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Deuxième épisode : Patrice Emery Lumumba et le discours du 30 juin 1960, une paternité incontestable La preuve par l'intertextualité
(Par Jean-Claude MATUMWENI MAKWALA, Professeur ordinaire)
La première partie de notre réflexion sur le discours de Patrice Lumumba du 30 juin 1960 avait abouti aux conclusions suivantes :
1. A supposer qu'il n'ait pas rédigé ce discours, Patrice Lumumba en a été incontestablement l'auteur intellectuel ;
2. Tout porte plutôt à croire que contrairement à certaines affirmations par trop péremptoires, Lumumba en a soit été le rédacteur, soit a minima, le co-rédacteur.
Dans cette seconde partie, un dernier type d'argument mérite d'être examiné. Il s'écarte des arguments et contre-arguments des historiens marqués par de flagrantes contradictions et plonge dans le corps même du discours pour tenter de faire éclater la vérité.
Cet argument émane de deux affirmations convergentes.
La première est celle de Jean Van Lierde, à qui on a longtemps attribué à tort la paternité du discours de Lumumba le 30 juin 1960.
Dans une interview au programme intitulé "Parcours et trésors" diffusé sur le site Mboka na biso, Van Lierde déclare en effet: "Evidemment, tout de suite, on a dit : "L'auteur de ce texte, évidemment, c'est Van Lierde. Or, je n'ai pas écrit une ligne de ce texte… Sinon, c'est tout à fait le style de Patrice. "
Tout à fait le style de Lumumba, affirme Van Lierde
La seconde affirmation est de François Ryckmans, qui écrit : "Tous les proches du Premier ministre sont formels : Lumumba a rédigé son discours, tout en discutant certaines idées avec ses proches. LA LECTURE DE TOUS LES AUTRES ARTICLES ET DISCOURS DE LUMUMBA SUFFIT A S'EN ASSURER. " (C'est moi qui souligne).
Ces propositions nous intéressent car elles suggèrent de mener une analyse intertextuelle du discours du 30 juin 1960 au regard des autres publications de Patrice Emery Lumumba.
"L'intertexte, selon le linguiste Michel Riffaterre, est la perception, par le lecteur, de rapports entre une œuvre et d'autres qui l'ont précédée ou suivie".
Ces rapports peuvent être de différents types : citations, allusion, références explicites ou implicites, parodie ou pastiches, etc.
La raison fondamentale du recours à l'intertextualité dans un discours ou un texte est qu'elle ne ment pas.
L'intertextualité est comme un inconscient du texte.
On peut travestir un fait historique, manipuler un document, mais l'intertextualité, elle, dénonce toujours un rapport textuel, et donc sa source ou plus généralement son auteur soit de vive voix dans le cas de citations, soit discrètement, dans le cas des allusions et des références implicites.
Pour apprécier l'importance de l'intertextualité, il faut savoir que les techniques actuelles d'anti-plagiat utilisées de plus en plus dans le domaine de la recherche scientifique relèvent des procédures intertextuelles.
Recourir à l'intertextualité signifie donc qu'on pense repérer dans un discours des évocations soit directes soit implicites d'autres discours.
Sauf qu'ici, il s'agit d'établir, toujours en restant fidèle à la suggestion de François Ryckmans, ce type de relations entre ce discours de Lumumba et… d'autres discours ou écrits de Lumumba lui-même.
Ce recours à l'intertextualité est inspiré d'une audition attentive du discours en question.
On observe alors qu'aucun, mais alors aucun des thèmes y abordés n'est étranger à la pensée de Lumumba.
Il les a tous déjà traités dans ses écrits et discours antérieurs.
Repérer ces traces d'intertextualité conduira donc à affirmer l'idée-force de cet épisode, à savoir que LUMUMBA N'A PAS ATTENDU DUVIVIER, VAN LIERDE, BLOUIN, DIALLO TELLI OU TIBOU TOUN KARA POUR EXPRIMER LES POINTS DE VUE QUE, A L'OCCASION DE CE DISCOURS, ON A ATTRIBUES A CEUX-LA QU'A LUI-MÊME, COMME S'IL EUT ETE INCAPABLE D'ENONCER PAREILLES OPINIONS.
ET CERTAINES DE CES IDEES EXPRIMEES LONGTEMPS AVANT LE 30 JUIN 1960 Y SONT REPRISES QUASI EXPRESSIS VERBIS.
Nous allons pour ce faire suivre en quelques stations l'énonciation de ce discours et repérer ces relations recherchées entre Lumumba et Lumumba.
Sur un plan méthodologique, point n'est besoin de réécouter ce discours en entier.
Seuls quelques extraits, supports d'intertextualité seront proposés.
C'est parti :
"Congolais et Congolaises, combattants de l'indépendance aujourd'hui victorieux, je vous salue au nom du gouvernement congolais. "
Notre première station nous arrête dès la huitième seconde, sur l'expression "Combattants de l'indépendance".
Elle fait partie du lexique de Lumumba longtemps avant son usage dans le discours du 30 juin. Lumumba avait déjà employé une expression quasi-similaire notamment dans son droit de réponse au Directeur du Courrier d'Afrique le 28 avril 1959 à la suite de la déformation de ses propos au sujet des leaders de l'ABAKO lors de sa conférence du 22 avril à l'Université Libre de Bruxelles. (In Van Lierde, pp. 95-96).
Lumumba écrit au Directeur du Courrier d'Afrique : "Ce qui est plus grave et qui frise de la méchanceté, c'est que vous vous êtes permis de déformer singulièrement mes paroles".
"Cela ne m'étonne guère, car je connais la campagne sournoise qu'on mène contre moi au Congo, soit directement, soit par des voies détournées. Et pour cause ! Parce que je désire, ensemble avec les autres COMBATTANTS DE LA LIBERTE, défendre la cause de notre peuple. "
Un détail significatif doit être relevé : dans son draft corrigé, cette expression, comme d'autres opinions sur lesquelles nous allons nous arrêter, ne fait pas partie des extraits ajoutés à la main : elle est dactylographiée, preuve qu'il l'y avait inscrite dans la rédaction même avant toute correction.
Revenons au discours :
A partir de 1'05 jusqu'à 1'28 : "Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd'hui dans l'entente avec la Belgique - pays ami avec qui nous traitons d'égal à égal -, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c'est par la lutte qu'elle a été conquise.
Une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n'avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. "
Deuxième station : Lumumba déclare vouloir "Traiter d'égal à égal avec la Belgique" : cette affirmation forte apparaît déjà dans son discours du 22 avril 1959 à l'ULB : "Nous voulons avoir aujourd'hui la direction de notre pays pour que nous puissions, SUR UN PIED D'EGALITE, établir des accords entre la Belgique indépendante et le Congo indépendant, et ainsi on peut entretenir l'amitié entre les deux peuples. "
Lumumba parle ensuite d'Indépendance conquise par la lutte :
On retrouve une idée similaire dans son Discours à Léopoldville le 28 décembre 1958 : "L'indépendance que nous réclamons au nom de la paix ne doit pas non plus être considérée par la Belgique comme un cadeau mais au contraire, il s'agit de la jouissance d'un droit que le peuple congolais avait perdu". (in Van Lierde, pp. 30-31)
Revenons au discours, à 1'57 : " Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu'au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l'humiliant esclavage qui nous était imposé par la force. "
Troisième station :
Lumumba déclare vouloir "Mettre fin à l'humiliant esclavage qui nous était imposé par la force" :
C'est une idée présente déjà lors de sa tournée de propagande dans la province du Kasaï, où il déclara, le 6 septembre 1959 : "Le Congo n'est pas la propriété des Belges, c'est un pays comme tout autre. La notion selon laquelle Léopold II avait légué le Congo à la Belgique est fausse car même du point de vue du droit, on ne peut léguer un peuple à un autre mais bien un objet matériel. D'une part on nous dit que la Belgique nous a délivrés de l'esclavage et d'autre part on nous déclare que le Congo, avec ses habitants et ses ressources a été légué à la Belgique sous forme d'un pays conquis. La Belgique doit donc avouer qu'elle nous a plongés dans un nouvel esclavage camouflé" (Van Lierde, p.113).
Revenons au discours
Quatrième station : à partir de 2'20 jusqu'à 3'52 : "Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire, car nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d'élever nos enfants comme des êtres chers.
" Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des " nègres ".
Qui oubliera qu'à un Noir on disait "tu", non certes comme à un ami, mais parce que le "vous" honorable était réservé aux seuls Blancs ?
"Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort."
" Nous avons connu que la loi n'était jamais la même selon qu'il s'agissait d'un Blanc ou d'un Noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses ; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même. "
Dans ce long extrait, Lumumba décrit différentes déclinaisons de ce que les spécialistes des techniques policières appellent "profilage".
Selon Dupuis-Déri, deux thèses complémentaires occupent le débat sur le profilage: "La thèse majeure affirme que la police réprime des individus uniquement en raison de leur identité raciale, sociale ou politique, même s'ils ne commettent aucun méfait. La thèse mineure affirme plutôt que lorsqu'ils commettent un méfait, les individus profilés sont plus rapidement et plus durement réprimés que les autres qui posent les mêmes gestes, mais que la police ne surveille pas aussi attentivement".
Lumumba exprime ces deux orientations notamment par l'expression "loi accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres", qui résume ces différentes déclinaisons.
Mais, est-ce la première fois qu'on trouve cette description du profilage sous la plume de Lumumba ?
Que non !
Il faudrait lire des extraits de son ouvrage Le Congo terre d'avenir est-il menacé ? où il écrit, pp. 88 : "L'idéal serait d'avoir un jour une juridiction unique applicable à la fois aux Blancs et aux Africains. Actuellement, on constate que dans la répression des délits, les peines sont atténuées pour les Européens ? l'application est parfois suspendue (droit de sursis) ? tandis que pour les Noirs, la répression semble être plus sévère et compte généralement des longues peines corporelles. Ainsi, une même infraction est réprimée de façon différente selon qu'il s'agit d'un Blanc ou d'un Noir : Au premier, on inflige souvent la peine minimum, au dernier, la peine maximum."
La discrimination n'affectait pas les Noirs uniquement face aux Blancs, mais également face aux mulâtres ; Lumumba écrit en effet: "Les mulâtres eux (mulâtres non reconnus), par le simple fait de leur couleur brune, portent des souliers, ont une tenue convenable, dorment sur des lits pourvus de matelas, draps de lit, moustiquaires, mangent bien, ont des boys détenus à leur service, pendant que d'autres Congolais plus évolués et plus civilisés qu'eux, vivent dans des conditions inqualifiables et qui sont beaucoup plus inférieurs (sic !) à leur degré d'évolution. "
Difficile de croire que l'extrait sur le profilage qu'évoque Lumumba ne soit pas de sa plume, et pour cause: il ne s'agit pas d'une simple réflexion philosophique, mais d'un témoignage de faits vécus : Il a en effet écrit le livre Congo terre d'avenir est-il menacé ? pendant son séjour en prison en 1956.
Revenons au discours avec cet autre extrait qui poursuit la déclinaison du profilage :
3'54-4'15 : "Nous avons connu qu'il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillotes croulantes pour les Noirs, qu'un Noir n'était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits " européens " ; qu'un Noir voyageait à même la coque des péniches, aux pieds du Blanc dans sa cabine de luxe. "
Cinquième station : Ecoutons à présent un autre extrait porteur d'intertextualité, de 6'42 à 6'58 : "Nous allons mettre fin à l'oppression de la pensée libre et faire en sorte que tous les citoyens jouissent pleinement des libertés fondamentales prévues dans la Déclaration des Droits de l'Homme. "
Nous allons faire régner non pas la paix des fusils et des baïonnettes, mais la paix des cœurs et des bonnes volontés."
Ces idées se retrouvent dans d'autres discours de Lumumba :
- Discours d'Accra le 11 décembre 1958: "Nous fondons notre action sur la Déclaration Universelle des Droits de l'homme ? droits garantis à tous les citoyens de l'humanité par la Charte des Nations Unies ? et estimons que le Congo, en tant que société humaine, a le droit d'accéder au rang des peuples libres.
" Nous désirons voir établir dans notre grand pays un Etat démocratique moderne, assurant la liberté, la justice, la paix sociale, la tolérance, le bien-être et l'égalité des citoyens, sans discrimination aucune. "
Et dans le discours du 28 décembre 1958 à Léopoldville : " L'Etat congolais sera basé sur l'égalité, la solidarité et la fraternité de tous les Congolais ". (Van Lierde, p. 32)
Sixième station : 9'01-9'43 "Ainsi, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, le Congo nouveau que mon gouvernement va créer sera un pays riche, libre et prospère. Mais pour que nous arrivions sans retard à ce but, vous tous, législateurs et citoyens congolais, je vous demande de m'aider de toutes vos forces. Je vous demande à tous d'oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l'étranger. "
Cette position contre le tribalisme n'est pas neuve.
Elle se trouve dans la pensée de Lumumba dès 1951.
Jean-Marie Mutamba Makombo, dans un ouvrage compilant et commentant les articles de Lumumba dans la presse, signale un article publié dans les colonnes du journal La Croix du Congo.
Réagissant au sentiment tribaliste qui prenait pied dans l'Association des Evolués de Stanleyville (A.E.S.), Lumumba écrivit en effet: "Si nous voulons du progrès dans nos associations, nous devons nous unir sans antipathie de clan ou de profession. Supprimons le mot " étranger " sur nos lèvres. Nous sommes tous Congolais et habitons notre Congo. L'appellation ''étranger'' ne s'applique qu'aux indigènes originaires des colonies voisines. Un Congolais, quel que soit le coin du Congo où il preste ses services, ne peut pas y être traité d'''étranger''. Il est toujours dans son pays, le Congo Belge. "
Dans un autre article, daté de 1953, il écrivit : "nos petites divisions ethniques n'ont pas à intervenir dans nos rapports humains. "
Cette idée est du reste cohérente avec son rejet du "fédéralisme régional", qu'il décria avec d'autres compatriotes dans une lettre datée du 25 août 1958 adressée à Léon Pétillon, alors gouverneur général du Congo belge et du Ruanda-Urundi.
Le 5 mai 1960, lors d'un meeting à Bukavu, il en appelle à l'unité et à la fin des "querelles inutiles".
Ces prisons de position lui vaudront ce commentaire de Jean-Marie Mutamba Makombo dans son ouvrage précité : "Assurément, Lumumba, détribalisé, récusait toute forme de tribalisme ou de régionalisme. "
Septième station 10'12-10'23 : "Je vous demande enfin de respecter inconditionnellement la vie et les biens de vos concitoyens et des étrangers établis dans notre pays. "
Cette phrase résonne en échos à plusieurs autres productions discursives d'avant le 30 juin 1960.
Nous n'en donnerons que trois références intertextuelles :
1. Lors de sa tournée de propagande au Kasaï, il dit :
"Aucun Européen ne pourra être dépossédé de ses biens, les Congolais ne sont pas des brigands. Nous sommes des partisans de l'ordre, du respect des personnes et des biens d'autrui. "
2. Lors d'une déclaration à la séance de la Table ronde du 27 janvier 1960, il affirme :
"Nous disons ici publiquement que nous allons assurer aux entreprises européennes, belges et autres, la sécurité des biens et des personnes. Nous avons le respect des biens et des personnes. Nous ne sommes pas des pirates. On ne peut pas concevoir que demain nos populations vont saccager ce qui a été réalisé ou s'approprier ce que les Belges possèdent là-bas. "
3. Enfin, lors des déclarations finales à la Table ronde le 20 février 1960, il avait déclaré :
"Aux Européens vivant au Congo, nous leur demandons de rester chez nous et d'aider le jeune Etat congolais dans la construction du pays. Nous avons besoin de leur concours. Nous leur garantissons la sécurité de leurs biens et de leurs personnes. "
Que conclure après ces quelques stations intertextuelles dans le discours du 30 juin ?
D'autres extraits auraient sans doute pu servir à la démonstration.
Mais il nous semble que ceux-ci soient suffisamment illustratifs.
Notre opinion est que plusieurs passages, sans doute parmi les plus forts, témoignent d'une part d'une pensée déjà formée et affirmée longtemps avant ce discours, et d'autre part, de l'expression d'un homme qui témoigne de faits qu'il a lui-même vécus et non pas d'une expression par procuration.
Les références que cette analyse fait aux prestations antérieures de Lumumba démontrent notre hypothèse selon laquelle il n'a pas attendu ces "écrivants" pour exprimer ces idées.
Ainsi, bien qu'ayant sans aucun doute participé à la correction de ce discours, ni Duvivier, ni Van Lierde, ni Mme Blouin, ni Diallo Telli, ni Toun Kara n'auraient pu exprimer des faits d'un tel ancrage dans le vécu.
A supposer même qu'ils aient écrit ce texte, Lumumba a dû le réécrire dans son lexique et son style, exprimant son vécu de colonisé.
Kashamura a parlé de "profondes retouches".
Enfin, en comptant bien, on en est à presqu'une dizaine de personnes impliquées dans ce discours (nous n'avons pas compté d'autres noms, évoqués notamment par Kashamura, tels que Félix Moumié, Jacques Lumbala et Joseph Mbuyi).
Ça fait quand même trop de monde.
Alors qu'à l'inverse, le deuxième discours prononcé par Lumumba ce jour-là, dans la soirée, pour tenter de réparer les "torts" entre guillemets du discours de la journée, a une paternité jamais contestée. Son rédacteur, Gaston Eyskens, alors Premier ministre belge, déclarera plus tard : "Je fus le nègre de Lumumba".
Dans le discours prononcé par Lumumba lors de la cérémonie du 30 juin au Palais de la nation, l'apport intertextuel est tel que l'on peut affirmer qu'il y parle de sa pensée politique, de sa vie et de celle de ses compatriotes.
Nul autre que lui-même n'aurait été capable d'une telle authenticité expressive.
Cette conclusion paraît plus vraisemblable que toute autre affirmation le réduisant à un simple lecteur d'un discours sur lequel il n'aurait assumé aucune autre responsabilité que celle de lui prêter sa voix.