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Nord-Kivu: Une journée de deuil en mémoire des victimes des massacres paralyse Butembo et Beni
Une atmosphère lourde a régné hier jeudi 11 septembre dans les villes de Butembo et Beni, où les activités socio-économiques et scolaires ont été fortement perturbées. En solidarité avec les familles endeuillées par les récentes tueries attribuées aux rebelles ADF, la société civile urbaine et le mouvement citoyen Lucha ont décrété une journée de " deuil sans activités".
Ces actions interviennent après des attaques meurtrières qui ont coûté la vie à plus de 70 civils à Ntoyo (territoire de Lubero), 18 autres à Fotodu (territoire de Beni) et plus de 80 personnes à Mangurujipa.
À Oïcha, 18 victimes ont également été recensées lundi dernier. Un bilan macabre qui continue de choquer l'opinion publique et d'attiser la colère des habitants.
Butembo, une ville au ralenti
Dans la ville de Butembo, la paralysie était visible dès les premières heures. Le long du boulevard Président de la République, la quasi-totalité des boutiques, galeries et institutions bancaires ont gardé leurs portes closes. Les rares banques restées accessibles n'ouvraient que des entrées secondaires pour accueillir une poignée de clients. Les établissements scolaires et universitaires étaient déserts, aucun élève ni étudiant n'ayant répondu présent.
En périphérie, notamment à Rughenda, Mutiri, Vuhira et Katwa, l'appel au deuil a été suivi de manière partielle. Si certains commerçants ont timidement repris leurs activités, le grand marché central et la majorité des boutiques du centre-ville sont restés fermés.
Tensions et affrontements
La situation a dégénéré dans certains quartiers, notamment à Furu et Mutsanga. Des affrontements ont éclaté entre la police et des manifestants. Les forces de l'ordre ont tiré à balles réelles pour disperser la foule, tandis que des jeunes répliquaient par des jets de pierres. Des barricades ont été érigées sur plusieurs artères, mais aucun incident majeur n'a été signalé.
Beni : certaines écoles ferment leurs portes
À Beni, la journée a également été marquée par un ralentissement général. Plusieurs établissements scolaires ont préféré suspendre les cours, renvoyant les élèves à la maison dès le matin par crainte de débordements. Dans les rues, des manifestations populaires se sont tenues pour dénoncer la recrudescence des massacres.
Les habitants exigent des autorités une réponse ferme et immédiate face à l'insécurité persistante.
Une mobilisation qui appelle des réponses
Au-delà de l'arrêt des activités, la journée de deuil a pris une dimension de mobilisation citoyenne. Selon John Paluku Kameta, président de la société civile de Bulengera, ces actions visent à rappeler que " la population ne peut plus continuer à compter ses morts dans l'indifférence ".
Cette paralysie simultanée de Butembo et Beni reflète la détresse d'une population longtemps meurtrie par les violences, mais aussi sa volonté de se faire entendre. Elle pose une question clé : combien de temps encore ces tueries resteront-elles sans une réponse efficace ?
Pascal NDUYIRI