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Olivier Kamitatu: «Le Congo a trop souffert. Il ne veut plus de chefs de guerre»
Le climat politique congolais s’est à nouveau enflammé, à la suite d’une sortie médiatique remarquée et sans concession d’Olivier Kamitatu. Ancien compagnon de lutte de Jean-Pierre Bemba, l’ex-ministre et figure politique de premier plan a pris la parole pour dénoncer ce qu’il qualifie de «mensonges éhontés» et de «dérives dangereuses» de son ancien allié.
Dans une déclaration solennelle, Kamitatu a affirmé ne plus pouvoir garder le silence face à ce qu’il considère comme des manipulations et des accusations graves portées par Jean-Pierre Bemba contre plusieurs personnalités et institutions du pays.
«Le temps des masques est tombé», a-t-il martelé. «Le mensonge, lorsqu’il est proféré par un homme d’État, devient un poison public».
Au cœur de cette mise au point, Olivier Kamitatu dénonce une série d’accusations formulées par Jean-Pierre Bemba contre l’opposant Moïse Katumbi, Joseph Kabila ainsi que la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco). Des allégations de complot contre l’ancien président de la République que Kamitatu qualifie de «fiction dangereuse».
«Accuser la Cenco, ce n’est pas viser une entité abstraite. C’est salir des hommes d’Église et mépriser ceux qui, dans nos villages et nos villes, œuvrent pour la paix et l’éducation», a-t-il dénoncé, en rappelant le rôle déterminant de la hiérarchie catholique dans la stabilité politique du pays.
Visiblement décidé à briser un tabou, le proche collaborateur de Moïse Katumbi est revenu sur le parcours tumultueux de Jean-Pierre Bemba, rappelant les épisodes sanglants de Kisangani, Mambasa, Bangui (République centrafricaine) et Kinshasa. «À chaque crise, la tentation des armes, la même brutalité, la même volonté d’imposer par la force ce que le peuple refuse dans les urnes».
Il a aussi évoqué les événements de 2007, lorsque Kinshasa fut livré aux flammes après la contestation des résultats électoraux par le camp Bemba, et les menaces de coup de force brandies en 2005.
«Katumbi n’a pas pris les armes...»
En contrepoint, Kamitatu a dressé un portrait flatteur de Moïse Katumbi, saluant son sens de la responsabilité et sa posture républicaine. «Il n’a pas pris les armes, n’a pas semé la peur. Il a choisi de construire là où d’autres détruisent».
L’ancien ministre a également tordu le cou aux rumeurs de fuite de Katumbi et de pistes clandestines d’aviation, qualifiant ces allégations de «pures affabulations».
Olivier Kamitatu ne s’est pas limité aux accusations personnelles. Il a aussi pointé du doigt le bilan sécuritaire de Jean-Pierre Bemba à la tête du ministère de la Défense. Selon lui, «aucun territoire n’a été récupéré, mais des marchés de gré à gré et des avions acquis à son profit continuent d’enrichir une poignée d’initiés».
"LE Congo a trop souffert"
Concluant son adresse, Olivier Kamitatu a lancé un appel solennel au peuple congolais et à la jeunesse: «Le Congo a trop souffert. Il ne veut plus de chefs de guerre. Il veut des bâtisseurs. Ce pays mérite mieux que des règlements de comptes personnels».
Un message ferme et grave, dans un climat politique où les tensions restent palpables, à quelques mois des prochaines échéances locales et provinciales.
Par cette prise de parole, Kamitatu ouvre un nouveau chapitre dans le débat national et relance la question de l’éthique politique et de la responsabilité de l'élite congolaise. Reste à savoir quelle sera la riposte de Jean-Pierre Bemba et de ses partisans face à ce coup de semonce inattendu, mais qui, assurément, marque les esprits.
Jérémie ASOKO