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DÉNONÇANT LA DISSOLUTION DU PARTI DU PEUPLE : le Bureau politique du PPRD dénonce une monstruosité juridique
Le Bureau politique du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), via ses cadors dont Néhémie Mwilanya, André Kimbuta, Henri Mova Sakanyi, Richard Muyej et Francine Muyumba, sort du silence pour fustiger ce qu'il qualifie de "monstruosité juridique et une menace pour la démocratie". Ce, suite à la dissolution de la formation politique, chère à l'ancien président, Joseph Kabila (2001-2019).
"30 octobre : un jour sombre pour le pluralisme et la démocratie en RDC", tel est l'intitulé de ce document officiel du PPRD. Sans y aller par le dos de la cuillère, la formation phare de la kabilie monte au créneau.
"Nous condamnons avec la plus grande fermeté cette décision, dont nous contestons la légalité et la portée politique. Les articles 6 et 8 de la Constitution garantissent le pluralisme politique et les droits de l'opposition, piliers fondamentaux de notre pacte républicain. Sur quel fondement légal le Conseil d'État s'arroge-t-il le pouvoir de dissoudre un parti politique ? L'article 31 no.04/002 du 15 mars 2004 attribue cette compétence à des juridictions bien déterminées, tandis que la loi organique du 15 octobre 2016 relative aux juridictions administratives ne confère aucunement ce pouvoir au Conseil d'État. Cette décision constitue donc une monstruosité juridique inédite, soulevant une question fondamentale d'incompétence juridictionnelle... Par cette dissolution aussi illégale qu'arbitraire du PPRD, la démonstration est donc de nouveau faite que la justice est devenue un instrument de liquidation des adversaires politiques dans notre pays. Dans un État de droit, la loi est au-dessus du pouvoir et non l'inverse!", renseigne la correspondance.
"EPISODE DU COUP D'ETAT PERMANENT"
Le PPRD évoque un coup d'État qui remonte en 2019 tout en faisant allusion aux graves irrégularités du scrutin des élections générales de 2023 et la composition monocolore de la Centrale électorale.
"La dissolution du PPRD n'est pas un acte isolé, mais un épisode du coup d'État permanent en cours dans notre pays depuis la fin de l'année 2019. Elle s'inscrit dans une succession de coups de force institutionnels: la nomination illégale des juges à la Cour constitutionnelle ; le renversement de la majorité parlementaire, en cours de mandat et sans nouvelles élections, la même année ; les élections chaotiques de décembre 2023, sur sept jours au lieu d'un seul, et marquées par de graves irrégularités, largement documentées et dénoncées, telles que la distribution des machines à voter aux candidats du pouvoir, l'absence d'audit indépendant du fichier électoral et la composition monocolore de la Ceni", lit-on.
"LA REMISE EN CAUSE DE LA CONSTITUTION"
En outre, l'ancien parti au pouvoir s'inquiète du changement de la Loi fondamentale du pays, en touchant les articles 70 et 220.
"À ces trois précédents s'ajoute désormais la menace d'une quatrième rupture : la remise en cause de la Constitution, notamment de ses articles 70 et 220, ouvrant la voie à une présidence à vie, en violation flagrante, dans ce dernier cas, de ce que le souverain primaire avait érigé en clause d'éternité, à savoir pas plus de deux mandats présidentiels consécutifs.
Aujourd'hui, c'est le PPRD. Demain, à qui le tour? Avec la dissolution du PPRD et la suspension de douze autres formations politiques, c'est le spectre du parti État qui ressurgit, avec ses corollaires: la privatisation de l'État, l'instrumentalisation de la justice, la mort lente mais sûre de la République", poursuit-on.
Ainsi, les membres du PPRD "rejettent et condamnent avec la plus grande fermeté, la dissolution du PPRD, dont ils contestent la légalité, et réaffirment leur fidélité à ses idéaux, à son héritage politique et à son engagement pour la souveraineté, l'unité nationale et la démocratie; exigent la cessation des mesures répressives contre l'opposition, la levée des suspensions frappant les douze autres partis politiques et la libération des personnes arbitrairement détenues, notamment Aubin Minaku, Emmanuel Ramazani, Dunia Kilanga, Onassis Kavul, Parole Kamizelo et tous les autres détenus politiques; appellent les militants, cadres et sympathisants du PPRD à garder leur calme, leur dignité, leur unité, et leur détermination, à rejeter toute provocation, et à poursuivre leur engagement politique avec courage et détermination".
LE PPRD VIT ET VIVRA
Pas que ça, ils "invitent les fédérations et représentations du PPRD à l'étranger à maintenir allumée la flamme du parti, à renforcer la solidarité entre les militants et à défendre les libertés démocratiques auprès des institutions et opinions publiques internationales; prennent solennellement à témoin les Nations unies, l'Union africaine, la SADC, l'EAC, la CEEAC, la CIRGL, l'Union européenne et l'ensemble des partenaires de la RDC sur cette atteinte au pluralisme politique et sur les risques qu'elle fait peser sur la paix civile et la tenue d'élections libres, inclusives et crédibles en 2028. Ils les appellent à exiger le respect des droits de l'opposition, à ne pas cautionner, par leur silence, un troisième mandat inconditionnel, la non tenue des élections et la disparition progressive des contre-pouvoirs, se rendant ainsi complices de la tyrannie. Le PPRD vit et le PPRD vivra", fait savoir ledit communiqué.
Fondée en 2002 par Joseph Kabila, cette formation politique est officiellement dissoute.
Le Conseil d'État a prononcé cette décision le vendredi 30 octobre dernier à Kinshasa, à l'issue de l'examen de la requête introduite par le ministère de l'Intérieur. Un coup d'arrêt juridique pour cette ancienne machine politique au pouvoir pendant près de deux décennies.
Dans son arrêt, la haute juridiction administrative a notamment retenu la participation de certains cadres du parti à une entreprise insurrectionnelle, considérée comme une violation grave de la législation régissant les formations politiques et une atteinte à l'ordre public.
Cette décision intervient après la suspension des activités du PPRD sur toute l'étendue du territoire national.
La procédure intervient dans un contexte de fortes tensions entre les autorités congolaises et Joseph Kabila. Une crise politique qui s'est accentuée depuis le repositionnement de l'ancien chef de l'État dans la nouvelle dynamique politico-militaire du Front pour la refondation de la nation (FRN), annoncée le 12 octobre dernier à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu.
Le PPRD a longtemps constitué l'un des principaux piliers de la vie politique du pays et voit sa page politique se tourner. Sa dissolution judiciaire marque une rupture majeure pour cette formation qui a dirigé le pays durant les dix-huit années de présidence de son fondateur.
Gloire BATOMENE