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L’argent au prix de l’honneur : le piège congolais
En République démocratique du Congo, la quête effrénée de l’argent est devenue une obsession, poussant nombre de nos compatriotes à franchir toutes les limites, y compris celles de l’honneur et de la dignité. Dans un pays marqué par des décennies de précarité, l’enrichissement rapide s’est imposé comme une norme sociale, reléguant au second plan les valeurs fondamentales d’intégrité et de loyauté.
Le constat est accablant : une grande partie de la population congolaise cherche à s’enrichir rapidement, sans mesurer les conséquences de cette course effrénée. Cette précipitation vers la réussite matérielle a engendré un phénomène pernicieux où l’essentiel n’est plus comment l’argent est acquis, mais seulement le fait de l’avoir.
Dans cette dynamique, nombreux sont ceux qui n’hésitent pas à emprunter des chemins de traverse, foulant aux pieds des principes fondamentaux. L’escroquerie sous toutes ses formes s’est normalisée, aussi bien dans les affaires que dans les interactions sociales. Sur les réseaux sociaux, de jeunes Congolais exposent sans scrupule des méthodes de «business» douteuses, basées sur des manipulations financières, la fraude et des arnaques sophistiquées. Le phénomène des «faux investisseurs», les promesses de rendements faramineux et les systèmes de Ponzi en sont des illustrations flagrantes.
La corruption, quant à elle, gangrène tous les secteurs, de la Fonction publique au privé. Des agents de l’État monnayent des services administratifs censés être gratuits. Des policiers, censés protéger la population, se transforment en bourreaux financiers de leurs concitoyens. Dans le monde des affaires, certains entrepreneurs trichent sur la qualité des produits ou contournent les lois fiscales pour maximiser leurs profits. Même l’éducation n’est pas épargnée : des enseignants vendent des points aux apprenants (élèves, étudiants), instaurant une culture du moindre effort qui sabote l’avenir du pays.
L’illusion du gain facile
Dans l’arène politique, la recherche du pouvoir s’est transformée en un marché où les postes s’achètent et se monnayent. Pour accéder aux hautes fonctions, certains n’hésitent pas à soudoyer des intermédiaires ou à trahir leurs propres convictions. Le service à la nation a cédé la place à l’opportunisme et à la quête effrénée de privilèges personnels.
Ce qui aggrave cette précipitation, c’est l’illusion selon laquelle la richesse se construit en un clin d’œil. Dans l’imaginaire collectif, la réussite ne semble plus être le fruit du travail acharné, mais plutôt le résultat d’un coup de chance, d’un stratagème ou d’une manœuvre rusée.
Dans cette logique, l’effort est souvent méprisé. De nombreux jeunes préfèrent chercher des «deals rapides» au lieu de s’investir dans des métiers exigeant patience et persévérance. Les artisans qualifiés, ingénieurs, agriculteurs et autres professionnels voient leurs compétences dévalorisées face à ceux qui font fortune dans des activités opaques. Cette mentalité freine le développement d’une véritable culture entrepreneuriale fondée sur la rigueur et la qualité.
Une société malade de l’argent
Pire encore, cette frénésie de l’argent a déshumanisé les relations sociales. L’amitié, la famille et même la solidarité communautaire sont souvent sacrifiées sur l’autel du profit. Des frères se trahissent pour quelques billets, des amis deviennent ennemis pour une affaire juteuse, et la confiance disparaît progressivement de la société congolaise.
Le mal est profond. La politique n’est plus un engagement, mais un business. L’administration publique est gangrenée par la recherche du profit personnel. L’entrepreneuriat se confond avec le parasitisme économique. Même dans le domaine religieux, des figures jadis considérées comme des références morales succombent à la tentation de l’argent facile, transformant la foi en une industrie de manipulation.
La situation est d’autant plus préoccupante que cette mentalité se transmet d’une génération à l’autre. Au lieu de se projeter dans l’effort, l’innovation et le travail bien fait, la jeunesse congolaise est trop souvent entraînée dans une spirale d’opportunisme et de recherche de solutions immédiates et faciles, compromettant ainsi l’avenir du pays.
L’urgence d’un réveil collectif
La RDC ne pourra pas se relever tant que son peuple continuera à sacrifier son honneur sur l’autel de l’argent. L’histoire nous enseigne que les nations qui se sont construites sur des valeurs fortes ont su résister aux épreuves et bâtir des économies solides et durables. Le Congo regorge de ressources naturelles et humaines exceptionnelles, mais celles-ci ne serviront à rien si elles sont exploitées dans la corruption et la trahison des idéaux.
Il est temps d’inverser la tendance. Il faut réhabiliter l’honneur, l’effort et la dignité dans la conscience collective. Cela passe par une éducation qui valorise l’éthique, une gouvernance qui prône la transparence, et une société civile qui refuse la complaisance face aux pratiques malsaines.
L’argent est un moyen, non une finalité. Et lorsqu’il devient un objectif absolu, il détruit les fondements mêmes d’une nation. Le Congo a besoin d’une génération qui comprend que la richesse ne se mesure pas seulement en billets de banque, mais aussi en valeurs et en principes. Car au bout du chemin, la véritable réussite est celle qui s’accompagne du respect de soi et de l’héritage que l’on laisse aux générations futures.
Le peuple congolais est à la croisée des chemins. Soit il continue dans cette spirale destructrice où l’argent dicte tout, soit il amorce un retour vers des valeurs qui bâtissent une nation forte et respectée. Le véritable défi est là : choisir entre la facilité éphémère du gain sans honneur ou la construction patiente d’une prospérité durable et digne.
L’avenir du Congo dépend de ce choix. Jérémie ASOKO