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Ebola : l'épidémie se propage à un rythme alarmant et sans précédent, alerte MSF
Deux mois et demi après la déclaration de l'épidémie d'Ebola, la situation dans l'est de la RDC est plus critique que jamais. "L'épidémie se propage à un rythme alarmant et sans précédent malgré les efforts inlassables des équipes médicales qui sont en première ligne. Renforcer la surveillance épidémiologique, améliorer l'engagement avec les communautés et garantir l'accès du personnel humanitaire sont des priorités absolues", fait savoir Dre Philippa Boulle, Directrice médicale adjointe de MSF.
Selon MSF, la réponse s'intensifie, mais elle n'atteint toujours pas les communautés assez rapidement pour rompre les chaînes de transmission. Il est nécessaire d'agir sans délai. Chaque journée perdue permet au virus de conserver sa longueur d'avance et que davantage de vies soient emportées, rapporte le communiqué de cette organisation humanitaire, parvenu à notre rédaction, hier jeudi 6 août.
Plus inquiétant encore, l'épidémie ne montre aucun signe de ralentissement. De nouveaux cas suspects sont signalés presque quotidiennement dans de nouvelles localités et, en dehors de chaînes de transmission déjà identifiées. Pour éviter davantage de pertes en vies humaines, la riposte doit accélérer pour surpasser la vitesse actuelle de transmission. La réponse médicale internationale doit s'intensifier sans délai et de nombreuses lacunes critiques doivent encore être comblées.
LES COMMUNAUTÉS AU CENTRE DE LA RIPOSTE
Bien que des progrès indéniables soient réalisés dans le dépistage et le suivi des contacts, ces efforts restent insuffisants pour contenir l'épidémie. "Dans le centre de traitement Ebola (CTE) de MSF à Bunia, 90% des patients admis n'étaient pas des contacts suivis, tandis que dans toute la province d'Ituri, seuls 59% des contacts ont été tracés", a indiqué la Directrice médicale adjointe de MSF.
Pour ce faire, il est urgent de collaborer mieux avec les communautés. Une réponse réussie ne peut être obtenue que si elle est construite et menée par des acteurs locaux. Sans les communautés au centre de la riposte, la surveillance et le suivi des contacts continueront de passer à côté de certains cas. Une meilleure intégration des membres des communautés est donc impérative pour garantir que les cas soient détectés le plus tôt possible et suivis rigoureusement.
Cette épidémie aggrave une crise humanitaire déjà existante. Le paludisme, la rougeole, le choléra, la malnutrition et d'autres pathologies évitables néanmoins traitables continuent de provoquer des maladies graves et des décès. "Continuer à soutenir les établissements de santé est donc tout aussi crucial, afin qu'ils puissent poursuivre la fourniture de services médicaux essentiels tout au long de la réponse Ebola et ainsi contribuer à protéger les soignants", souligne l'oratrice.
L'accès reste un enjeu critique, en particulier dans les zones reculées où le début de la saison des pluies compliquera les déplacements et risque de perturber les opérations. Il est essentiel d'assurer l'acheminement des fournitures médicales, ainsi que de maintenir les indemnités et le soutien aux agents de santé en première ligne.
Pour MSF, des garanties claires sont nécessaires afin que les restrictions aux frontières, les mesures sanitaires ou les contraintes administratives n'entravent pas la rotation du personnel humanitaire, les évacuations et transferts médicaux, ni la livraison des approvisionnements. "À ce stade, la situation reste incertaine", déplore l'organisation humanitaire.
Selon l'OMS, 3 605 cas confirmés avaient été signalés au 1er août, ce qui correspond à la plus grande épidémie d'Ebola jamais enregistrée en RDC, devant celle de 2018. Seulement 11 semaines depuis sa déclaration, près de 1 500 personnes étaient décédées. Il s'agit d'un bilan bien plus élevé que lors des épidémies précédentes sur des périodes comparables : sur le même laps de temps, l'épidémie d'Ebola dévastatrice de 2014 en Afrique de l'Ouest avait causé 279 décès.
Fyfy Solange TANGAMU