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Kinshasa, quel village d'autrefois, quelle ville hier et aujourd'hui ?
(Une Tribune du Prof. Jacques Fumunzanza Muketa)
On avait pendant longtemps chanté, non sans fierté, Kisasa-poto- moyindo, Kin-la-belle. On voulait s'en convaincre face à Brazzaville, ''Poto-Poto'', modeste capitale de l'Afrique française. Mais quelles sont les origines de ce Kinshasa ? Dans cette tribune, le chroniqueur kinois, Fumunzanza Muketa expose trois périodes de son développement : Kinshasa d'autrefois (Des temps reculés à 1881) ; Kinshasa colonial (1881 - 1960) et Kinshasa d'aujourd'hui (1960 à ce jour).
Kinshasa d'autrefois : Des temps anciens à 1881
D'après l'archéologue, le P. Hans Von Moorsel de l'Université de Kinshasa, la préhistoire de Kinshasa se confond avec celle de la grande plaine. Celle-ci serait le fond d'une mer intérieure disparue, le Pool Malebo en serait le résidu. Cette origine explique la nature sablonneuse du sol et la présence de tant de surfaces marécageuses qui rendent nécessaires des travaux d'assèchement pour construire certains quartiers de la ville.
Le site de l'actuelle ville de Kinshasa est habité par des hommes depuis des millénaires. Kinshasa n'est pas né en 1881 avec l'installation de Stanley à Kintambo pour le compte de Léopold II, roi des Belges comme l'a longtemps inculqué l'histoire coloniale. Des archéologues, des géologues, des anthropologues et historiens ont établi des preuves de l'occupation du site de Kinshasa depuis les temps anciens.
Les fouilles qui ont exhumé le passé de Kinshasa, plusieurs fois millénaires, ont été faites sur l'ensemble de la plaine, depuis les environs des rapides de Kinsuka, à l'ouest, jusqu'aux rives de la Ndjili à l'est, des bords du fleuve, au nord et aux collines qui ferment le site au sud. Le test au carbone 14 a révélé la présence d'un peuplement humain il y a 26 mille ans. L'occupation à une époque plus éloignée a été attestée.
Le peuplement des temps modernes de la région de Kinshasa par différents peuplades nous est rapporté par des voyageurs européens aux XVIIe et XIXe siècles, notamment par les témoignages des missionnaires capucins italiens qui y étaient venus dans le but de rencontrer le chef Makoko. Leurs déclarations nous révèlent un autre Kinshasa plutôt prospère que celui, misérable, de la période coloniale.
Le premier témoignage est celui du P. Geronimo (Jérôme) de Monterssachio qui avait séjourné pendant 22 jours en février 1655. Il nota dans son Diaire cette affirmation: " Je m'acheminai vers Ngobila et j'arrivai à la rive du Zaire à un endroit où se trouvait un marché fréquenté par des Kongo venus de l'intérieur et par des gens de l'endroit " (. . .). De l'agglomération de Ngobila (Kinshasa) il en fit cette description : " Celle-ci, très grande, est située le long de la rive du Zaire " (F. Bontinck, Entre Brazzaville et Kinshasa).
Quarante-quatre ans plus tard deux autres capucins, Fra Luca (Luc) de Caltanisetta et Fra Marcelino (Marcelin) d'Atri, s'y séjournèrent, à leur tour, du 25 mai au 2 juin 1698, où ils visitèrent de grands villages : Lemba, Kintambo, Binza, Nkulu, Kimbangu, etc. Luca de Caltanisetta fut émerveillé devant le village où résidait le chef Ngobila : " La situation du Ngombela est très agréable et belle, plus que tout autre endroit du pays du Kongo, parce que la ville se trouve au bord du Zaire, dans une plaine fort étendue, entourée de montagnes … Le fleuve ressemble ici à une petite mer où l'œil découvre partout de petites embarcations, conduites tant par les femmes que par les hommes. Nous en virent bien deux cents. On prend beaucoup de poissons dans le fleuve " (. . . ).
De son coté, Fra Marcelino d'Atri avait noté : " Quand nous allâmes inspecter certaines petites iles, nous vîmes du fleuve que la Mbanza du Ngobila s'étendait sur une longueur de 5 à 6 miles ". (Diaire de Fra Luca de Caltanisetta, cité par L. de Saint-Moulin dans Contribution à l'histoire de Kinshasa).
Deux siècles plus tard, l'expansion des agglomérations du sud du Pool continue d'impressionner les européens qui viennent dans la région, juste au début de la création en 1885 de l'Etat Indépendant du Congo. En visite dans la région au mois de septembre 1887, le Suédois Hans Von Schwerin parla non seulement de Kinshasa et Kintambo mais aussi d'autres villages : " La rive méridionale du Stanley-Pool est constituée par de vastes plaines entourées d'hémicycles de montagnes d'une élévation moyenne venant aboutir aux deux extrémités de celui-ci. Le pays est fort peuplé… Plusieurs villages, très étendus et très peuplés, situés dans des sites pittoresques et entourés de baobabs et de palmiers, notamment Lemba, Kimbango et Mikongo qui constituent de véritables villes africaines " (Fumunzanza, Kinshasa d'un quartier à l'autre, p.34).
Le village Lemba, particulièrement, avait reçu plusieurs visiteurs européens qui témoignaient son importance et son prestige de grand village. Le pasteur protestant William H. Bentley de l'English Baptist Mission l'avait visité en juin 1887 et avait noté: " C'est là que réside Makoko, un de plus importants chefs de la région. Lemba est une agglomération relativement étendue pour un village africain et se compose d'une série de groupes de maisons, de quatre à huit, séparées de quelques yards de brousses ". Arrivé le 31 décembre 1889, jour du marché, Alfred Nenquin, capitaine et commissaire de district avait noté : " Il y avait là une forte population et le marché était richement approvisionné ".
Voilà comment les voyageurs étrangers européens décrivirent la région de Kinshasa, une sorte de confédération des villages d'avant la conquête coloniale.
Ces témoignages attestent que le XIXe siècle colonial n'est pas la seule période migratoire humaine de la région du Pool Malebo.
Kinshasa colonial : 1881 - 1960
Le 1er décembre 1881 marque l'effondrement et l'occupation des villages des environs du Pool ainsi que débute la trame d'un nouveau peuplement mélangé et les bases de la domination et de l'organisation du pouvoir colonial. L'histoire coloniale raconte que H. M. Stanley avait reçu cette portion de terre par un traité signé avec Ngaliema, Chef du village Kintambo contre fusils et autres babioles, un traité que contestera le chef Mukoko de Lemba. Stanley nommera d'abord ce lieu de son nom, Stanley-Pool Station, puis Léopoldville, du nom du roi.
C'est le 26 février 1885 que fut proclamée la reconnaissance officielle de l'Etat indépendant du Congo de Léopold II, roi des Belges. Par étapes successives, les populations locales seront déplacées vers le sud, loin du fleuve, autant de fois que l'exigeront les intérêts du pouvoir colonial et des sociétés privées. Pour s'installer durablement, en plus des traités léonins signés avec les chefs traditionnels, Stanley et son armée de Zanzibarites recouraient aux razzias et incendiaient des villages récalcitrants. La prison, les réquisitions forcées, le portage, les déplacements des villages, la déportation des chefs et autres exactions faisait dépeupler les villages.
Le Kinshasa que chantait Antoine Mundanda était formé de trois quartiers blancs, Léopoldville, à l'ouest, à la Baie de Ngaliema (Léo-Ouest ou Léo-II), premier lieu ou s'était établi H. M. Stanley ; la Gare à l'est (Léo-Est ou Léo-I) et au centre, Kalina, le quartier gouvernemental de l'empire colonial. Ces trois espaces étant interdits de séjour et de circulation aux populations noires.
Parallèlement à la nouvelle répartition géographique de l'espace urbain, des grandes entreprises, pourvoyeuses d'emplois et de justification de séjourner à Léopoldville, à l'est comme à l'ouest : Interfina, Citas, Sonatra, Banque du Congo Belge, Sabena, Utex-Léo, la Poste, la Cadeco, la Gare, le Beach, l'Hôtel A.B.C, H.C.B, SYNKIN, etc contribuaient à la construction et à la définition de cette Ville européenne à la lisière de laquelle, du côté sud, se fixait la Cité, quartier des Noirs, des '' boys'' et autres travailleurs au service des Blancs.
Les missions catholiques majoritairement belges, arrivées en 1888 après les protestants bénéficiant des faveurs de l'Etat colonial, étaient mises à contribution à l'œuvre coloniale par l'évangélisation et la moralisation des Noirs, ont marqué durablement les quartiers de leur empreinte : Eglise Saint-Léopold, Cathédrale Sainte-Anne, Eglise du Sacré-Cœur, Eglise Notre-Dame du Congo, Eglise Saint-Pierre, Eglise Christ-Roi …
Et les protestants anglais avec Grenfel, Comber et Bentley de la Baptist Missionary Society (B.M.S.) étaient les premiers à arriver, en 1882. En 1883 arrivèrent à leur tour le Dr Sims et le Rév. Bellington de la Livingstone Inland Mission (L.I.M.) devenue American Baptist Mission Union (A.B.M.U.) ; le Temple protestant (1915) de la mission B.M.S, à la Pointe anglaise, Ngonga Misioni à Saint-Jean, etc., posèrent, eux aussi, leurs marques bien que leur attachement au système colonial était tenu pour douteux.
Ainsi était formé ce qu'on avait appelé la ''Trinité coloniale'' par les trois pouvoirs, l'Etat colonial, les Missions catholiques et les Entreprises.
Les quatre premiers quartiers de la Cité, des années 20 - 30, Barumbu, Kinshasa, Saint-Jean (Lingwala) et Kintambo s'étaient agrandis en population, ils avaient vieilli et étaient devenus archaïques à tous égards. On créa alors des Nouvelles Cités au cours des années 40-50, Dendale, Ngiri-Ngiri et le nord-Kalamu avec priorité pour les ''évolués''.
Il était dit sans cesse que Léo, fièrement qu'on le disait, était une ville extraordinaire, follement active, moderne, grandiose en Afrique centrale. Mais à regarder de près, les Noirs étaient désillusionnés, devenus étrangers sur leur propre sol. Le chanteur brazzavillois, Antoine Mundanda, n'avait pas seulement chanté la ville idyllique européenne. Il avait aussi et surtout révélé l'autre face cachée, occulte de la Cité où vivaient la majorité de la population africaine, la ville ségrégationniste. Elle ne valait pas la réputation de l'autre, Léopoldville, la blanche. Car en effet, la police coloniale tracassière, le buku, à tout coin de rue, " Nzela ya Ndolo ", est bien le titre de la célèbre chanson de Mundanda, la dureté de la loi à Léopoldville, la prison, ville cruelle, où le sans emploi n'avait pas droit de cité.
Deux Léopoldville, Ville et Cité, contrastées, de populations non mélangées, vivaient cote à cote. En 1930, cette population de Léopoldville s'éleva à 40.000 habitants dont 3.000 européens. Elle atteignit 50.000 habitants en 1940. Grace à la prospérité des années de l'après-guerre, la ville fit appel à une main-d'œuvre grandissante qui en 1950, porta sa population contrôlée à 200.000 habitants et elle s'éleva à 470.000 habitants en 1960, année de l'indépendance.
Aux constructions individuelles en pisé et en toit de chaume, avec çà et là, des maisons en ciment et de toit en tôle, ont succédé des logements Fonds d'Avance et Fonds du Roi, des constructions de l'Office des Cités Africaines (O.C.A.) à Dendale, Ngiri-Ngiri et Kalamu nord ; et des Cités planifiées de l'Office national de logement (O.N.L.) dont Bandalungwa est le prototype. On les observe aussi à Kalamu sud, à Kintambo, au Camp Babilon, à Matete et à Lemba, cités autonomes ainsi que Ndjili. Leurs maisons sont à étage et basses, de standing varié.
Jacques Fumunzanza Muketa