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Troisième mandat : Sesanga, Kabund, Lubaya... vent debout contre Félix Tshisekedi
* L’Opposition accuse le chef de l'Etat de trahir l’esprit de la Constitution.
Les déclarations du président Félix Tshisekedi sur la possibilité d’un troisième mandat continuent de provoquer de fortes réactions dans la classe politique congolaise. Sur les réseaux sociaux, hier jeudi, plusieurs figures de l’opposition ont exprimé leur inquiétude, notamment Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Claudel Lubaya.
Au lendemain de la conférence de presse du 6 mai à la Cité de l’Union africaine, les mots de Fatshi n’ont pas seulement levé un coin du voile sur ses intentions politiques. Ils ont, surtout, déclenché une onde de choc dans l’Opposition, qui y voit désormais la confirmation d’un projet longtemps redouté : celui d’un troisième mandat présidentiel, adossé à une révision constitutionnelle.
Alors que l’article 220 de la Constitution verrouille strictement la limitation des mandats, cette prise de position est perçue comme dépassant le cadre d’une simple déclaration pour ouvrir un débat politique plus profond.
Ce qui frappe, au-delà de la déclaration elle-même, c’est le moment choisi. Dans un pays confronté à une insécurité persistante dans l’Est, où les affrontements se poursuivent malgré les cessez-le-feu annoncés, le chef de l’État introduit une équation lourde de conséquences : pas d’élections sans paix. Une condition qui, pour ses détracteurs, ressemble à un glissement subtil vers un report du calendrier démocratique. La comparaison avec Volodymyr Zelensky, avancée pour justifier cette hypothèse, n’a fait qu’alimenter les critiques, tant les contextes diffèrent.
DELLY SESSANGA PREMIER A DÉGAINER
Le premier à dégainer a été Delly Sesanga. Dans une réaction rapide et structurée, le président d’Envol accuse le chef de l’État d’avoir «manœuvré à découvert pour un troisième mandat par plébiscite». Derrière cette formule, une accusation lourde : celle d’une instrumentalisation de la souveraineté populaire.
Pour Sesanga, le danger ne réside pas seulement dans la révision elle-même, mais dans la méthode. Le référendum, présenté comme l’expression ultime du peuple, devient dans cette lecture un outil de validation d’une décision déjà actée.
S’appuyant sur l’héritage de Patrice Emery Lumumba, Sesanga rappelle les exigences morales et politiques liées à la gestion de l’État congolais. Il appelle à la responsabilité et au respect strict de la Constitution, estimant que toute tentative de prolongation du pouvoir en dehors du cadre légal constituerait une trahison de l’esprit républicain.
Même tonalité chez Jean-Marc Kabund
Même tonalité chez Jean-Marc Kabund, dont la réaction s’inscrit davantage dans une critique du timing et du contexte. Pour l’ancien cadre de l’UDPS, les déclarations présidentielles traduisent une forme «d’insouciance» face à une situation nationale jugée dramatique. Entre insécurité persistante à l’Est, fragilités sociales et incertitudes économiques, Kabund estime que le débat sur la Constitution apparaît décalé, voire provocateur.
Son message, publié au lendemain de la sortie présidentielle, prend une tonalité quasi alarmiste. «Notre démocratie est en péril», écrit-il, appelant à une mobilisation citoyenne. Derrière cette posture, se profile une tentative de politisation de la question constitutionnelle, présentée non plus comme un débat juridique, mais comme un enjeu existentiel pour l’avenir du pays.
Plus tranchant encore, Claudel Lubaya s’attaque au fondement même de l’argumentaire présidentiel. À ses yeux, invoquer «la volonté populaire» pour justifier une éventuelle modification des dispositions verrouillées relève «d’une démarche frauduleuse».
Il rappelle que la Constitution encadre strictement ses propres mécanismes de révision et qu’elle ne saurait être contournée au nom d’une souveraineté populaire interprétée de manière opportuniste.
En brandissant les notions de «haute trahison» et d’«ordre constitutionnel», Lubaya élève le débat à un niveau juridique et presque pénal. Il ne s’agit plus seulement de contester une orientation politique, mais de prévenir ce qu’il considère comme "une violation grave de la loi fondamentale".
Ézéchiel Monteirious MONTEIRO