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A LA MERCI DES COUPURES INTEMPESTIVES DU COURANT ELECTRIQUE: Les Kinois dans le noir !
La ville de Kinshasa plonge de plus en plus dans le noir. Aux heures tardives, l’obscurité gagne du terrain dans nombre de quartiers de la capitale, semant la panique parmi les citadins, contraints désormais de vider vite les rues à la tombée de la nuit. Même sur les grandes artères, les lampadaires s’éteignent, laissant juste le loisir aux conducteurs des motos et véhicules d’éclairer la route à l’aide de leurs phares. Une situation qui augmente le courroux des Kinois, livrés aux menaces de voleurs et des brigands.
Au quartier Salongo, dans la commune de Lemba, l’obscurité bat son plein. Victime de coupures intempestives de courant, la population ne sait plus à quel saint se vouer, tant il fait noir au coucher du soleil. Les interruptions d’électricité ne tiennent plus compte de l’horaire de délestage auquel la Société nationale d’électricité (SNEL) a habitué ses abonnés.
«Voici quatre jours d’affilée que nous allons dormir sans le courant. L’électricité est coupée à 5h00 du matin et rétablie à 2h00 la nuit, alors que nous sommes profondément endormis. Nous ne savons nous servir de nos réchauds, fer à repasser, réfrigérateurs, télévisions… à longueur de journée !», regrette Mme Mimi T., locataire au quartier Salongo centre.
A force d’attendre le retour de la lumière, parents et enfants finissent par sombrer dans le sommeil beaucoup plus vite qu’à l’accoutumée. Difficile de suivre la télé de jour comme de nuit. Encore moins de brancher les appareils électroménagers ou de charger les lampes et téléphones à l’électricité. Seuls quelques privilégiés ont la possibilité de s’alimenter en électricité en recourant aux groupes électrogènes ou aux panneaux solaires.
A la merci de l’insécurité
Cette situation, qui s’étend aux restes de quartiers de Lemba (Livulu, Mbanza-Lemba, Righini, Terminus, Super-Lemba, Lemba Foire…), est devenue aussi le quotidien des habitants d’autres communes de la ville. Les Kinois qui vivent à Kisenso, Matete, N’djili, Limete, Ngaliema, Kimbanseke, Ngaba, Makala… sont loin d’être épargnés par ce calvaire.
Profitant de l’obscurité devenue quasi-permanente la nuit, des voleurs et brigands, communément appelés ‘‘kuluna’’, prennent d’assaut des résidences de particuliers pour commettre leurs forfaits.
Pas plus tard que le mercredi dernier, des cambrioleurs ont tenté de forcer portes et fenêtres du domicile du caricaturiste de ‘‘Forum des As’’ entre 2h00 et 3h00 à N’djili au moment où l’électricité faisait défaut. Alertés, les occupants du foyer ont dû crier à l’aide pour éveiller le voisinage et faire déguerpir les malfrats.
A N’djili, Matete comme à Kisenso, des plaintes foisonnent à propos des incursions des ‘‘kuluna’’ qui visitent des maisons, armes blanches à la main, sans être inquiétés par des forces de l’ordre à la tombée de la nuit. Il leur arrive bien souvent de s’emparer des biens qu’ils arrachent des maisons dont ils fracassent des murs ou des portes, voire des fenêtres.
Frissons sur les grandes artères
Outre les résidences des particuliers, la frayeur s’empare de plus en plus des passants et autres couche-tard qui sillonnent les grandes artères de la capitale aux heures tardives. Sur By-Pass, Triomphal ou sur le boulevard Lumumba, l’éclairage s’évanouit des lampadaires publics dans la soirée, poussant les piétons à être sur leurs gardes aux arrêts tout comme sur les trottoirs.
«Nos autorités ne voient pas que cette situation nous plonge vraiment dans l’insécurité ? Nous sommes tenus d’allumer nos phares quand nous roulons pour ne pas subir une surprise désagréable ! En principe, on devrait vite réparer les éventuelles pannes le jour, afin d’éviter le noir total sur nos routes asphaltées. Et qu’arriverait-il si nous devrions tous les temps tomber en panne dans ces zones obscures ?», nous fait remarquer un conducteur de taxi-moto sur By-Pass.
Des factures forfaitaires
«Il importe donc de réparer au plus vite toutes ces pannes d’électricité qui plongent nos foyers et nos quartiers dans le noir», tempête Ange Mamasi, ménagère, qui a du mal à supporter les perturbations des appareils électroménagers à domicile, à la suite des interruptions de courant.
«Nous ne savons plus faire des provisions chez nous, car l’absence d’électricité fait pourrir nos vivres frais», clame-t-elle devant un agent de la SNEL, venu lui présenter une facture de 58.000 FC pour du courant dont elle et son foyer n’arrivent pas à bénéficier.
Plaintes analogues chez les vendeurs des produits brassicoles qui n’arrivent plus à écouler aisément leurs marchandises, désormais au chaud dans le réfrigérateur. «A cette allure, on va nous demander de nous acquitter de nos factures d’électricité, au moment où nous déboursons des frais pour payer le charbon pour la cuisine et des piles pour nos radios et torches», se plaint Théresia Tshabu
De l’avis des observateurs, la SNEL doit prendre des mesures idoines pour rassurer sa clientèle qui s’acquitte fidèlement de ses factures et qui a du mal à supporter des montants mensuels fantaisistes. Pour sa part, le Gouvernement devrait veiller à résoudre ce problème récurrent qui risque bien d’alimenter des tensions dans la ville… à l’approche des élections du 20 décembre prochain. Yves KALIKAT