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ASSASSINAT DES EXPERTS DE L'ONU AU KASAÏ-CENTRAL, Après la condamnation de Mambweni, retour sur les révélations qui ont bouleversé l'affaire
La condamnation à mort du colonel Jean De Dieu Mambweni par la Haute Cour militaire dans l'affaire de l'assassinat des experts des Nations unies, Michael Sharp et Zaida Catalán, marque un tournant majeur dans un dossier qui continue de susciter de nombreuses interrogations près de dix ans après les faits.
Le verdict intervient après plusieurs années de procédure judiciaire. Initialement condamné à dix ans de prison pour non-assistance à personne en danger et violation des consignes militaires, le colonel Mambweni a finalement été reconnu coupable dans le cadre du procès en appel, relancé en octobre 2022.
Cette décision judiciaire remet au premier plan les révélations d'une vaste enquête journalistique internationale publiée en novembre 2018 par SVT Mission Investigate, Radio France Internationale (RFI), Le Monde, Foreign Policy Magazine et Süddeutsche Zeitung. Ces investigations soutenaient que les deux experts de l'Onu n'avaient pas été victimes d'un simple guet-apens tendu par les miliciens Kamuina Nsapu, mais qu'ils auraient été attirés dans un piège impliquant des individus présentés comme des interprètes travaillant en réalité pour les services de renseignement congolais.
Plusieurs éléments volontairement minimisés ou écartés
Selon ces enquêtes, l'Américain Michael Sharp et la Suédoise Zaida Catalán menaient des investigations sur de présumés massacres attribués à des éléments des forces de sécurité dans le Kasaï lorsqu'ils ont été assassinés le 12 mars 2017 près de Bunkonde au Kasaï-Central. Des enregistrements audio, des documents internes de l'Onu et des analyses de la vidéo de leur exécution avaient conduit les journalistes à conclure que plusieurs éléments de l'affaire avaient été volontairement minimisés ou écartés dans le rapport officiel des Nations unies.
L'un des aspects les plus marquants de cette enquête concernait le rôle présumé du colonel Jean De Dieu Mambweni. Les journalistes affirmaient avoir établi, grâce à des relevés téléphoniques et à d'autres éléments de preuve, des contacts entre l'officier, les faux interprètes et les auteurs présumés du piège ayant conduit à l'assassinat des deux experts.
Les révélations avaient également mis en cause la gestion interne de l'affaire par les Nations unies. Des documents et des témoignages faisaient état d'une volonté de préserver la coopération avec les autorités congolaises en évitant de mettre publiquement en lumière une éventuelle implication d'agents étatiques dans le double meurtre.
Nécessité d'investiguer sur l'ensemble des chaînes de responsabilités
La récente condamnation de Mambweni par la Haute Cour militaire apparaît ainsi comme une évolution judiciaire majeure qui conforte, aux yeux de nombreux observateurs, la nécessité de poursuivre les investigations sur l'ensemble de la chaîne des responsabilités.
Dans ce contexte, l'Association nationale des victimes du Congo (ANVC) a salué un arrêt qu'elle qualifie d'historique dans la lutte contre l'impunité. L'organisation estime toutefois que la justice ne sera pleinement rendue que si les victimes directes et indirectes obtiennent réparation.
L'ANVC appelle notamment le Fonds national de réparation en faveur des victimes (Fonarev) à identifier les familles de Michael Sharp et Zaida Catalán comme victimes indirectes afin qu'elles puissent bénéficier des mécanismes de réparation prévus par la législation congolaise.
L'association plaide également pour des réparations collectives en faveur des communautés affectées par les violences qui ont secoué l'espace Kasaï.
Si cette nouvelle décision judiciaire constitue une étape importante dans la quête de vérité, plusieurs questions demeurent encore ouvertes sur les circonstances exactes du double assassinat et sur les responsabilités éventuelles de tous les acteurs impliqués dans l'une des affaires les plus sensibles de l'histoire récente de la République démocratique du Congo.
Félix MULUMBA Kalemba