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Procès Frivao: «Qu’on me condamne, je boirai la ciguë», prévient Mutamba
*L'audience est renvoyée au 31 juillet.
Personne ne l’avait vu venir. À vrai dire, si l’on pouvait s’attendre à un procès électrique, où les débats seraient vifs et les échanges tranchants, nul n’imaginait que l’audience prendrait une tournure aussi spectaculaire. Et pourtant, contre toute attente, Constant Mutamba a quitté la salle d’audience avec fracas, hier lundi 27 juillet, claquant la porte de la Cour de cassation comme on claque un point final à ce que l’on refuse de cautionner.
Ce lundi 27 juillet, à Kinshasa, la haute juridiction était pourtant appelée à poursuivre l’instruction sur le fond dans le dossier explosif du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda (Frivao). Une affaire tentaculaire, lourde d’enjeux, où il est question de détournements présumés de plusieurs millions de dollars destinés aux victimes de la guerre des Six jours à Kisangani.
Dans un climat déjà chargé, les échanges deviennent houleux. Constant Mutamba ne mâche pas ses mots. Il dénonce une procédure «viciée à la base», accuse un greffier d’avoir introduit de «fausses mentions» dans sa citation à comparaître et affirme, avec gravité, être privé de ses droits les plus élémentaires, notamment celui de soulever des exceptions de procédure.
REFUS DE "CAUTIONNER L'ARBITRAIRE"
Pour lui, la coupe est pleine. Refusant de «cautionner l’arbitraire», il choisit la rupture. Au moment venu, il quitte la salle, laissant derrière lui, juges, avocats et autres prévenus médusés.
Mais pendant que l’ancien Garde des Sceaux tourne le dos à la Cour, la justice, elle, poursuit son chemin. Imperturbable. L’audience se poursuit sans lui, comme si de rien n’était.
À la barre, les débats se recentrent sur les autres prévenus, notamment Chancard Bolukola, ancien coordonnateur du Frivao, à qui il est reproché des détournements de deniers publics à travers des paiements jugés controversés.
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, les révélations qui suivent jettent de l’huile sur le feu. Bernard Kalombola, ancien président du conseil d’administration du Frivao, désormais partie civile, prend la parole et livre un témoignage pour le moins explosif. Il affirme notamment que Chancard Bolukola ne serait plus détenu à la prison centrale de Makala, avant de lancer de graves accusations à l’endroit de Constant Mutamba.
Dans une déclaration aux accents dramatiques, il évoque même des menaces contre sa vie, allant jusqu’à accuser l’ancien ministre et son entourage d’avoir payé des individus pour l’éliminer. Des propos d’une extrême gravité, qui viennent assombrir davantage un dossier déjà sulfureux.
MUTAMBA DÉNONCE UN "COMPLOT POLITIQUE"
À l’extérieur de la salle d’audience, Constant Mutamba ne décolère pas. Loin de battre en retraite, il contre-attaque. Face à la presse, il dénonce ce qu’il qualifie de «complot politique» orchestré par un «système mafieux» qu’il affirme avoir combattu lorsqu’il était aux commandes du ministère de la Justice.
Selon lui, le dossier Frivao, qu’il considère comme clos, aurait été remis sur la table pour des raisons inavouées. Il parle d’un acharnement, d’une cabale savamment orchestrée pour obtenir sa condamnation et son arrestation. «Par quelle magie ?», interroge-t-il, non sans ironie, mettant en doute la régularité de toute la procédure.
Sur le plan juridique, l’ancien ministre soulève également une question de fond : celle de sa comparution devant la Cour de cassation. Il estime ne pas être justiciable de cette juridiction dans les conditions actuelles, invoquant une violation du principe du double degré de juridiction ainsi que du droit fondamental d’être jugé par son juge naturel.
Dans un élan à la fois dramatique et symbolique, il lâche cette phrase qui résonne comme un défi lancé à la justice : «Qui me condamne à mort, je boirai la ciguë comme Socrate et je mourrai pour la justice et la vérité».
Une déclaration forte, presque tragique, qui traduit son refus catégorique de se plier à ce qu’il considère comme une injustice.
En toile de fond, les chiffres donnent le vertige : des décaissements contestés évalués à 14,3 millions de dollars, et au total près de 20 millions USD au cœur de l’affaire. Une somme colossale, censée soulager les victimes, mais aujourd’hui au centre d’un imbroglio judiciaire et politique.
Ce nouveau front judiciaire s’ouvre alors que Constant Mutamba traîne déjà derrière lui une condamnation dans une autre affaire de détournement, pour laquelle il a écopé de trois ans de travaux forcés, assortis d’une obligation de remboursement de 19 millions de dollars et d’une privation temporaire de ses droits civiques.
Face à ces multiples rebondissements, la Cour de cassation a finalement décidé de renvoyer l’affaire au vendredi 31 juillet, afin de permettre une notification régulière du prévenu, absent après son départ fracassant.
Christian-Timothée MAMPUYA