse les services médicaux et expose les populations à des risques sanitaires majeurs. D’après les données rendues publiques hier mercredi 25 mars lors d’une réunion d’évaluation de l’intersyndicale, tenue sous la présidence de Jacques Mabuka, deuxième vice-président de cette plateforme syndicale, les premières conséquences sont déjà alarmantes.
Au total, 35 décès ont été enregistrés depuis le début de la grève. Par ailleurs, 38 femmes ont été contraintes d’accoucher à domicile, souvent sans assistance qualifiée. En outre, 50 séances de vaccination n’ont pas été assurées, compromettant ainsi les efforts de prévention contre plusieurs maladies évitables.
Sur le terrain, la paralysie des services de santé se traduit par la fermeture partielle ou totale de plusieurs formations médicales, laissant des patients sans prise en charge. Les cas urgents, notamment les complications obstétricales, les maladies chroniques et les situations pédiatriques, sont particulièrement affectés. Des témoignages recueillis auprès des habitants font état d’une détresse croissante, certaines familles étant contraintes de parcourir de longues distances à la recherche de soins, sans garantie d’assistance.
Sept mois d'arriérés
L’intersyndicale du personnel de santé justifie ce mouvement par l’accumulation de sept mois d’arriérés de salaires. Une situation qu’elle qualifie d’«insoutenable» pour les travailleurs du secteur. Les syndicalistes estiment que cette précarité financière compromet non seulement leur dignité, mais aussi la qualité des services rendus à la population. Ils dénoncent également des tentatives d’intimidation et d’instrumentalisation visant certains agents, qu’ils considèrent comme des entraves à l’exercice de leurs droits syndicaux.
«Nous ne pouvons pas continuer à travailler sans rémunération pendant plusieurs mois, alors que les exigences professionnelles restent élevées», a laissé entendre un cadre de santé présent à la réunion, appelant à une prise de responsabilité urgente des autorités compétentes.
Appels au dialogue
Face à cette crise, les appels au dialogue se multiplient. Plusieurs acteurs de la société civile exhortent le gouvernement provincial ainsi que les autorités nationales à engager des négociations immédiates avec les représentants du personnel de santé, afin de trouver une issue rapide à ce conflit. L’objectif, selon eux, est de restaurer la continuité des soins et d’éviter une aggravation du bilan humain.
En attendant une éventuelle sortie de crise, la population demeure la principale victime de cette situation. La perturbation des services essentiels, notamment les consultations, les accouchements assistés et les campagnes de vaccination, fragilise davantage un système de santé déjà confronté à de nombreux défis structurels.
Si aucune solution n’est trouvée dans les prochains jours, les observateurs redoutent une amplification de la crise sanitaire dans la province, avec des conséquences potentiellement durables sur la santé publique.
Félix MULUMBA Kalemba