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A-t-on décodé le message de Kindu ?
Difficile de prendre le pouls du pays réel lorsque le pays légal chante invariablement » Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes « . Pas facile de prélever la température du Congo profond dans un pays sans culture de sondage ni élections intermédiaires. Dans ces conditions, des événements comme ceux qui se sont déroulés hier à Kindu ont valeur sinon de sondage grandeur nature, du moins de tocsin.
Lorsque dépités par l’inaction des autorités face à l’insécurité, des jeunes en arrivent à manifester, il y a là matière à prendre l’exacte mesure du ras-le-bol populaire. Les témoignages font, en effet, état des cas récurrents de banditisme urbain sans précédent à Kindu.
L’autorité de l’Etat s’est comme liquéfiée à la suite du long régime de leadership intérimaire. Il n’y a toujours pas d’élections de gouverneur de province. Les Maniemiens se sentent d’autant plus abandonnés que même la représentation de la province au sein du Gouvernement central est anecdotique. Ajouter à cela ce qui sonne dans les oreilles de nombre de Maniemiens comme de l’acharnement contre certains leaders de la province, la coupe est pleine.
Gouverner rimant avec prévoir, il est plus que temps que le Pouvoir congolais reprenne autrement les choses en mains que par des palliatifs à court terme à l’instar du tout répressif. Kindu, et plus généralement le Maniema, a besoin d’une réponse holistique en terme de gouvernance. Faute de quoi, cette province qui prolonge les deux Kivu -et qui a un passé- risque de sombrer dans l’anarchie.
Une hypothèque de plus voire de trop synonyme de menace existentielle d’autant que deux ans jour pour jour après l’instauration de l’état de siège dans le Nord-Kivu et l’Ituri la sécurité n’est toujours pas totalement rétablie. Pis, ce virus d’insécurité -telle une épidémie avec ses variants sévit dans le Haut-Katanga. Lubumbashi, deuxième ville du pays, charrie journellement des cas de vols à mains armées, de viol et de tueries. L’onde de choc de Kwamouth n’en finit pas de retentir jusque dans les faubourgs de Kinshasa.
Si l’on ne se drape pas dans un optimisme béat ou dans une autosatisfaction hors-sol inhérente à l’ivresse du lait, il y a de quoi être inquiet. Très inquiet même. José NAWEJ