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Sankuru : Les médecins assouplissent leur grève
*Ils sont résolus à aider les patients à se faire soigner.
Après plus d'une semaine de cessation de travail, le corps médical de la province du Sankuru a décidé d'adopter une posture plus modérée dans son mouvement de grève. Cette action avait été initiée en réaction à l'incarcération du docteur Pierre Kokolomami, directeur ad intérim de l'Hôpital général de référence (HGR) de Ototo, situé dans le territoire de Lodja. Son arrestation fait suite au décès d'une patiente qu'il avait opérée en urgence au centre de santé de référence de Shele.
Selon les déclarations du docteur Pierre Omandjela, président du Conseil provincial de l'Ordre des médecins au Sankuru, la décision d'assouplissement vise à garantir un service minimum au sein des structures sanitaires de la province. Elle a été prise dans le souci primordial de ne pas pénaliser davantage les patients et de continuer à assurer la prise en charge des urgences vitales. Toutefois, le docteur Omandjela a tenu à souligner que la mobilisation du corps médical demeure intacte et que la revendication principale reste la libération immédiate de leur confrère.
"Nous avons organisé le service minimum pour que les malades soient pris en charge, parce qu'on ne sait pas combien de temps ça va durer. Nous ne pouvons pas pénaliser les malades. Ce que nous exigeons d'abord, c'est la libération de notre confrère. Sa fuite n'est pas à craindre, pourquoi on doit le retenir en prison? Ça fait aujourd'hui 16 ou 17 jours qu'il est en prison pour avoir sauvé une vie", a expliqué le docteur Pierre Omandjela hier lundi 14 avril, lors d'une interview accordée au confrère correspondant du média en ligne 7SUR7.CD.
Le corps médical du Sankuru, bien que faisant preuve de pragmatisme en assurant un service minimum, se montre déterminé à obtenir une issue favorable à leur requête.
Le docteur Omandjela a clairement indiqué que si aucune réponse satisfaisante n'est apportée à leurs revendications dans un délai qu'il n'a pas précisé, le mouvement de grève pourrait être durci, laissant planer la menace d'une paralysie plus étendue du système de santé provincial.
Dans le but de résoudre cette crise, des correspondances ont déjà été adressées aux autorités compétentes, tant au niveau provincial que potentiellement national, afin d'exiger une intervention rapide et une solution juste à la situation du docteur Kokolomami. L'Ordre des médecins et les praticiens du Sankuru espèrent une prise de conscience de la part des autorités quant aux circonstances complexes de cette affaire et aux conséquences potentiellement désastreuses d'une grève prolongée sur l'accès aux soins de la population.
D'après les témoignages de ses collègues, le docteur Pierre Kokolomami avait pris en charge la patiente décédée dans un état critique, après qu'elle eut passé plusieurs jours sous les soins de matrones traditionnelles. Face à l'urgence de la situation, le Dr Kokolomami aurait pratiqué une intervention chirurgicale dans le but de sauver à la fois la mère et son enfant. Tragiquement, le bébé était déjà mort-né au moment de l'opération. Bien que la patiente ait initialement survécu à l'intervention chirurgicale, elle est décédée 19 jours plus tard, ses proches n'ayant pas eu les moyens financiers nécessaires pour acquérir les médicaments qui lui avaient été prescrits.
L'incarcération du docteur Kokolomami, perçue par ses pairs comme une criminalisation d'un acte médical réalisé dans des conditions d'urgence, a déclenché une vive émotion et une solidarité sans faille au sein du corps médical du Sankuru.
Félix MULUMBA