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Un journaliste du Nord-Kivu relate le calvaire des médias dans les territoires occupés
Plongée dans un conflit armé depuis maintenant trente ans, la République démocratique du Congo a de plus en plus du mal à assurer les libertés civiles sur le territoire national. La liberté d'expression est particulièrement étouffée dans les zones occupées, estiment des acteurs de la société civile. La situation est si sensible que, même dans l'espace sous contrôle gouvernemental, la liberté s'est rétrécie, constate un journaliste du Nord-Kivu, exfiltré des territoires occupés par l'Alliance Fleuve Congo / M23, soutenu par Kigali.
Invité du café politique "Uongozi", organisé à Kinshasa par la fondation allemande Friedrich-Ebert-Stiftung (FES), Tuver Tuverekwevyo, directeur provincial de la Radio Télévision nationale congolaise (RTNC) au Nord-Kivu, relate ce qu'il a vécu dans cette zone en conflit qui connaît, depuis une année, une escalade militaire après la chute de Goma, Bukavu, Uvira... Son témoignage comme journaliste est poignant.
Devant nombre de jeunes intellectuels et acteurs de la société civile du Congo, réunis au Centre Culturel Boboto, l'intervenant dresse un tableau sombre de la presse dans les zones occupées. Dans son intervention sur "La liberté d'expression et le journalisme en temps de guerre", il affirme qu'il est aujourd'hui difficile d'exercer la profession en toute liberté dans ces provinces.
Difficile en effet de jouir de la liberté d'expression, garantie par l'article 23 de la Constitution de 2006. Difficile de jouir du droit à l'information, garanti par l'article 24 de la Loi fondamentale, vingt ans après le début de la Transition démocratique.
Censure et surveillance
Aux dires de Tuver Tuverekwevyo, au lendemain de la chute de Goma, les professionnels des médias ont vu leur indépendance entravée par la censure et la surveillance, imposées par les nouvelles autorités. L'information ici est désormais orientée et des journalistes réfractaires, depuis, victimes de menaces et des attaques ciblées. Plusieurs d'entre eux ont dû se réfugier auprès de la MONUSCO.
La situation est devenue si intenable que l'exode des professionnels des médias s'est accentué. Une trentaine de journalistes du Nord-Kivu, censés ciblés par les occupants, ont dû quitter la province pour trouver refuge à Kinshasa. Lors de la prise de Goma, rapporte Tuver Tuverekwevyo, 49 radios ont été fermées.
Black-out sur les institutions de Kinshasa
Dans cette optique, le black-out est quasi total pour les médias qui relaient la position gouvernementale ou qui tentent de maintenir une certaine neutralité,, atteste le Directeur provincial de la RTNC/Nord Kivu. . Ainsi, renchérit-il, des stations de grande écoute comme Top Congo, la radio onusienne Okapi, ou encore la radio France internationale (RFI)... sont systématiquement brouillées ou interdites de diffusion dans les zones sous contrôle des rebelles.
Quant aux rares médias qui parviennent encore à émettre sur place, le tableau n'est guère plus reluisant. Les médias qui restent opérationnels sont désormais contraints de se plier aux injonctions de nouveaux maîtres de la région. Sous peine de fermeture immédiate ou de représailles physiques contre leur personnel, ces organes de presse n'ont d'autre choix que de diffuser la ligne éditoriale imposée, devenant malgré eux des relais de propagande.
La rupture avec l'ordre institutionnel est totale dans le discours médiatique local. Dès lors, il n'est plus question de citer Félix Tshisekedi comme chef de l'État sur les ondes de ces radios sous contrôle. Toute référence à la présidence de la République ou aux autorités de Kinshasa est proscrite, en vue de couper symboliquement et psychologiquement les populations occupées du reste de la nation congolaise.
Halte aux "mabanga" dans les chansons
Le contrôle s'étend même à la musique et à la culture. Depuis l'avènement de l'AFC/M23 , confie Tuver Tuverekwevyo, sont proscrites toutes les chansons comportant des "mabanga" (dédicaces) où les auteurs encensent les autorités de la partie gouvernementale.
Cette mesure vise à effacer toute trace de loyauté ou de reconnaissance envers les institutions de Kinshasa, transformant ainsi les programmes musicaux en un espace de silence ou de neutralité forcée, vidé de toute expression de citoyenneté congolaise.
À la place, les médias qui acceptent d'être reformatés sont tenus de"balancer des chansons révolutionnaires à la gloire des venants", commente Tuver Tuverekwevyo. Face à cette chape de plomb, certains professionnels tentent une forme de résistance silencieuse, mais radicale.
Des radios réduites à communiquer sur des chèvres égarées...
Ces médias qui résistent ont carrément opté de faire fi des informations sur leurs grilles de programme, relève le Directeur provincial de la RTNC/Nord Kivu. En supprimant les tranches d'information et les journaux parlés, ces stations préfèrent se murer dans le divertissement neutre ou le silence plutôt que de servir de haut-parleurs à la propagande imposée, refusant ainsi de légitimer, par leurs ondes, l'autorité des occupants.
Ces radios, pour la plupart, se contentent désormais de diffuser exclusivement des communiqués nécrologiques ou des réclames de certains éleveurs en quête de leurs chèvres égarées, lâche-t-il avec une dose d'humour.
L'info très contrôlée en temps de guerre...
En définitive, réalise Tuver Tuverekwevyo, en temps de guerre, les informations sont très contrôlées. Plus rassurés par la pluralité des sources d'informations et par une audience qui se rétrécit, les annonceurs plient bagages, laissant les caisses des médias de plus en plus creuses, regrette le conférencier. D'où, la précarité des journalistes qui s'accrochent encore à ce noble métier.
Déplacé à Kinshasa depuis le mois de juillet 2025, le Directeur provincial de la RTNC/Nord Kivu constate également que l'espace d'expression s'est aussi sensiblement rétréci à Kinshasa. Les journalistes oeuvrant dans les zones sous contrôle gouvernemental sont aussi soumis à des restrictions qui ne leur permettent pas de donner les deux sons de cloche quand ils diffusent l'information politique en ces temps de guerre.
Bientôl le curseur sur la femme
Axé sur le thème "Des espaces qui se rétrécissent ? L'état des lieux de la liberté d'expression en RDC", le café politique "Uongozi" a connu le concours de la Dynamique des Politologues de la RDC (DYPOL), une association dirigée par Christian Ndombo Moleka.
Invitée également à intervenir, Mme Anny Modi, activiste de l'ONG "Afia Mama", a éclairé l'assistance sur "La liberté d'expression dans les plateformes numériques". A ses côtés, Paul Nsapu, président de la Commission Nationale des Droits de l'Homme (CNDH), a dressé l'état des lieux de la liberté d'expression en RDC.
Outre ce café politique organisé le vendredi 27 février dernier à Kinshasa, la fondation Friedrich-Ebert-Stiftung s'attend à organiser un autre débat intéressant au courant de cette semaine. L'attention sera focalisée sur la femme, rassure M. Constantin Grund, le Représentant résident de cette fondation allemande à Kinshasa.
K.M.