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Le parler cru de Guterres: un mal pour un bien
Faut-il crier haro sur le baudet à la suite des déclarations du Secrétaire général de l’ONU sur le M23 ? Faut-il vouer aux gémonies, avec force imprécations, Antonio Guterres pour son aveu de faiblesse face au mouvement rebelle pro Rwanda ? Ayant les nerfs à fleur de peau – sainte et saine ire oblige-, nombre de Congolais seraient tentés de déverser leur bile sur le patron de l’administration onusienne.
A priori, le procès du Secrétaire général des Nations Unies peut s’entendre. Sur papier, c’est bien lui le « Commander in Chief » de l’ensemble de troupes onusiennes éparpillées à travers le vaste monde. Dans les faits, le pouvoir du premier diplomate de l’immeuble de verre se bute …au plafond de verre fixé par les détenteurs de l’impérium du grand machin-dixit De Gaulle- que sont les cinq permanents du Conseil de sécurité. Et parmi ces cinq, le noyau au goût anglo-saxon semble avoir préempté le « marché grands lacs ».
Le parler vrai ou parler cru d’Antonio Guterres a donc le mérite d’aider ceux des Congolais qui se faisaient des illusions sur l’ONU à ouvrir l’œil et le bon. Le parler cru du premier diplomate onusien de renseigner sur les rapports de force entre « permanents du Conseil de sécurité » par rapport à la sempiternelle agression rwandaise assortie de « rébellions-écrans« .
Lorsqu’il conseille pour la millième fois des négociations avec des agresseurs patentés de la RDC, Guterres se fait l’écho des agendas des puissances qui font sous-traiter le dossier RDC voici un quart de siècle ! Alors que pour l’Ukraine, le bloc occidental est vent debout contre la Russie. Pour ce « crime de lèse-souveraineté« , des milliards de dollars pleuvent, de l’armement dernier cri sort du complexe militaro-industriel. Face au M23 armé au nez et à la barbe de l’ONU par le Rwanda, patatras, la communauté internationale exprime son aveu d’impuissance à haute et intelligible voix !
De ce point de vue, Antonio Guterres est comme ce thermomètre qui indique le degré du corps. Ce n’est assurément pas en cassant ce thermomètre que les Congolais feront baisser la fièvre.
Que faire alors ? Dénoncer à longueur d’agression le complot contre la RDC ? Continuer à ériger des murs de lamentation, quitte à se retrouver avec un gratte-ciel de jérémiades ? Sombrer ad vitam aeternam dans l’incantation ?
Plutôt que de se tromper de réponse et même de colère, il convient pour les Congolais de mettre en pratique tout le bréviaire souverainiste dont la pierre angulaire est l’auto-prise en charge enseignée par des icônes de la libération comme Kimpa Vita, Simon Kimbangu, Lumumba et Laurent-Désiré Kabila.
Personne ne viendra libérer la RDC de la mainmise sournoise de puissances étrangères ni de l’emprise ouverte de leurs sous-traitants rwandais et ougandais. Le salut ne viendra donc ni de l’Occident ni de l’Orient, encore moins de New York, la franchise de Guterres en fait foi.
Il n’est, à cet égard, pas superfétatoire de répéter cette citation du romancier Louis Gauthier: « On ne libère pas un peuple, il se libère lui-même. Tant qu’il s’érige des images de sa liberté, il se crée de nouvelles chaînes« . José NAWEJ