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Les kermesses volent la vedette aux boîtes de nuit à Bandal et à l'IPG
Si vous traversez Kinshasa en cette période de vacances, inutile de vous diriger directement vers les boîtes de nuit pour la couleur douce. Le cœur de la fête a changé d'adresse. Il bat désormais au rythme des kermesses.
À Kin la belle, la nuit n'a plus tout à fait le même visage. Les néons des boîtes de nuit, autrefois rois incontestés des soirées, semblent aujourd'hui faire aux kermesses de vacances. Bars, terrasses, lounge bars... tous paraissent perdre du terrain. Le phénomène n'est pas passé inaperçu. À en croire les observations de terrain, notamment faites par le reporter de Forum des As, le vendredi 31 juillet dernier, les kermesses sont en train de redessiner la carte des nuits kinoises.
Sur l'avenue Inga, à Bandalungwa, le contraste est frappant. Autrefois, à partir de 22 heures, les boîtes comme Métro Bar ou Pigeon Vert affichaient complet. Les fêtards s'y pressaient, se bousculaient, parfois s'entassaient, "comme des sardines" dans une boîte de nuit jusqu'au petit matin.
Les sièges vides ne livrent pas encore toute l'histoire, mais ils en disent long. La foule, elle, s'est déplacée à quelques mètres de là, vers le terrain municipal où se tient une kermesse devenue incontournable.
Des tables alignées, des groupes d'amis assis sur des chaises en plastique ou debout, verre à la main, dans une ambiance à la fois désordonnée et festive. Un public compact, presque collé-serré, comme si toute la ville avait reçu la même invitation et y avait répondu.
Ce soir-là, cerise sur le gâteau : le groupe Bayuda du Congo est annoncé. Leur musique Mutuashi fait vibrer les lieux. Une ambiance électrique, des cris, des danses improvisées, et une foule encore plus dense. De quoi faire grimper la température... et les prix de tout ce qui est proposé.
ENGOUEMENT ET FASCINATION À L'IPG
À l'IPG, le décor est presque similaire. Même sans concert majeur, l'engouement reste palpable. La kermesse attire, captive, retient. Pourtant, les produits vendus ne sont pas différents de ceux proposés dans les boîtes de nuit ou les bars classiques : bières, grillades, brochettes... parfois même à des prix plus élevés.
Selon certaines indiscrétions, obtenir un espace VIP pour installer un stand peut coûter jusqu'à 25.000 dollars américains. Une somme qui explique en partie les tarifs jugés "exorbitants" par certains habitués.
Mais alors, pourquoi un tel succès ? La réponse semble simple : le changement. Mieux que la quête de nouveauté.
Les Kinois, toujours en quête de sensations nouvelles, se tournent vers ces espaces ouverts, plus libres, moins codifiés. Ici, pas de dress code strict, pas de sélection à l'entrée. L'ambiance est populaire, spontanée, parfois chaotique... mais authentique.
On y vient pour voir et être vu, pour danser sans contrainte, pour rire fort, pour oublier un instant le quotidien. Bref, pour vivre autrement la nuit. Mais à quel prix ?
TAS DE PRÉSERVATIFS APRÈS LA SOIRÉE
Derrière cette effervescence, une autre réalité se dessine. Au petit matin, le décor change brutalement. Les lieux, hier encore animés, se couvrent de déchets. Bouteilles vides, restes de nourriture... et parfois des traces plus préoccupantes, comme des préservatifs usagés.
UN CONSTAT QUI INQUIÈTE
Officiellement, l'organisation des kermesses est interdite dans les enceintes scolaires, sur les terrains de sport, aux abords des hôpitaux ou encore dans les centres de promotion sociale. C'est dans la théorie. Car, dans la pratique, chaque soir, ces espaces accueillent des foules importantes.
Pour les acteurs éducatifs et certaines organisations de la société civile, la situation traduit une dérive. Un constat qui inquiète.
Intervenant sur les ondes de la Radio Okapi, Serge Bondedi, coordonnateur de l'ONG IMAE, soutient que cette prolifération s'explique notamment par le manque criant d'infrastructures publiques de loisirs à Kinshasa. Faute d'espaces adaptés, les organisateurs investissent les écoles, avec des conséquences parfois désastreuses, tant sur le plan sanitaire que moral.
La question reste donc entière : les kermesses sont-elles encore des espaces de divertissement sain ou sont-elles devenues des lieux de dépravation des mœurs ? Difficile de trancher. D'un côté, elles offrent aux jeunes un espace de liberté, de rencontre et de divertissement. De l'autre, elles posent de sérieux problèmes d'encadrement, de sécurité et d'hygiène.
Une chose est sûre : à Kinshasa, la nuit a trouvé un nouveau terrain de jeu. Et pour l'instant, les kermesses semblent bien décidées à ne pas céder leur place.
Christian-Timothée MAMPUYA