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CHANGEMENT DE CONSTITUTION : le FRN redoute l'effondrement du processus de Doha et interpelle l'Onu
Le mouvement politico-militaire de Joseph Kabila lie directement la survie des accords négociés au Qatar au maintien de la Constitution actuelle. Face à James Swan, chef de la Monusco, Bertrand Bisimwa a appelé les Nations unies à faire pression sur Félix Tshisekedi pour qu'il renonce à toute initiative de révision constitutionnelle.
Le Front pour la refondation de la nation (FRN), anciennement AFC/M23, brandit la menace d'un effondrement du processus de paix de Doha en cas de changement de la Constitution congolaise. Reçu pour la première fois par une délégation des Nations unies conduite par James Swan, représentant spécial du secrétaire général de l'Onu et chef de la Monusco, le mouvement politico-militaire a placé la question constitutionnelle au cœur de ses préoccupations.
À l'issue de cette rencontre avec le président du FRN, Joseph Kabila, Bertrand Bisimwa, vice-président du mouvement, a soutenu que les engagements déjà souscrits entre les parties à Doha reposent juridiquement sur la Constitution actuellement en vigueur. Selon lui, toute modification de ce texte fondamental compromettrait directement la mise en œuvre des accords négociés sous l'égide du Qatar.
FAIRE BARRAGE A TOUTE INITIATIVE DE CHANGEMENT CONSTITUTIONNEL
" Nous avons démontré que les accords que nous avons signés à Doha, que ce soit la déclaration de principes, que ce soit l'accord-cadre, ainsi que tous les autres protocoles qui ont été signés, avaient comme soubassement la Constitution actuelle. Cela signifie que, si jamais cette Constitution est changée, tout le processus de paix de Doha va tout simplement s'effondrer", a déclaré Bertrand Bisimwa, hier mardi 3 novembre.
Le message adressé à la délégation onusienne est sans équivoque : le FRN entend obtenir une intervention des Nations unies auprès du président Félix Tshisekedi afin de faire barrage à toute initiative de changement constitutionnel. Le mouvement demande ainsi à la Monusco de rappeler au chef de l'État les conséquences qu'une telle démarche pourrait, selon lui, entraîner sur les négociations en cours.
" Il était donc question que la Monusco, ainsi que les Nations unies en général, rappellent à l'ordre Monsieur Tshisekedi sur le danger que court le processus de paix dans son ensemble si jamais il change la Constitution ", a prévenu le numéro deux du mouvement.
Cette sortie intervient dans un contexte politique particulièrement sensible à Kinshasa. L'Assemblée nationale et le Sénat viennent d'adopter la proposition de loi portant organisation du référendum en République démocratique du Congo. Une évolution parlementaire qui ravive les suspicions de l'opposition, armée comme non armée, laquelle redoute que cette initiative ouvre la voie à une révision constitutionnelle susceptible de permettre à Félix Tshisekedi de prolonger son maintien au pouvoir.
En établissant un lien direct entre l'avenir des accords de Doha et le maintien de la Constitution actuelle, le FRN donne ainsi une dimension supplémentaire à la controverse constitutionnelle. La question dépasse désormais le seul débat institutionnel congolais pour s'inviter dans les discussions sur le règlement de la crise sécuritaire dans l'Est du pays.
LEGITIMITE DU FRN CONTESTEE A L'INTERNATIONAL
Lancé officiellement le 12 octobre 2026, le FRN, qui se présente comme une nouvelle structure politico-militaire issue de l'ancienne AFC/M23, reçoit pour la première fois une délégation onusienne de ce niveau. Cette rencontre intervient alors que sa légitimité demeure contestée sur la scène internationale. La dernière déclaration du Groupe de contact international pour la région des Grands Lacs a notamment réaffirmé la nécessité de privilégier le dialogue pour résoudre la crise congolaise.
Reste une interrogation majeure : le processus de Doha peut-il être juridiquement et politiquement fragilisé par une éventuelle modification de la Constitution congolaise ? En tout état de cause, la mise en garde de Bertrand Bisimwa place désormais les Nations unies devant une équation délicate : préserver les engagements de paix sans s'immiscer dans les choix constitutionnels souverains de la RDC.
Car derrière cette bataille autour de la Constitution se dessine un autre bras de fer : celui de l'instrumentalisation du processus de paix dans une confrontation politique dont les enjeux dépassent largement les négociations de Doha.
Jérémie ASOKO