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Fonction publique : Jean-Pierre Lihau en quête de légitimation avant le remaniement
Derrière les allures d’un simple communiqué de clarification, la récente sortie du Vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, ressemble davantage à une opération de repositionnement politique qu’à une véritable réponse aux préoccupations des agents publics non payés. Face à la montée de la grogne sociale autour des «NP» (Non payés), le ministre choisit de dénoncer «des propos inexacts» relayés sur les réseaux sociaux. Une ligne de défense classique, qui évite soigneusement d’aborder le fond du problème : des milliers de fonctionnaires continuent d’attendre leur salaire, parfois depuis des années.
Le cabinet met en avant une identification biométrique qui a permis de ramener les effectifs de 1,48 million à 785.000 agents certifiés. Présentée comme une avancée majeure, cette opération soulève néanmoins des questions : que deviennent les centaines de milliers d’agents écartés ? Et surtout, en quoi cette rationalisation a-t-elle concrètement amélioré les conditions de vie des fonctionnaires encore non payés ?
Sur le terrain, la réalité reste têtue. Les retards de paiement, les disparités salariales et les frustrations persistent, malgré les annonces répétées d’assainissement. Avec 195.000 agents mécanisés en cinq ans, le Gouvernement tente de démontrer sa volonté d’agir. Mais à ce rythme, et au regard de l’ampleur du problème, l’objectif d’une prise en charge totale d’ici 2027 apparaît pour beaucoup comme ambitieux, voire irréaliste.
Là encore, le décalage entre les statistiques officielles et le vécu quotidien des agents publics alimente le scepticisme. Pour plusieurs Congolais, ces chiffres relèvent davantage d’un argumentaire politique que d’un bilan pleinement satisfaisant.
RÉFORME EN VUE DE PROMESSE POLITIQUE MIELLEUSE
En évoquant des réformes structurelles profondes qui garantiraient l'égalité des chances, l'inclusion, l'amélioration des conditions de travail, Jean-Pierre Lihau dresse un tableau séduisant d’une administration en mutation. Mais, ces annonces interviennent dans un contexte particulier : celui des spéculations autour d’un éventuel remaniement gouvernemental.
Difficile, dès lors, de ne pas y voir une tentative de défendre son bilan et de consolider sa position au sein de l’Exécutif. Le ton du communiqué, insistant sur les «acquis» et les «efforts consentis», renforce cette impression d’une communication orientée.
L’appel à la responsabilité collective lancé aux médias et aux partenaires sociaux peut également être interprété comme une manière de diluer les responsabilités. Or, pour de nombreux agents, la question reste simple : quand seront-ils payés régulièrement et dignement ?
En évitant d’apporter des réponses concrètes à cette interrogation centrale, le ministre prend le risque de renforcer le malaise plutôt que de l’apaiser.
DE LA TRANSPARENCE À LA LÉGITIMATION
Au final, cette prise de parole de Jean-Pierre Lihau, loin de clore le débat, relance les interrogations sur la gestion de la Fonction publique en RDC. Entre communication politique et réalité sociale, le fossé semble encore important.
À mesure que les rumeurs de remaniement prennent de l’ampleur, cette mise au point apparaît moins comme un exercice de transparence que comme le début d’une campagne de légitimation personnelle.
Reste à savoir si les agents publics, eux, se contenteront de discours ou exigeront des résultats tangibles.
César IPOKA