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Kasaï-Central : 16 résidences réduites en cendres et plusieurs blessés graves
Dans la nuit du samedi 28 juin, le village de Malamba, localité du groupement Ana-Lumbu (secteur de Bushimaïe, territoire de Luiza), a été le théâtre d'une tragédie évitable. Seize habitations réduites en cendres, des familles déplacées, des blessés et un climat de terreur qui rappelle les heures sombres des conflits coutumiers non résolus dans cette partie du Kasaï-Central.
Derrière ces flammes, une réalité plus complexe se cachent un conflit de légitimité entre deux chefs locaux, des rivalités économiques autour d'un point stratégique, et surtout, un silence institutionnel qui laisse planer le spectre de nouvelles violences.
UNE CRISE DE SUCCESSION À L'ORIGINE DU DRAME
Tout commence en novembre 2023, après le décès du chef de localité Mabuku Raz. Selon la tradition, son frère cadet, Mubuku Lofombo, est désigné pour lui succéder. Une décision entérinée par le chef de groupement Léonard Musau Bukama, en poste depuis 2018.
Mais un groupe dissident, mené par un certain Mbumba, conteste cette nomination et contourne l'autorité coutumière en s'adressant directement à l'administrateur du territoire de Luiza. Contre toute attente, ce dernier désavoue le chef de groupement et impose Mbumba comme nouveau chef de localité. Donc, à l'origine de ce drame, une crise de succession.
"Je n'avais pas compétence pour installer quelqu'un choisi en dehors des traditions", confie Léonard Musau, qui dénonce une ingérence administrative illégitime. Une commission mixte (ANR, PNC, chef de secteur) avait pourtant tranché en faveur de Lofombo. Mais quelques semaines plus tard, l'administrateur revient, accompagné du chef de secteur Laurent Ntumba Mulele, pour installer Mbumba - sans consulter ni la communauté ni les autorités coutumières reconnues.
Résultat : deux chefs pour une même localité, une division profonde et une bombe à retardement.
LE BIEF MALAMBA-KABUANGA: UN ENJEU ÉCONOMIQUE EXPLOSIF
Au-delà de la question successorale, un autre facteur attise les tensions : le contrôle du bief Malamba-Kabuanga, un point de traversée stratégique sur la rivière Lulua. Chaque passage y est taxé (jusqu'à 5.000 FC par vélo ou passager), et les revenus sont théoriquement partagés entre l'État, le groupement et la localité, selon un calendrier précis.
Mais depuis cinq mois, seul Mubuku Lofombo percevait ces taxes. Mbumba, bien que soutenu par l'administrateur, était marginalisé. La frustration a atteint son paroxysme le vendredi 27 juin, lorsqu'une violente altercation a éclaté sur les berges du bief. Un blessé grave, une personne portée disparue, et, dans la nuit, des coups de feu et des incendies criminels ont ravagé seize maisons - quatre du côté de Lofombo, douze dans le camp de Mbumba.
Ce n'est malheureusement pas un cas isolé. En mai 2025, à Masala (chef-lieu du territoire), des membres de la famille régnante avaient tenté de destituer Léonard Musau, lui reprochant une gouvernance autoritaire et un manque de dialogue. Ils avaient alors promu un autre chef, Lambert Mpayi Mundembo, créant ainsi une nouvelle fracture.
"Mbumba agit avec la bénédiction de l'administrateur du territoire", accusent plusieurs sources locales. Une situation qui alimente les suspicions de collusion entre certains responsables administratifs et des factions coutumières dissidentes.
LE SILENCE COUPABLE DES AUTORITÉS
Malgré nos multiples sollicitations, ni l'administrateur du territoire de Luiza ni le chef de secteur de Bushimaïe n'a répondu à nos demandes d'éclaircissements. Ce mutisme est lourd de conséquences : il entretient l'impunité, nourrit les rancœurs et expose les populations à de nouveaux cycles de violence.
La société civile et les notables locaux multiplient les appels au dialogue. "Il n'y aura jamais de développement sans paix", insiste un notable de Bushimaïe. Mais en l'absence d'une médiation neutre et d'une volonté politique claire, ces appels risquent de rester lettre morte.
À Malamba, les cendres sont encore chaudes. Les familles sinistrées errent, cherchant un abri, tandis que les enfants dorment à même le sol. Le feu est éteint, mais la braise politique couve toujours.
Cette crise illustre un problème plus large : la déliquescence de l'autorité de l'État dans les zones rurales, la politisation des chefferies et l'absence de mécanismes efficaces pour résoudre les conflits fonciers et coutumiers.
Sans une intervention urgente et impartiale des plus hautes autorités provinciales et nationales, Luiza risque de sombrer dans un cycle infernal de violences. La balle est désormais dans le camp des décideurs : agiront-ils avant que d'autres vies ne partent en fumée ?
Félix MULUMBA KALEMBA