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Taux directeur en baisse : la BCC accélère l'assouplissement monétaire pour soutenir l'économie
La Banque centrale du Congo (BCC) poursuit sa stratégie d'assouplissement monétaire. Réuni le vendredi 17 juillet à Kinshasa, le Comité de politique monétaire (CPM) a décidé de réduire son taux directeur de 13,5 % à 12,5 %, soit une baisse de 100 points de base. Cette décision, qui s'appuie sur des perspectives économiques jugées favorables, vise à stimuler davantage le financement de l'économie tout en préservant la stabilité des prix et du franc congolais.
Confortée par une croissance robuste, une inflation contenue et des réserves de change à un niveau historiquement élevé, la Banque centrale affiche sa confiance dans la résilience de l'économie congolaise malgré les défis sécuritaires et les incertitudes de la conjoncture internationale.
La Banque centrale du Congo confirme son virage vers une politique monétaire plus accommodante. À l'issue de la réunion ordinaire du Comité de politique monétaire, présidée par son gouverneur, André Wameso Nkualoloki, l'institut d'émission a annoncé une nouvelle baisse de son principal taux directeur, une mesure destinée à favoriser l'accès au crédit, soutenir l'investissement et accompagner la dynamique de croissance de l'économie nationale.
« Le Comité de politique monétaire a décidé d'abaisser le taux directeur de 100 points de base, passant de 13,5 % à 12,5 %, ainsi que le taux sur la facilité de prêt marginal, qui passe de 17,5 % à 16,5 %. Il a également décidé d'introduire une nouvelle maturité de 252 jours pour le Bon BCC et de maintenir inchangés les coefficients de la réserve obligatoire », a annoncé le gouverneur de la BCC à l'issue des travaux.
Outre l'abaissement du taux directeur, la Banque centrale introduit ainsi un Bon BCC d'une maturité de 252 jours, un nouvel instrument destiné à améliorer la gestion de la liquidité bancaire en permettant de retirer durablement les excédents de liquidités circulant dans le système financier. Les coefficients de la réserve obligatoire demeurent, quant à eux, inchangés pour les dépôts en francs congolais comme en devises.
UNE CROISSANCE ATTENDUE DE 5,7 %
Cette décision s'appuie sur une lecture optimiste de la conjoncture économique. Malgré les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes mondiales d'approvisionnement et les incertitudes qui pèsent sur le commerce international, la Banque centrale estime que les perspectives demeurent favorables.
Selon le Comité de politique monétaire, l'économie mondiale devrait enregistrer une croissance de 3,0 % en 2026. En République démocratique du Congo, les prévisions sont encore plus encourageantes, avec une croissance attendue de 5,7 %, un niveau identique à celui de 2025 et largement supérieur à la moyenne projetée pour l'Afrique subsaharienne, estimée à 4,3 %.
Ces performances traduisent, selon l'institut d'émission, la capacité de l'économie congolaise à résister aux chocs extérieurs tout en maintenant une trajectoire de croissance soutenue.
UNE INFLATION MAÎTRISÉE
Le Comité observe toutefois une légère remontée des prix, qu'il juge néanmoins compatible avec les objectifs de stabilité monétaire.
« L'évolution des prix demeure relativement favorable. Au deuxième trimestre 2026, le taux d'inflation en glissement annuel s'est établi à 2,9 %, contre 2,2 % au trimestre précédent. En cumul annuel, l'inflation est ressortie à 4,8 % à fin juin, contre 2,3 % à fin mars, en raison notamment de l'augmentation des prix du carburant à la pompe, des coûts logistiques des produits importés et des anticipations des opérateurs économiques », a expliqué André Wameso.
Pour la Banque centrale, cette évolution ne remet pas en cause la tendance générale de désinflation observée ces derniers mois. Elle demeure compatible avec une politique monétaire plus souple, d'autant que les taux d'intérêt restent supérieurs au niveau projeté de l'inflation.
L'autre motif de satisfaction concerne le comportement du taux de change. Le CPM relève que le franc congolais continue d'évoluer dans un environnement relativement stable.
À fin juin, le dollar américain s'échangeait à 2 244 francs congolais sur le marché interbancaire et à 2 328,62 francs sur le marché parallèle.
LA MONNAIE NATIONALE S'EST APPRÉCIÉE DE 1,95 %
« Comparativement à fin mars, la monnaie nationale s'est appréciée de 1,95 % sur le marché interbancaire, tandis qu'elle s'est dépréciée de seulement 0,83 % sur le marché parallèle, dans un contexte d'une accumulation trimestrielle de 477,30 millions de dollars américains au titre des réserves internationales », a précisé le gouverneur.
Grâce à cette accumulation, les réserves officielles de change atteignent désormais 8,184 milliards de dollars américains, soit l'équivalent de 3,12 mois de couverture des importations de biens et services, un niveau que la Banque centrale considère comme particulièrement confortable pour faire face à d'éventuels chocs extérieurs.
Si la Banque centrale poursuit l'assouplissement de sa politique monétaire, elle insiste sur le fait que cette orientation demeure parfaitement maîtrisée.
« La réduction du taux directeur est opérée de manière à préserver un taux d'intérêt réel suffisamment positif par rapport à l'inflation projetée. L'introduction d'une maturité plus longue pour le Bon BCC vise à renforcer la gestion de la liquidité bancaire, répondant ainsi à la nécessité de stériliser durablement toute liquidité oisive », a souligné André Wameso.
Autrement dit, il s'agit d'accompagner la croissance sans créer de déséquilibres susceptibles d'alimenter une nouvelle poussée inflationniste.
Malgré des indicateurs encourageants, le Comité de politique monétaire reste prudent. Plusieurs facteurs pourraient affecter les perspectives économiques au cours des prochains mois.
« Il s'agit notamment de l'expansion de la liquidité bancaire consécutive à celle des dépenses publiques, en lien avec le conflit dans la partie Est du pays, de l'augmentation des dépenses cycliques des ménages liées à la rentrée scolaire, ainsi que de la hausse des coûts des produits importés à la suite des perturbations des chaînes mondiales d'approvisionnement », a averti le gouverneur.
Ces risques feront l'objet d'un suivi rapproché afin de permettre à la Banque centrale d'ajuster rapidement sa politique si les circonstances l'exigent.
RENFORCER L'UTILISATION DU FRANC CONGOLAIS
Profitant de l'amélioration de la stabilité macroéconomique, l'institut d'émission invite les administrations publiques, les entreprises et les opérateurs économiques à privilégier davantage les transactions et l'épargne en monnaie nationale.
Selon la Banque centrale, cette orientation contribuera à consolider la stabilité du marché des changes tout en renforçant la confiance dans le franc congolais.
« La Banque centrale poursuit un suivi rapproché des indicateurs avancés des marchés et devrait maintenir une politique monétaire prudente. La prochaine réunion se tiendra le 8 octobre prochain », a conclu André Wameso.
Cette session du Comité de politique monétaire revêtait également une dimension institutionnelle. Elle a marqué la première participation officielle des deux nouveaux vice-gouverneurs de la Banque centrale, Charlotte Mulengezi Tshishibanji et Jean-Marcel Kalubi Kayembe, récemment nommés par ordonnance présidentielle. Ils succèdent respectivement à Fikiri Alimasi Wa Asani et Pambu Pambu William, dont les mandats sont arrivés à échéance, et épauleront désormais le gouverneur André Wameso dans la conduite de la politique monétaire de la République démocratique du Congo.
Jérémie ASOKO