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Le dialogue en perspective augure-t-il un nouveau départ pour la RDC ?
(Méditation citoyenne de Frank FIKIRINI)
La Déclaration des principes signée le samedi 19 juillet dernier à Doha (Qatar) entre le gouvernement de la RDC et l'AFC/M23 a été saluée à juste titre comme un pas appréciable vers la paix, que l'on veut totale et durable, en République démocratique du Congo, tous les qualificatifs valant leur pesant d'or. Toutefois, des doutes et craintes s'expriment ça et là du fait qu'aucun de nombreux dialogues qui ont émaillé l'histoire politique du pays n'a vraiment donné le go pour un véritable aggiornamento. L'impression générale est que les politiciens sont chaque fois servis, mais jamais le peuple en tant que tel.
Les plus optimistes d'entre les Congolais veulent croire, nonobstant les indicateurs qui pourraient justifier un certain scepticisme, que cette fois soit la bonne, pourvu que la volonté pour ce faire s'affiche clairement dans le chef des acteurs-clés. En d'autres termes, les citoyens lucides souhaitent qu'à l'occasion du énième dialogue entre Congolais, après tous ceux qui se sont succédé depuis l'indépendance jusqu'à celui de Sun-City 2002, la République cesse enfin de faire du sur-place ou d'avancer à reculons, pour enfin entamer son décollage sur tous les plans : économique, social, etc.
A l'évidence, il faut pour cela, oser " faire un break " selon l'expression de Didier Mumengi, récemment bien inspiré à cet égard, c'est-à-dire, observer un temps d'arrêt. Cela relève tout naturellement du bon sens. Celui qui commande que soixante-cinq ans après l'accèssion de la République démocratique du Congo à sa souveraineté nationale et internationale, avec des égarements, des ratés, des tergiversations, les meurtrissures imposées par des guerres récurrentes ainsi que le comportement fort critiquable de la classe politique et des différents responsables de la chose publique à divers niveaux, on veuille bien évaluer d'où l'on vient et dessiner clairement, en connaissance de cause le chemin de l'avenir.
Il faudra, notamment, parvenir à corriger les tares de la classe politique dont de nombreux acteurs peinent à intégrer dans leurs plans la perspective de ce que le Congo doit devenir à moyen et long termes. " La politique du ventre " (Cf. Bayart, Jean-François, L'Etat en Afrique : La politique du ventre, Paris, Fayard, 2e édition, 2006) qui les caractérise, a fini par effacer de leurs projets toute perspective d'avenir pour le pays. Car leurs calculs s'arrêtent à ce qui leur faut faire ou payer pour toujours "se retrouver " aux côtés des puissances du jour, quelles que soient leurs convictions et approches de gouvernance. Ah ! Oui. Pas étonnant qu'il y ait manque de perspective là où les acteurs politiques n'ont pas de convictions idéologiques ou convictions tout court.
Il faut donc, par-delà l'évidente nécessité de correction ou rectification de l'approche de gouvernance en cours, qui a généré moult frustrations légitimes, oser courageusement procéder à un nouveau départ, à la fois dans la praxis, mais aussi au sens de reformatage mental, de la classe politique elle-même. Le concept de reformatage a sur celui de "changement" (souvent utilisé dans ce cas), l'avantage d'insinuer et même de signifier la mentalité plutôt que l'âge. Car il y a des jeunes corrompus et des vieux intègres et inversement, même si au bout du compte, il faut quand-même qu'à un certain moment, les vieux cèdent la place aux jeunes. Evidemment, pas n'importe comment. Tout cela doit se penser, sous une forme de "voile d'ignorance", pour utiliser l'expression du philosophe américain John Rawls (Cf. John Rawls, A theory of justice, Havard University Press, 1971 - version originale - ; Théorie de la Justice - traduction de Catherine Audard -, Seuil, Cambridge, 1987 et 1997, 700 pp.).
John Rawls fixe comme horizon pour la discussion raisonnable (dimension que devrait atteindre le dialogue projeté), le principe d'équité (justice) qui ne peut être garanti que par ce qu'il appelle le " voile d'ignorance". Une notion développée par Thomas Hobbes, John Locke et Emmanuel Kant, formalisée par John Harsanyi et reprise par John Rawls dans son ouvrage Théorie de la justice (1971). Il s'agit d'une méthode consistant à penser le système sociétal en mettant en épochê ses propres intérêts, c'est-à-dire ses goûts, ses attributs et sa position dans l'espace social. Cela en vue d'établir la moralité du problème faisant l'objet de l'examen requérant ledit voile d'ignorance. On pourrait ainsi affirmer que le voile d'ignorance est l'oubli méthodologique de son " moi". Il correspond à une position originelle hypothétique qui est telle que personne ne connaît "sa place dans la société, sa position de classe ou son statut social, pas plus que personne ne connaît le sort qui lui est réservé dans la répartition des capacités, et des dons naturels, par exemple l'intelligence, la force, etc."
Certains diront que cette approche relève de l'apolitisme, considérant que le ressort du politique c'est son intérêt, sans lequel il ne peut ni s'engager ni agir. Dans cet ordre d'idées, on a attribué à un patriarche, comme on les appelle en RDC, un vétéran de la classe politique congolaise, l'expression selon laquelle "ce qui se fait sans vous se fait contre vous ". Mais pourquoi donc le caractère général et impartial requis pour les règles de droit, devrait être banni du champ politique, lieu par excellence où il est requis? N'est-ce pas également cela qu'il faut oser changer : oser mettre l'intérêt général avant ceux des individus politiquement ou socialement engagés ?
Compris sous ce prisme, les enjeux du dialogue en perspective, bien que procédant d'un conflit substantiellement politico-militaire, devraient intégrer, par-delà les questions de belligérance, toutes les questions fondatrices du bon vivre ensemble, dont la mauvaise gestion a conduit et/ou pourrait encore conduire, de bon droit, à l'agacement d'une catégorie de citoyens. La paix se construit à bon escient. Il nous faut donc avoir le courage d'oser relever sous un format inclusif et dans une lecture, non pas diachronique mais synchronique, de notre histoire commune, les acquis à consolider, les revers à surmonter et les utopies à explorer en vue de bâtir "un pays plus beau qu'avant, dans la paix" tel que stipulé dans l'hymne national, laquelle paix est devenue un défi permanent depuis des décennies. Ce, " par le labeur" et non autrement, comme nous le prévient encore le même hymne national.
Pour revenir à la question qui inspiré la présente réflexion, le dialogue en perspective augure-t-il un nouveau départ pour la République démocratique du Congo ? La réponse est que c'est possible, pourvu que les acteurs - et pas que les politiques - soient vraiment déterminés pour gagner ce pari, car ç'a en est un.
Aucun artifice ou prétexte n'éludera un fait : le Congo de demain sera ce que nous en aurons fait aujourd'hui, tous, consciemment ou non, activement ou passivement. Ce ne sera pas que l'œuvre des seuls politiciens. Car nous sommes co-responsables en tant que citoyens et peuple, par action et par omission, de notre sort commun. Puissions-nous avoir le courage de le leur confier sans plus jamais le leur abandonner. Le Congo que nous voulons, tout au moins tel que nous le clamons, assumons-le au présent, tous et chacun selon sa part de responsabilité.