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LUTTE CONTRE LA CRISE ALIMENTAIRE : Germain Nyembo prône la solidarité humaine et la révolution agroécologique
Dans le cœur battant de l’Afrique, là où les terres regorgent de cuivre, d’or et de cobalt, un autre trésor demeure inexploité : la capacité nourricière de la République démocratique du Congo. Pourtant, malgré 80 millions d’hectares de terres arables, la faim y règne en maîtresse silencieuse. Germain Nyembo Kasendue, agronome engagé et coordinateur du programme d’Action de Carême en RDC, tire la sonnette d’alarme : seule la solidarité humaine et une révolution agroécologique peuvent inverser la courbe de l’insécurité alimentaire.
Alors que les sous-sols congolais attisent la convoitise de multinationales souvent domiciliées en Suisse, la surface du pays, elle, peine à nourrir sa population. Plus de 70 % des Congolais vivent dans l'insécurité alimentaire. Pire encore, un quart d’entre eux principalement des enfants de moins de cinq ans connaissent une faim aiguë. Un paradoxe cruel, dans un pays au potentiel agricole inégalé.
Un fléau nourri par l’indifférence
Pour Nyembo, la cause est systémique. La pauvreté endémique, les inégalités foncières, les conflits armés et les effets du changement climatique forment une toile complexe où la faim prospère. Avec 75 % de la population vivant avec moins de deux dollars par jour, la RDC est l’un des pays les plus pauvres du monde. Les femmes, en première ligne des travaux agricoles, sont pourtant les plus exclues de la propriété foncière.
Ajoutez à cela un État davantage préoccupé par l’exploitation minière que par le développement rural, et l’image devient plus sombre encore. «Le gouvernement investit moins de 5 % de son budget dans l’agriculture, alors que celle-ci pourrait être la locomotive du développement national», déplore Nyembo. En parallèle, des terres agricoles sont réaffectées à l’exploitation minière, chassant les communautés paysannes de leurs sources de subsistance.
Solidarité en semences et en actes
Face à cette détresse, Germain Nyembo oppose une réponse à double tranchant : la solidarité communautaire et l’agroécologie. À travers douze projets disséminés dans plusieurs provinces congolaises, son organisation mise sur l’intelligence collective pour panser les plaies de la faim. Des groupes de paysan·nes s’unissent pour cultiver ensemble, partager leurs semences, leurs savoirs, et leurs revenus. Résultat : des familles qui se nourrissent mieux, scolarisent leurs enfants et reconstruisent un tissu social trop longtemps effiloché.
L’agroécologie, quant à elle, propose une agriculture durable, affranchie des intrants chimiques onéreux, adaptée aux petits lopins de terre et respectueuse de l’environnement. Elle permet de nourrir les familles, de protéger les sols, et de maintenir les jeunes en milieu rural, loin de l’exode et de la tentation migratoire.
Mais ces avancées restent fragiles. Au Kivu, les bruits de bottes résonnent encore, avec leur lot de morts et de déplacés. Les efforts communautaires peuvent être anéantis en un éclair par une offensive armée. Pire encore, la réduction de l’aide internationale, notamment celle de la Suisse, risque d’asphyxier ces initiatives citoyennes.
«La coopération ne peut se désengager pendant que certaines de ses entreprises profitent des richesses du sol congolais», insiste Nyembo, appelant à une solidarité plus juste, fondée sur la responsabilité partagée.
Un avenir à cultiver ensemble
Malgré l’adversité, Germain Nyembo garde foi en la résilience des peuples. Là où l’État faillit, les communautés, elles, relèvent la tête. «La faim bouffe l’avenir», rappelle la campagne œcuménique à laquelle il a pris part. Mais dans les sillons de la solidarité et de l’agroécologie, germent déjà les graines d’un avenir plus équitable.
Car en RDC, la terre ne manque pas. Ce qui manque, c’est une volonté politique ferme et une solidarité internationale sincère pour que cette terre nourrisse enfin ses enfants. Jérémie ASOKO