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Aux morts, la patrie reconnaissante !
Obsèques royales pour l’artiste comédien Kwedy Mayimputu ! Funérailles « cinq étoiles » pour cette icône du théâtre et du cinéma rd congolais. Normal. La Nation se devait de rendre un hommage XXL à l’artiste immense que fut « Monsieur Diallo« . L’œuvre de Kwedy valait bien une grand-messe officiée par le Président de la république en personne.
Le hic, c’est le contraste entre le faste des obsèques et le vécu précaire qui a été le lot quotidien de l’illustre disparu. Cette précarité étant la chose la mieux partagée par les artistes tout au long de leur présence sur la scène… terrestre. Sur les planches distribuant le rire, déridant plus d’un Kwedy – et tous ses semblables- devait jouer une fois les rideaux tirés, un rôle particulièrement ingrat dans une tragédie à huis clos. Un rôle qu’il interprète bien, malgré lui, mais que sa condition de Congolais d’en bas le condamne à jouer. Avec pour rares « intermèdes heureux« , quelques séquences d’aumônes des âmes généreuses à compter sur les doigts de la main.
Cette pièce tragique ne connaît son épilogue qu’avec le dernier soupir de l’acteur. Là, commence la longue série de dithyrambes qui atteint son paroxysme avec les obsèques grandioses pour le virtuose de l’art. Enfin, un instant de reconnaissance ! Mais à titre posthume et juste le temps des funérailles. Car, aussitôt la dernière pelletée de terre sur la tombe et l’ultime gorgée de bière, du bon vin ou même du champagne, l’illustre disparu disparaît de radars mémoriels. Sa progéniture hérite au mieux de la case » cas social » qui collait à la peau de leur artiste de parent, au pire tombe dans les oubliettes.
Qui se souvient – la liste est loin d’être exhaustive – encore d’Ebale mondial, Doudou Ngafura, Monoko et Mufwankolo pour les Lushois? Qui se préoccupe de leur descendance? Quand est ce que la République va- t-elle apprendre à honorer ses héros de leur vivant? A les aider à fructifier leurs talents et surtout à en vivre?
Le succès des séries ouest-africaines dans les salons rd congolais devrait interpeller les autorités sur la part de responsabilités qui est la leur dans la promotion de l’art en général et de la comédie en particulier. Pourtant, dans ce domaine les artistes congolais de la troupe mythique Salongo étaient en avance, héraut d’un genre artistique qui contribue au soft power de certains pays d’Afrique de l’Ouest comme la Côte d’Ivoire et le Nigeria. Héros aussi – comme Kwedy – des séries à succès comme « Muana Nsusu, Diallo contre Sans Souci, Sylvie et Ngoy …«
» Le monde entier est un théâtre. Et tous, hommes et femmes n’en sont que les acteurs. Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles« .
Du haut de ses plus de quarante ans de vie artistique, Kwedy peut se permettre un bémol outre-tombe à cette citation de William Shakespeare. Car l’artiste comédien congolais ne joue au fond qu’un seul rôle : celui du héros malheureux ou du héros tragique au sens du philosophe existentialiste chrétien Soren Kiekegaard, c’est-à-dire qu’il est au service des autres alors que personne n’est à son service. Sauf le jour de ses adieux à la scène. Une gloire posthume qui ne dure que l’espace des obsèques. L’illustration en a été donnée une fois de plus, ou plus exactement, une fois de trop hier avec l’artiste Kwedy. Rideau. José NAWEJ