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Tshikapa : La gratuité de l’enseignement de base, un chantier à pas de tortue
La mise en œuvre de la gratuité de l’enseignement de base, mesure phare du gouvernement congolais, se heurte à des difficultés persistantes dans la province du Kasaï, et plus particulièrement à Tshikapa. Malgré les efforts déployés, les réalités du terrain révèlent un processus laborieux, marqué par des défis financiers, logistiques et humains.
La gratuité de l’enseignement de base, inscrite dans la Constitution et promue par le président Félix Tshisekedi, vise à garantir l’accès à l’éducation pour tous les enfants congolais. Cette mesure a suscité un espoir immense, notamment dans les provinces comme le Kasaï, où la pauvreté et les conflits ont longtemps entravé l’accès à l’éducation.
Cependant, la transition vers un système éducatif entièrement gratuit s’avère complexe. À Tshikapa, comme dans d’autres localités du Kasaï, les écoles publiques sont confrontées à des problèmes structurels qui ralentissent la mise en œuvre effective de la gratuité.
Des défis financiers persistants
L’un des principaux obstacles réside dans le financement de l’enseignement de base. Malgré les allocations budgétaires du gouvernement central, les écoles peinent à couvrir leurs dépenses courantes. Les salaires des enseignants, souvent irréguliers, et le manque de ressources pour les infrastructures et le matériel didactique compromettent la qualité de l’enseignement.
Des retards de paiement et des salaires insuffisants démotivent les enseignants, qui sont parfois contraints de réclamer des contributions aux parents d’élèves, contournant ainsi la gratuité. De nombreuses écoles à Tshikapa manquent de salles de classe en bon état, de bancs, de toilettes et d’eau potable. Ces conditions précaires nuisent à l’apprentissage et à la santé des élèves. Les manuels scolaires, les cahiers et autres fournitures sont souvent en quantité insuffisante, obligeant les élèves à partager ou à se débrouiller sans.
Des défis logistiques et humains
Outre les difficultés financières, la mise en œuvre de la gratuité est entravée par des problèmes logistiques et humains. L’afflux d’élèves dans les écoles publiques a entraîné une surcharge des classes, rendant difficile l’enseignement efficace. De nombreux enseignants n’ont pas la formation requise pour dispenser un enseignement de qualité. La gestion des écoles publiques est souvent marquée par des lacunes en matière de transparence et de responsabilité.
Face à ces défis, des initiatives locales émergent pour soutenir la gratuité de l’enseignement de base. Des organisations non gouvernementales, des associations de parents d’élèves et des leaders communautaires s’impliquent pour améliorer les conditions d’apprentissage, chose qui semble être un rêve jusqu’à maintenant.
Pour que la gratuité de l’enseignement de base devienne une réalité tangible à Tshikapa et dans l’ensemble du Kasaï, Daniel Ntumba Tshimanga, coordonnateur de la structure Debout Congolais pour le développement durable (DCDD) propose des mesures : «Le gouvernement doit accroître les allocations budgétaires allouées à l’éducation de base; les salaires doivent être payés régulièrement et à un niveau décent; des efforts doivent être déployés pour doter les écoles de salles de classe en bon état et d’autres infrastructures essentielles; des programmes de formation doivent être mis en place pour améliorer la qualité de l’enseignement; des mécanismes de transparence et de responsabilité doivent être mis en place pour assurer une gestion efficace des écoles. Enfin, les communautés locales doivent être impliquées dans la gestion des écoles et le suivi de la mise en œuvre de la gratuité».
Dans une interview exclusive hier jeudi, Daniel Ntumba indique que la gratuité de l’enseignement de base est un droit fondamental et une condition essentielle pour le développement de la RDC. Cependant, ajout-il, sa mise en œuvre effective à Tshikapa et dans le Kasaï exige des efforts concertés de la part du gouvernement, des autorités locales, des organisations de la société civile et des communautés.
Félix MULUMBA