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À Kinshasa, la sécurité des journalistes au cœur d’un débat entre autorités, médias et partenaires internationaux
La protection des journalistes s’impose de plus en plus comme un enjeu central dans les démocraties fragiles et les contextes de crise. À Kinshasa, autorités publiques, organisations de défense de la presse et professionnels des médias ont croisé leurs analyses mardi soir lors d’un panel consacré à la sécurité des journalistes, à l’initiative de l’ambassade d’Allemagne.
Organisée autour du thème «La protection des journalistes, objectif commun, tâches réparties ? Risques actuels et besoins des journalistes et rôle des autorités», la rencontre a réuni plusieurs figures du paysage médiatique congolais. Les échanges, modérés par la journaliste Ange Kasongo du média de vérification Balobaki Check, ont permis d’examiner les défis auxquels sont confrontés les professionnels de l’information, en particulier dans les zones marquées par l’insécurité.
Parmi les intervenants figurait le ministre de la Communication et Médias et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe. Saluant l’initiative de la représentation diplomatique allemande, il a rappelé que la question de la sécurité des journalistes demeure particulièrement sensible dans un pays confronté à des crises sécuritaires récurrentes.
«La question de la sécurité des journalistes est cruciale, surtout dans les pays en crise comme le nôtre», a-t-il déclaré, appelant à renforcer les capacités des professionnels des médias, notamment ceux qui exercent dans les zones les plus exposées du pays.
Réduire les risques
Le ministre a insisté sur la nécessité pour les journalistes opérant dans l’Est de la République démocratique du Congo de maîtriser à la fois les règles de sécurité sur le terrain et les dispositions logistiques permettant de réduire les risques liés à leur activité.
Au-delà des dispositifs matériels, Patrick Muyaya a également mis en avant le rôle du professionnalisme comme premier rempart contre les menaces pesant sur la presse. Selon lui, la rigueur dans la collecte et la vérification de l’information constitue une forme de protection pour les journalistes eux-mêmes.
«Quand vous prenez le temps de recouper les faits et de produire une information solide, vous protégez aussi votre crédibilité et votre travail», a-t-il souligné.
Leadership féminin
Profitant de la tenue de cette activité au mois de mars, traditionnellement consacré aux droits des femmes, le porte-parole du gouvernement a également salué le leadership féminin dans le secteur des médias et réaffirmé l’engagement en faveur de la masculinité positive.
Sur le front de la défense de la liberté de la presse, le coordonnateur de l’ONG Journalistes en danger, Tshivis Tshivuadi, a plaidé pour une solidarité accrue entre professionnels des médias face aux menaces et intimidations.
Selon lui, le silence ou l’indifférence face aux attaques visant un journaliste contribue à entretenir un climat d’impunité. Les rapports publiés par son organisation documentent régulièrement des arrestations arbitraires, des menaces et des violences contre les acteurs de la presse.
Appel à la sécurité
«Lorsque l’on peut menacer ou arrêter un journaliste sans conséquence, cela encourage les attaques contre la presse», a-t-il dénoncé, appelant à inscrire la sécurité des journalistes dans les discussions sur les conflits armés, notamment dans l’Est du pays.
Même préoccupation du côté de Deutsche Welle. La coordinatrice de son bureau à Kinshasa, Wendy Bashi, a rappelé que la sécurité des journalistes repose sur deux piliers essentiels : la protection physique et la protection éditoriale.
«Le meilleur reportage est celui qui revient avec le journaliste vivant», a-t-elle souligné, insistant également sur la responsabilité éditoriale dans un environnement marqué par des tensions sécuritaires.
Dans des contextes sensibles, chaque mot publié peut avoir des répercussions directes sur les populations, les acteurs du conflit ou les journalistes eux-mêmes, a-t-elle rappelé, appelant à un journalisme à la fois rigoureux et responsable.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre d’une formation organisée par la Deutsche Welle Akademie à Kinshasa du 10 au 14 mars 2026.
Destinée à des journalistes congolais sélectionnés pour leur expérience en zones à risque, cette initiative vise à renforcer les compétences professionnelles et les réflexes de sécurité dans l’exercice du métier.
Au-delà de la formation, le message partagé par les participants est clair : dans un environnement marqué par les crises sécuritaires et la désinformation, la protection des journalistes constitue une condition essentielle à l’existence d’une information libre, crédible et au service de la société.
Jérémie ASOKO