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Onu : Kinshasa accuse Kigali de manipuler le « discours de haine » et défend sa souveraineté
Au Conseil de sécurité des Nations unies, l’ambassadeur et représentant permanent de la Rd-Congo, Zenon Mukongo Ngay, a livré une intervention particulièrement offensive centrée sur la notion de « discours de haine », accusant certaines puissances régionales de détourner ce concept pour masquer les causes profondes de la crise sécuritaire dans l’Est du pays.
Dès l’ouverture de son propos, le diplomate congolais a appelé à un renforcement des mécanismes internationaux de suivi du cessez-le-feu. Il estime que la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC, Monusco, ainsi que le Bureau de l’envoyé spécial pour la région des Grands Lacs, doivent disposer de moyens renforcés. Selon lui, la crise actuelle demeure « clairement identifiée comme régionale » et nécessite une réponse globale.
Mais c’est surtout sur la question des discours de haine que la délégation congolaise a durci le ton, estimant que ce concept est instrumentalisé dans le débat international.
« Vous avez l’impression qu’il parle des Congolais. Il ne parle pas des Congolais, il parle des Rwandais », a déclaré Zenon Mukongo Ngay, en réaction aux références faites par la partie rwandaise au génocide de 1994 et à ses prolongements dans la région.
Le diplomate congolais a contesté l’idée selon laquelle les Forces démocratiques de libération du Rwanda, FDLR, seraient une justification des accusations portées contre la RDC. Il a affirmé que ces groupes seraient composés de ressortissants rwandais ayant fui leur pays.
Dans une formulation particulièrement polémique, il a soutenu que l’idéologie génocidaire que le Rwanda tente de transposer sur le territoire congolais est incompatible avec l’ADN du Congolais,
En effet , soutient-il,la société congolaise est fondée sur la coexistence de « 450 tribus vivant en parfaite harmonie ».
Poursuivant son argumentaire, l’ambassadeur a dénoncé ce qu’il considère comme une inversion des responsabilités dans le conflit. « Le Rwanda nous donne l’impression aujourd’hui que les discours de haine sont plus graves que les massacres », a-t-il affirmé, avant de questionner la communauté internationale : « Combien de Congolais ont-ils été massacrés depuis l’occupation de Goma, Bukavu ou Uvira ? Et c’est comparable à un discours de haine ? »
Selon Kinshasa, les discours de haine ne sont pas à l’origine de la crise, mais en seraient plutôt une conséquence directe.
« Les discours de haine sont la conséquence des massacres qu’ils conduisent », a insisté le diplomate, rejetant toute lecture qui placerait cette rhétorique au centre du conflit.
La RDC a également réagi aux arguments liés à la protection des populations rwandophones présentes sur son territoire, notamment les Banyamulenge. Pour Kinshasa, ces communautés sont des citoyens congolais à part entière.
« Ils parlent des Banyamulenge. Ce sont des Congolais, ce ne sont pas des Rwandais », a rappelé l’ambassadeur, rejetant toute tentative d’assimilation identitaire.
Dans une autre déclaration forte, il a critiqué ce qu’il considère comme une justification d’interventions extérieures en RDC :
« Où un étranger vient dans votre pays et dit : les populations de votre pays ressemblent aux populations de mon pays, alors moi je viens les protéger ? Quelle audace ! »
Sur le plan économique et sécuritaire, la délégation congolaise a réaffirmé ses accusations concernant l’exploitation illégale des ressources naturelles dans l’Est du pays, estimant que certaines richesses minières attribuées au Rwanda ne correspondent pas à son sous-sol.
« Le Rwanda est devenu exportateur du coltan qu’il n’existe nulle part sur son territoire », a-t-il déclaré, évoquant également l’occupation de certaines zones minières.
Kinshasa a réaffirmé sa position de souveraineté nationale en matière de sécurité.
« Vous n’avez pas le droit de venir protéger les populations congolaises sur son territoire. La République démocratique du Congo est suffisamment outillée pour protéger ses propres populations », a martelé Zenon Mukongo Ngay.
Christian-Timothée MAMPUYA