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Face-à-face Kinshasa-M23 à Doha : Va-t-on vers un fiasco?
Les délégués de Kinshasa et quelques cadres du M23 sont en pourparlers directs à Doha sous la médiation de l'Émir du Qatar. Depuis le début de ces échanges en face-à-face, aucune avancée notable n'est enregistrée. Bien au contraire, une impasse se profile à l'horizon, étant donné la posture de chaque partie qui se campe sur ses positions tranchées.
Sur terrain, le cessez-le-feu conclu entre le président Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame est constamment violé. Pour preuve, la reprise des combats entre les Wazalendo et le M23. Des sources locales renseignent que quelques agglomérations dont le célèbre Lemera se retrouvent de nouveau entre les mains des troupes de l'alliance AFC-M23 soutenues par l'armée rwandaise. Les deux parties s'accusent mutuellement d'être à la base de la violation du cessez-le-feu. Dans le camp des Wazalendo, deux franges s'opposent quant au respect de cet accord entre les deux présidents.
Dès lors, Il se pose un sérieux problème concernant l'adhésion au schéma de l'Émir du Qatar.
À ce propos, il sied de rappeler que la médiation conduite par le Souverain qatari n'a pas été chaleureusement accueillie par les dirigeants régionaux impliqués dans la résolution du conflit armé entre la RDC et le Rwanda. Particulièrement, le président angolais Joao Lourenço. Ce dernier n'a pas caché sa déception à l'annonce du face-à-face entre les chefs d'État congolais et rwandais.
Cette rencontre a été considérée comme un camouflet pour Joao Lourenço, alors médiateur attitré de l'Union africaine (UA).
Le fait que les deux présidents se soient entendus en catimini pour se retrouver dans un tête-à-tête, loin d'un témoin de l'UA ou de la sous-région, portait d'emblée les germes de son échec. Ce vers où l'on tend.
Pour ne pas retomber dans le cycle des violences et des combats meurtriers observé depuis quelques années, il est recommandé aux uns et aux autres de mettre un peu d'eau dans leurs vins. Mais, il semble qu'on est loin de ce compromis entre les deux protagonistes dont les prises de position sont aux antipodes. Les analystes avertis de la crise aiguë dans la partie orientale de la RDC pensent que la voie royale à suivre aujourd'hui est celle de la feuille de route conçue par les églises catholique (CENCO) et protestante (ECC) qui inclut plusieurs acteurs impliqués dans ce conflit meurtrier.
On rappelle que les deux confessions religieuses posent comme postulats de base la problématique réccurrente suivante : "combien de souffrances, de morts, de viols, de déplacements, de destructions faut-il encore avant que la paix et le bien-vivre ensemble ne s'installent en RDC et dans la région des Grands lacs"?
S'attaquer aux causes de la crise et non à ses effets
L'insécurité dans la partie orientale de la RDC date de plusieurs décennies. Des tentatives de solutions ont été menées, mais jamais abouti. Cet échec prouve à suffisance que les causes profondes de cette situation infernale n'ont jamais été éradiquées. En conséquence, il faudrait cette fois-ci, changer de stratégie.
Vu sous cet angle, le dialogue à deux à Doha entre le gouvernement de Kinshasa et le M23 seulement sera partiel, et les accords entre les deux parties ne seront pas globalisants. Car, il existe d'autres protagonistes dont il faut tenir compte, sans oublier qu'outre l'insécurité dans cette partie de la RDC, d'autres coins du pays sont confrontés à de graves conflits communautaires. Cas des miliciens Mobondo au Kwamouth et des ADF en Ituri. Pour rétablir la paix en RDC et dans les Grands lacs, plus d'un observateur conseille une approche holistique incluant la question des FDLR et celle de la rébellion burundaise.
Vu des mêmes observateurs, le dialogue visé par le duo CENCO-ECC est plus large et veut une analyse plus profonde des causes à la base de la déstabilisation de l'est de la RDC et de la sous-région. Ce tandem ne veut pas s'arrêter uniquement à l'aspect politique du conflit, mais son objectif est de poser les bases d'une paix durable dans l'ensemble de la région des Grands lacs et son développement. Il s'agit d'une approche inclusive aux perspectives prometteuses qu'il faut impérativement soutenir.
Cependant, il est incompréhensible de constater qu'une frange importante de l'Union sacrée pour la nation (USN) s'oppose à la démarche des églises catholique et protestante, alors que certains partenaires de la RDC, et non les moindres, encouragent ces deux confessions religieuses à aller jusqu'au bout de leur détermination. Car, à voir le rapport des forces et la situation telle qu'elle se présente au front, il est plus avantageux de saisir la perche que tend la CENCO-ECC que de vouloir la suite des affrontements aux conséquences imprévisibles. Ce sont les populations innocentes qui en paient le pot cassé. C'est pourquoi, la paix doit être recherchée par toutes des voies, n'en déplaise aux fanatiques et aux applaudisseurs.
Muke MUKE