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Joseph Kabila, seul sous l’orage
Le 12 octobre, à Goma, Joseph Kabila prenait la tête du Front pour la refondation de la nation, dans le sillage de l’AFC/M23. Le 21, Bruxelles le condamnait par la voix de Maxime Prévot. À Strasbourg, Elio Di Rupo et Hilde Vautmans réclament des sanctions. À Washington, sa main tendue est restée sans réponse.
Un seul acteur manque à ce concert de reproches : Kigali. Tandis que l’Europe et les États-Unis visent Kabila, personne ne vise Paul Kagame. Or, le président rwandais répète depuis des mois que la crise de l’Est est une affaire entre Congolais. Il dispose désormais d’un exemple : un ancien chef de l’État congolais, en tête d’une coalition liée à l’AFC/M23. A-t-il monté la scène ? Rien ne permet de l’affirmer, mais rien ne l’infirme, non plus.
Kabila, lui, se heurte à son propre passé. Dix-huit ans durant, il a eu la réputation de desserrer l’étau occidental, le contrat sino-congolais en bandoulière. Les capitales ont la mémoire longue.
Le 9 octobre, il tentait pourtant de les rassurer : au nom de la continuité de l’État, disait-il en substance, la RDC honorerait ses engagements, y compris envers Washington. Trois jours plus tard, il se plaçait à la tête d’un mouvement qui conteste le pouvoir par les armes. Impossible de convaincre quand les actes contredisent les mots, surtout lorsque, selon la presse internationale, on figure déjà sur une liste de sanctions américaines.
À Kinshasa, l’ironie est plus amère. Ceux qui ont longtemps vécu à l’ombre de son régime le renient avec la hâte de Pierre avant le chant du coq. Le C64, engagé contre le projet constitutionnel de Félix Tshisekedi, prend soin de se tenir à distance. Il a raison de refuser toute alliance armée. Encore faut-il le dire aussi haut qu’il dénonce le pouvoir. On ne défend pas l’alternance démocratique en évitant de parler des fusils.
Kabila voulait redevenir incontournable. Il est devenu visible, mais à la manière d’un accusé que l’on pointe du doigt. Restent ceux qui l’ont poussé : conseillers, alliés de circonstance, protecteurs d’en face. On ne les aperçoit pas sur le front. Ils ont brandi un étendard, puis l’ont laissé affronter seul la tempête. Il voulait revenir par les armes. Il ne trouve plus aucune porte ouverte.
Jérémie ASOKO