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Oeuvres des missionnaires suédois à Luozi : les hommages de l''ambassadeur Joakim Vaverka à Cecilia Järdemar et Freddy Tsimba
Ils ont été à l'honneur le mardi 7 avril à la résidence de l'ambassadeur de Suède à Kinshasa. Artistes passionnés, Cecilia Järdemar et Freddy Tsimba ont été à l'affiche d'une soirée consacrée à la révisitation des Oeuvres des missionnaires suédois à Luozi, dans la province du Kongo central. Une revisitation qui a été matérialisée par la projection du film "Sukadi ye Mungwa"(Le sucre et le sel, n kikongo, NDLR).
Hôte de la soirée, l'ambassadeur Joakim Vaverka a profité de l'occasion pour rendre hommage à ces deux artistes suédois et congolais qui ont sillonné la Suède et la République démocratique du Congo pour explorer les vestiges legués par les missionnaires suédois au Kongo central.
"Le film "Sukadi ye Mungwa"s'inscrit dans un projet de recherche artistique, fondé sur des matériaux collectés par des missionnaires suédois au Congo, il y a plus de cent ans : films, photographies, textes et objets. Ces archives nous ramènent àla fois aux lieux où ces matériaux ont été créés et àdes communautés dont l'histoire a trop souvent été racontée sans leur voix", commente à cet effet l'ambassadeur Joakim Vaverka.
Forum des As publie in extenso le discours du diplomate suédois lors de cette soirée.
Yves KALIKAT
Discours de S.E.M. Joakim Vaverka, ambassadeur de Suède en RDC, à l'occasion de la projection du film"Sukadi ye Mungwa" sur les archives des missionnaires suédois vécus dans le Kongo central
Excellences, Mesdames et Messieurs, distingués invités en vos titres et qualités respectifs,
C'est pour moi un grand plaisir de vous souhaiter la plus chaleureuse bienvenue à la résidence de Suède. Je souhaite adresser une bienvenue toute particulière aux intervenants de la soirée: la chercheuse et artiste suédoise Mme Cecilia Järdemar, l'artiste congolais M. Freddy Tsimba, ainsi que M. le professeur Joseph Ibongo, historien de l'art à l'Académie des Beaux-Arts de Kinshasa.
La Suède entretient une relation longue et riche avec la République démocratique du Congo. Elle s'est développée au fil du temps à travers un engagement partagé en faveur de la paix, du développement et d'échanges commerciaux, culturels et humains qui demeurent au cœur de notre fort partenariat d'aujourd'hui.
La relation entre la Suède et le Congo remonte loin dans l'histoire. Dès les années 1880, des missionnaires suédois se sont établis dans différentes régions du Congo. Ils ont contribué, de nombreuses manières, au développement de la société, notamment par l'éducation, les soins de santé, l'introduction de l'écrit, ainsi que par la documentation de langues, de traditions et de la vie quotidienne.
En même temps, il est essentiel de le dire clairement: la présence et l'action missionnaires ont également soulevé des enjeux profonds et laissé des héritages ambivalents. Même si les intentions des missionnaires étaient fondamentalement bienveillantes, leurs actions s'inscrivaient néanmoins dans les structures du pouvoir colonial et dans des asymétries de pouvoir et de savoir.
Dans ce contexte, des représentations, des récits-et surtout des objets - ont souvent été arrachés à leur cadre d'origine, entraînant des pertes durables pour les communautés concernées. C'est précisément autour de cette histoire plus longue et plus complexe que nous nous réunissons ce soir.
Le film "Sukadi ye Mungwa"s'inscrit dans un projet de recherche artistique, fondé sur des matériaux collectés par des missionnaires suédois au Congo, il y a plus de cent ans: films, photographies, textes et objets. Ces archives nous ramènent à la fois aux lieux où ces matériaux ont été créés et à des communautés dont l'histoire a trop souvent été racontée sans leur voix.
Le film transmet un témoignage puissant, profondément humain et parfois douloureux. Il évoque la perte -de savoirs, d'objets sacrés et de récits -qui constituaient des liens essentiels avec les ancêtres, l'histoire et l'identité. Il met également en lumière l'importance des démarches de relecture et de reconstitution de ces héritages pour nourrir la mémoire collective et les transmissions futures.
De nombreux acteurs congolais -artistes, historiens, institutions culturelles-interrogent aujourd'hui ces questions, en soulignant le rôle de la reconstitution, du dialogue et de la transmission dans les réflexions sur la restitution et la réparation. Le film que nous allons voir s'inscrit dans cet espace d'échanges et de réflexion partagée.
En tant qu'ambassadeur de Suède en République démocratique du Congo, je tiens à souligner que nous écoutons ces témoignages avec le plus grand respect. Une partie des matériaux évoqués dans le film est aujourd'hui conservée dans des musées suédois, ce qui soulève, à juste titre, des questions relatives à la restitution.
La position de la Suède est que les questions de retour des biens culturels sont, par nature, complexes et impliquent, à la fois, des considérations juridiques et éthiques. Il existe souvent de bonnes raisons de procéder à des restitutions.
En même temps, chaque cas doit être examiné individuellement, sur la base de recherches approfondies sur la provenance et dans le cadre d'un dialogue ouvert avec toutes les parties concernées. Ces processus doivent être menés par des experts, de manière transparente, et en conformité avec les recommandations et conventions internationales.
La coopération, le dialogue et la confiance à long terme sont essentiels pour parvenir à des solutions durables, respectueuses et porteuses de sens.
C'est dans ce contexte que je souhaite exprimer la profonde reconnaissance de la Suède pour le travail mené par M. Cecilia Järdemar et M. Freddy Tsimba. Leur collaboration montre comment la recherche artistique peut ouvrir de nouveaux espaces de compréhension et transformer les archives en lieux vivants de dialogue et de sens partagé.
Le fait que le film que nous allons voir soit projeté ici à Kinshasa, et qu'il soit également présenté dans plusieurs contextes en Suède, témoigne d'une volonté de faire circuler ces récits entre le passé et le présent, entre la Suède et le Congo.
Je suis donc très heureux que la Suède, par l'intermédiaire du Conseil suédois des arts, a pu soutenir ces échanges publics dans la région, et que nous ayons l'honneur d'en accueillir un ce soir.
Sur ces mots, je vous souhaite à nouveau la plus cordiale bienvenue. Je vous remercie.