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Plaques d'immatriculation : 128 dollars au guichet, un marché attribué à un seul exécutant
La nouvelle immatriculation congolaise, présentée comme un outil de modernisation et de sécurisation des recettes, concentre désormais deux interrogations majeures : son coût pour l'usager et le processus ayant conduit à l'exécution du marché par un seul opérateur.
La nouvelle plaque d'immatriculation devait incarner la modernisation du système congolais : QR code, traçabilité des véhicules et meilleure sécurisation des recettes publiques. Mais derrière cette réforme, deux dossiers retiennent particulièrement l'attention : le prix effectivement payé par les automobilistes et l'évolution d'un marché public initialement conçu pour plusieurs opérateurs.
Selon les éléments documentés par Kanyaka La Quinzaine, le tarif rapporté pour une nouvelle immatriculation s'élève à 128 dollars, comprenant notamment 115 dollars pour la plaque et 9 dollars de redevance RTNC, auxquels s'ajoutent des frais bancaires dont les montants varient selon les sources.
À Limete, une enquête de Top Congo FM publiée le 23 septembre 2026 rapporte toutefois des paiements allant de 350 à 900 dollars selon les témoignages recueillis auprès d'usagers. Le document précise qu'aucune grille tarifaire publique permettant de justifier ces montants n'a été identifiée et que l'ampleur de cette pratique ainsi que la destination d'éventuels surcoûts restent à établir.
D'UN APPEL D'OFFRES À UN SEUL EXÉCUTANT
L'autre interrogation concerne la trajectoire du marché. Lancé en mars 2022 sous la forme d'un partenariat public-privé, le projet prévoyait trois zones nationales et jusqu'à six lauréats. Six sociétés avaient été préqualifiées après instruction des dossiers.
En avril 2024, trois sociétés sont cependant retenues provisoirement : Castillo Valere, Immo Serkas & Mühlbauer et Ray Group. Kanyaka relève notamment que Ray Group ne figurait pas parmi les six entreprises préqualifiées en 2022, selon Africa Intelligence.
La procédure est ensuite déclarée " infructueuse " en 2025 avant d'être relancée sous la forme d'un marché restreint aux trois mêmes sociétés, pour 100 000 paires de plaques. Le projet initial envisageait jusqu'à un million de plaques pour une valeur de 65 millions de dollars, avant d'être réduit.
En juillet 2025, le Conseil d'État déboute finalement la société polonaise Utal de son recours. Le contrat portant sur les 100 000 paires de plaques, évalué à 7,4 millions de dollars, revient à Castillo Valere. Son directeur général, Mathias Claes, assure à Africa Intelligence que la procédure a été " rigoureusement transparente ".
DES ZONES D'OMBRE QUI PERSISTENT
Le dossier laisse ainsi plusieurs questions ouvertes et des zones d'ombre : pourquoi le marché initialement pensé pour plusieurs opérateurs a-t-il abouti à un seul exécutant ? Pourquoi certains attributaires provisoires n'apparaissent-ils plus dans le contrat final ? Et comment sont réparties les sommes payées par les automobilistes ?
Le document souligne également que la répartition des 128 dollars entre le Trésor, les différents intervenants et les frais bancaires n'est pas publiquement établie. Les recettes effectivement encaissées par l'État ne sont pas davantage publiées, alors que 5,15 milliards de francs congolais ont été prévus au budget 2026 au titre de la vente des plaques.
À ce stade, Kanyaka ne conclut pas à l'existence d'un détournement organisé. La publication distingue les faits documentés, les déclarations et les éléments qui restent à vérifier. Elle appelle surtout à clarifier le coût réel de la réforme, les flux financiers et les conditions d'attribution du marché.
Jérémie ASOKO