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INTERVENANT LE 2 AOÛT LORS DE LA CÉLÉBRATION DU GÉNOCOST, Félix Tshisekedi : "La mémoire est une œuvre de vérité et un rempart contre le retour des atrocités"
Les Congolais ont commémoré, le dimanche 2 août, la Journée nationale du Génocost dans un climat de recueillement et de mobilisation nationale. Depuis le Mémorial du Génocost, à Kinshasa, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, a appelé ses compatriotes à faire de la mémoire des millions de victimes des guerres et des atrocités un levier de vérité, de justice et de paix durable, rejetant toute instrumentalisation du passé.
"La mémoire n'est ni le culte du passé ni l'entretien des blessures. Elle est une œuvre de vérité, une exigence de justice et un rempart contre le retour des atrocités", a déclaré le Chef de l'État, dans un discours empreint de gravité et d'espérance.
Instituée il y a quatre ans, la Journée nationale du Génocost est consacrée à la mémoire des millions de victimes des guerres, des massacres, des violences sexuelles, des déplacements forcés et des pillages qui ont endeuillé le pays, en particulier sa partie orientale.
Des cérémonies de recueillement ont été organisées dans toutes les provinces ainsi que dans plusieurs représentations diplomatiques congolaises à l'étranger. À Kinshasa, la cérémonie officielle au Mémorial du Génocost a été suivie d'une grande mobilisation populaire à l'Esplanade de l'Échangeur de Limete, rythmée par des activités culturelles et artistiques.
"PEUPLE ÉPROUVÉ, MAIS JAMAIS VAINCU"
Dans son adresse à la Nation, Félix Tshisekedi a rappelé que la construction d'un avenir commun passe nécessairement par une confrontation lucide avec l'histoire du pays.
"Les nations se construisent par les espérances qu'elles portent. Elles se forgent aussi dans les épreuves qu'elles surmontent et dans la vérité qu'elles ont le courage de regarder en face. L'histoire de la République démocratique du Congo est celle d'un peuple éprouvé, mais jamais vaincu, meurtri, mais toujours debout", a-t-il affirmé.
Le Président de la République a insisté sur le fait que cette journée de mémoire n'a ni pour vocation de raviver les blessures ni de maintenir la nation prisonnière de son passé.
"Notre nation rassemble sa mémoire, sa douleur et son espérance. Elle ne le fait ni pour raviver les blessures, ni pour demeurer prisonnière du passé, encore moins pour se constituer un fonds de commerce, mais pour rétablir la vérité, rendre aux victimes la place qui leur revient dans notre histoire et préserver les générations futures du retour de l'innommable", a-t-il souligné.
"AUCUNE DE CES VIES NE SAURAIT ÊTRE RÉDUITE À UN CHIFFRE"
Le Chef de l'État a rendu hommage aux victimes en rappelant que derrière chaque statistique se cachent une vie, une famille et un destin brisé.
"Aucune de ces vies ne saurait être réduite à un chiffre. Derrière chacune d'elles, il y a un visage, une histoire, une famille, des rêves et une promesse d'avenir. Chacune appartient désormais à la conscience de la Nation. Chacune nous oblige", a déclaré Félix Tshisekedi, saluant les familles endeuillées, les survivants ainsi que les communautés profondément meurtries par les conflits.
Le Président a également salué la mémoire des femmes, des hommes et des enfants victimes des violences, ainsi que le courage des survivants qui continuent de porter les traces des tragédies vécues.
"LA RÉPUBLIQUE NE PEUT NI SE TAIRE NI SE RÉSIGNER"
Évoquant les nombreux sites marqués par les massacres et les violences, de Kasika à Makobola, de Kisangani à Kishishe, en passant par Bukavu, Uvira, Rutshuru, Shabunda, Kamituga ou encore Nyankunde, le Président a estimé que ces tragédies ne constituent pas des événements isolés.
"Ces tragédies s'inscrivent dans des cycles de violence, de prédation, d'ingérence et d'impunité qui ont meurtri notre peuple et fragilisé notre cohésion nationale", a-t-il déploré, dénonçant également la déstabilisation des structures traditionnelles dans plusieurs territoires par l'assassinat ou le remplacement forcé d'autorités coutumières.
Pour le Chef de l'État, la République a désormais le devoir de documenter les crimes, de recueillir les témoignages, de préserver les preuves et d'assurer la transmission fidèle de cette histoire aux générations futures.
"La République ne peut ni se taire ni se résigner. Elle doit rechercher et établir les faits, préserver les preuves, identifier les victimes et honorer leur mémoire. Elle doit transmettre une histoire affranchie du déni, de la falsification et de l'oubli", a-t-il insisté.
Félix Tshisekedi a expliqué que c'est précisément de cette exigence qu'est née l'initiative du Génocost, présentée comme un engagement de l'État à ne laisser "aucune souffrance congolaise sombrer dans l'indifférence, aucun crime se dissoudre dans l'oubli et aucune victime être ensevelie une seconde fois sous le silence de l'histoire".
UNE COMMÉMORATION QUI "NE VISE AUCUN PEUPLE"
Le Président a cependant tenu à préciser que cette commémoration ne vise aucun peuple en particulier.
"Cette commémoration n'est dirigée contre aucun peuple. Elle n'est ni un appel à la haine ni une invitation à la vengeance. Elle affirme une conviction universelle : il ne peut y avoir de paix véritable sans vérité, de réconciliation durable sans reconnaissance des souffrances, ni de justice lorsque la dignité des victimes est sacrifiée au calcul de l'opportunité politique", a-t-il déclaré.
Le Chef de l'État a, en outre, rappelé la nécessité de distinguer le devoir de mémoire de la qualification juridique des crimes.
Selon lui, le Génocost constitue le cadre mémoriel dans lequel la République honore les victimes des crimes internationaux et des violations massives des droits humains, tandis que la qualification éventuelle de génocide relève exclusivement des institutions compétentes, sur la base des preuves et des critères établis par le droit international.
"La mémoire recueille, conserve et transmet. Le droit enquête, qualifie les crimes et établit les responsabilités. La mémoire protège les victimes contre l'effacement. La justice protège la société contre l'impunité et la répétition", a expliqué le Président, réaffirmant l'engagement du Gouvernement à faire progresser simultanément ces deux impératifs.
Instituée en vertu de l'article 28 de la loi du 26 décembre 2022 relative à la protection et à la réparation des victimes des violences sexuelles liées aux conflits ainsi que des crimes contre la paix et la sécurité de l'humanité, la Journée nationale du Génocost est célébrée chaque 2 août, date marquant le déclenchement de la deuxième guerre du Congo en 1998. Elle se veut un rendez-vous de mémoire, de justice et de reconnaissance en hommage aux millions de Congolais victimes des violences qui ont marqué le pays depuis plus de trois décennies.
Jérémie ASOKO