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Willy Ngoma, le " haut-parleur " de l'AFC/M23 réduit au silence à Rubaya
* Le rebelle est mort par la frappe d'un drone attribuée aux forces loyalistes.
" Celui qui prend l'épée périra par l'épée. " Cette parole, attribuée à Jésus-Christ dans l'Évangile selon Matthieu, trouve un écho particulier dans l'actualité brûlante du Nord-Kivu. Le lieutenant-colonel Willy Ngoma, porte-parole militaire de l'AFC/M23, a été tué le mardi 24 février lors d'une frappe de drone attribuée aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), près de la cité minière stratégique de Rubaya, dans le territoire de Masisi.
Depuis les premières heures de la matinée, messages, publications et commentaires se multiplient sur X (anciennement Twitter), Facebook et WhatsApp, relayant l'information attribuée à une opération des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
Toutefois, les versions divergent. En effet, certaines sources évoquent une attaque visant un convoi, tandis que d'autres affirment que le drone a frappé une maison d'habitation située dans la ferme de Kasuku. Mais, la grande muette fidèle à sa réserve habituelle sur les opérations militaires en cours, n'a ni confirmé ni infirmé l'information.
Et au fil des heures, la nouvelle de la mort de Willy Ngoma a gagné du terrain, relayée par des sources locales et des médias nationaux et internationaux.
L'UN DES COUPS LES PLUS DURS
Ces sources évoquent une attaque ciblée contre un convoi rebelle dans la zone de Kishusha, à proximité immédiate de Rubaya. De puissantes détonations auraient été entendues aux premières heures du jour, semant la panique parmi les populations civiles déjà éprouvées par des années d'instabilité.
L'opération se serait déroulée aux environs de 2h à 4 heures du matin. Selon des témoignages locaux, un drone aurait visé des positions occupées par les combattants du M23, dans cette zone considérée comme stratégique en raison de sa proximité avec la mine de Rubaya.
En effet, depuis plusieurs jours, les affrontements se sont intensifiés dans le territoire de Masisi, à en croire nos confrères de la radio onusienne. Les FARDC, appuyées par des groupes d'autodéfense locaux communément appelés Wazalendo, multiplient les offensives terrestres et les frappes aériennes contre les positions rebelles. Le mouvement AFC/M23 accuse, de son côté, Kinshasa de violer le cessez-le-feu proposé par l'Angola et dénonce une recrudescence des attaques dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
L'HOMME EST MORT AVEC LE SANG DES CONGOLAIS DONT IDENGO
Aucun bilan officiel n'a encore été communiqué concernant les pertes humaines ou les dégâts matériels. Mais toutefois, la disparition de Willy Ngoma constituerait l'un des coups les plus significatifs et durs portés au commandement du mouvement depuis la reprise des hostilités.
L'homme est mort avec le sang de milliers de Congolais sur les mains. Dans la culture bantu, il est traditionnellement tabou de célébrer la mort d'une personne. Pourtant, le décès du rebelle Willy Ngoma apporte un certain soulagement aux nombreuses victimes de la guerre dans l'Est.
Parmi elles, le cas du chanteur originaire de Beni, Delcat Idengo, alias Delphin Katembo Vinywasiki, reste emblématique. Rappeur et auteur-compositeur, il figure parmi ceux dont la mort est imputée aux actions de l'AFC/M23. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, de vies brisées et de familles endeuillées par le conflit.
LE VISAGE MEDIATIQUE ET MILITAIRE DU M23
Willy Ngoma n'était pas un simple communicant. Ancien membre des FARDC, il avait rapidement rejoint la rébellion pour y devenir l'un des cadres les plus visibles. Casque sur la tête, arme en bandoulière, il apparaissait régulièrement dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, adoptant un ton martial et revendicatif. Pendant des mois, il a nargué les institutions de la République et justifié l'injustifiable sur les terres congolaises du Nord-Kivu.
Selon le Conseil de sécurité des Nations-unies, il jouait un rôle opérationnel central au sein du mouvement. Plusieurs rapports onusiens l'ont présenté comme un acteur influent dans la planification des opérations et la stratégie militaire du groupe.
Son nom figurait sur plusieurs listes de sanctions internationales. L'Union européenne l'avait inscrit dès décembre 2022 pour son rôle présumé dans de graves violations des droits humains. Les États-Unis avaient également pris des mesures à son encontre en 2023, évoquant sa responsabilité dans des exactions attribuées au mouvement, notamment des massacres, des violences contre des civils et le recrutement d'enfants soldats. En février 2024, il avait été sanctionné par le Conseil de sécurité de l'Onu pour son rôle dans ce groupe armé considéré comme déstabilisateur dans la région.
Malgré ces sanctions et une vie de plus en plus discrète, il continuait à incarner la voix officielle du mouvement. Sa disparition pourrait fragiliser la communication et la cohésion interne de l'AFC/M23.
RUBAYA, EPICENTRE D'UN ENJEU MONDIAL
Au-delà de l'aspect militaire, la frappe s'inscrit dans une bataille du contrôle des ressources minières. La mine de Rubaya sous contrôle de la rébellion de l'AFC/M23 est l'un des gisements de coltan les plus importants au monde.
Le site représenterait entre 15 et 30 % de la production mondiale de coltan et une part substantielle des réserves nationales. Le minerai, riche en tantale, est indispensable à la fabrication de composants électroniques, de semi-conducteurs, de téléphones portables, d'équipements aéronautiques et de turbines industrielles.
Selon des informations relayées par Reuters, Kinshasa aurait récemment inscrit la mine de Rubaya sur une liste d'actifs stratégiques proposés aux États-Unis dans le cadre d'un partenariat bilatéral sur les minéraux critiques.
Cette initiative s'inscrit en ligne droite de compétition mondiale accrue pour l'accès aux ressources nécessaires aux technologies de pointe et à la transition énergétique.
Le fait que cette mine stratégique soit située dans une zone sous influence rebelle renforce la dimension géopolitique du conflit.
Le groupe armé M23 a mis en place sa propre administration parallèle, imposant des taxes, notamment sur l'exploitation minière, au détriment des recettes du Trésor public congolais. Le point névralgique de cette emprise reste la mine de Rubaya, dans le Nord-Kivu, la plus grande mine de coltan de la République démocratique du Congo, occupée par le M23 depuis avril 2024. Cette domination confère au mouvement une source de financement stratégique pour ses activités criminelles.
Les minerais extraits dans ces conditions circulent souvent sans traçabilité officielle, une situation dénoncée à la fois par les autorités congolaises.
UNE GUERRE QUI CHANGE DE VISAGE
La mort de Willy Ngoma ne constitue pas seulement l'élimination d'une cible militaire. Elle symbolise une évolution dans la conduite des opérations. L'usage intensif de drones par les FARDC traduit une montée en puissance technologique et une volonté de frapper au cœur de la structure de commandement adverse.
En ciblant celui qui incarnait la parole et la justification du mouvement, l'armée congolaise porterait un coup à la fois stratégique et psychologique. Rupture de la chaîne de propagande, démonstration de capacité opérationnelle, reprise d'initiative dans une zone clé : autant d'éléments qui pourraient redéfinir les équilibres dans cette guerre.
Mais sur le terrain, la population civile demeure la première victime de l'instabilité. À Rubaya comme dans l'ensemble du territoire de Masisi, les habitants vivent dans la crainte permanente d'une escalade. Les combats, les bombardements et les déplacements forcés continuent de rythmer le quotidien des populations en perpétuelle errance.
Christian-Timothée MAMPUYA