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N'AYANT NULLEMENT ETE INFORME : L'Angola s'étonne du sommet Tshisekedi-Kagame au Qatar
* Luanda prône des solutions africaines aux problèmes africains.
La scène a surpris tout le monde. Félix Tshisekedi et Paul Kagame, se sont rencontrés, à Doha, au Qatar. Une entrevue sous la médiation de l'émir Tamim Ben Hamad Al Thani, alors que les efforts africains, notamment sous l'égide de l'Angola, étaient en cours pour réunir le gouvernement congolais et la rébellion du M23 sur la même table de négociations.
Cette initiative a pris de court y compris Joâo Lourenço, médiateur officiel du conflit, qui s'est dit " étonné " par ce développement. C'est ce qu'a appris Forum des As hier jeudi 20 mars, dans une dépêche de l'Agence angolaise de presse (Angop).
Alors que Luanda et Nairobi étaient pressenties comme lieux privilégiés pour des discussions africaines sur une crise africaine, les deux dirigeants ont préféré s'entretenir loin du continent. L'image des présidents congolais et rwandais assis face à face, avec l'émir du Qatar entre eux, a immédiatement fait l'effet d'une bombe. Dans l'entre-fait, elle n'a pas tardé à devenir virale sur les réseaux sociaux, suscitant à la fois, étonnement et interrogations.
Lourenço visiblement pas informé
Le président angolais João Lourenço, qui s'investit activement dans la médiation de cette crise, n'avait visiblement pas été informé de cette rencontre de Doha. Luanda n'a pas caché sa surprise.
" Nous avons été vraiment étonnés par la rencontre entre les présidents, qui a eu lieu exactement le jour où la République démocratique du Congo envoyait une délégation à Luanda pour la rencontre avec le M23 ", a déclaré le ministre angolais des Relations Extérieures, Téte António, cité par l'agence angolaise de presse.
En tant qu'intermédiaire à la crise à travers le processus de Luanda, l'Angola a vu son rôle quelque peu marginalisé par l'initiative qatarie. De ce fait, il insiste sur la nécessité de privilégier des solutions africaines aux problèmes du continent. Par ces mots, le gouvernement angolais rappelle que, l'Afrique a investi dans des organisations suprarégionales dédiées à la paix et à la stabilité.
" Tous les efforts pour résoudre les conflits sont les bienvenus, mais les problèmes africains doivent avoir une résolution africaine", a martelé Téte António.
Un processus de paix fragilisé
La réunion de Doha a coïncidé avec la tentative de lancement, à Luanda, d'un dialogue direct entre la RDC et le M23, sous l'égide de l'Angola. Mais ce processus a été immédiatement compromis : les rebelles du M23 ont refusé de se rendre à Luanda, invoquant les sanctions imposées par l'Union européenne contre plusieurs de leurs dirigeants, qu'ils jugent incompatibles avec un dialogue de paix.
Si cette rencontre a pu être perçue comme une mise à l'écart des efforts angolais, elle a aussi un mérite : celui de forcer les deux parties à dialoguer. Après plus d'un an de tensions et d'échanges acrimonieux par médias interposés, Tshisekedi et Kagame se retrouvent face à face pour la première fois depuis le sommet de l'Union africaine en février 2024.
Un rapport de force qui évolue
Plusieurs éléments ont pu convaincre les deux dirigeants d'accepter ce dialogue sous médiation qatarie. Côté congolais, la situation militaire s'est dégradée ces derniers mois.Avec la prise de Goma et Bukavu, la menace est devenue existentielle pour le pouvoir congolais. Acculé, Kinshasa a dû envisager une approche plus pragmatique, y compris des discussions directes avec le M23 et Kigali.
Du côté rwandais, Paul Kagame fait face à une pression diplomatique croissante. Longtemps épargné par la communauté internationale, son régime est désormais sous le feu des sanctions occidentales. Les États-Unis, le Royaume-Uni, la Belgique, l'Allemagne et l'Union européenne ont récemment pris des mesures punitives contre Kigali, notamment contre la raffinerie d'or de Gasabo, une source de revenus stratégique pour le pays. Ces sanctions pourraient coûter au Rwanda des milliards de dollars. De plus, la suspension d'une grande partie de l'aide financière britannique fragilise encore davantage son économie
Tshisekedi et Kagame s'engagent pour un cessez-le-feu
Pris en étau, Kagame a dû consentir à la rencontre avec Tshisekedi et s'engager en faveur d'un " cessez-le-feu immédiat et inconditionnel ", tout en acceptant de poursuivre les discussions entamées à Doha pour poser les bases d'une paix durable. Ce revirement peut être interprété comme un aveu implicite de son influence sur le M23. En effet, il serait difficile pour lui de prendre de tels engagements sans avoir un contrôle sur les rebelles.
"L'initiative du Qatar a certes permis de briser la glace en rétablissant le dialogue entre Kigali et Kinshasa. Toutefois, elle ne remet pas en cause les efforts déployés par les partenaires régionaux et sous-régionaux. En témoigne le communiqué final publié à l'issue de cette rencontre, dans lequel Doha renvoie les deux pays aux processus de Luanda et de Nairobi pour la suite des discussions.
Christian-Timothée MAMPUYA