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Bunagana disparait peu à peu du discours congolais
Un vieux dicton malien dit : « Ne pas taire, mais garder, là, sous (devant) ses yeux, donc dans son esprit, sa préoccupation majeure, de crainte que le silence ne conduise à l’oubli et… peu à peu à sa perte définitive». Qui, de nos jours, se préoccupe encore des vieux dictons ? Ils font partie des reliques reléguées loin dans le coin oublié de l’histoire. Seules les vieilles personnes s’en souviennent encore. Or se soucier du passé est la meilleure manière de scruter l’avenir. Car, les vieux pensent à l’avenir. Mais, pas pour eux-mêmes, pour leurs progénitures.
En RDC, le fait préoccupant du jour auquel tous devraient garder là, devant les yeux et dans l’esprit, c’est « la perte de Bunagana au profit de Rwanda ». Or, l’évocation de ce nom, (une bourgade perdue dans les collines frontalières du Rwanda et de l’Ouganda), était hier, le florissant poste douanier, devenu une référence identitaire congolaise. Cette bourgade de quatre syllabes (BU.NA.GA.NA) n’est plus évoquée ou il l’est de moins en moins dans le discours congolais qu’il soit politique, diplomatique et social.
De moins en moins aussi dans les salons huppés de la haute société kinoise (Gombe, Ma-Campagne, Pigeon, Mont-Fleuri…), Bunagana est devenu un fragile et lointain souvenir sans écho. Pourtant, il évoquait, il y a si peu à travers des discours mélodramatiques des uns et des autres le reflet «d’une énième humiliation congolaise, de la fourberie reptilienne rwandaise et d’éternelle complicité ougandaise ». A cette époque, très proche et dans une extrême urgence, deux sommets des Chefs d’Etat se sont tenus, la CIRGL à Luanda et l’EAC à Nairobi. Tous les deux ont exigé : «le retrait sans condition de Bunagana des terroristes du M23 et de leur soutien RDF ».
A l’époque de la prise de Bunagana par les terroristes de M23, avait suscité dans l’opinion congolaise effervescence, agitation et indignation générale. Etaient manifestes, dans les quartiers chauds de Kinshasa, fortes agitations : Malweka, Camp Luka, Masina, Kimbaseke dans les bistrots de la route Kimbuta à N’Djili, de Limete 7ème Rue, de Nyangwe à Lingwala, de Sheta/Bon Marché, dans les très nombreux coins de Kinois où se réunissent les « Parlementaires debout ». Partout dans la ville, sur toutes les lèvres, l’expression des gestes et des pensées, un seul mot tonnait et jaillissait sans cesse et de partout : BUNAGANA.
Il s’est ajouté la mobilisation des musiciens en tenue militaire sur les chaines de télévisions, rivalisaient d’ardeur : compositions, chansons, danses, concerts… pour encourager les FARDC à plus d’engagement, d’ardeur et de victoires pour libérer Bunagana. Il eut aussi des séances de sensibilisation des jeunes pour les services militaires à Kinshasa, des marches de soutien aux FARDC et manifestations de dénonciations contre les terroristes M23 et son soutien, étaient organisées avec succès. Ont été offerts aux FARDC des dons en espèces et en natures où le spectaculaire, la démonstration et l’extravagance avaient une place de choix. Puis…Silence ! Est-ce l’oubli ? Le silence sur Bunagana est monté si haut et si fort qu’il perfora les tympans gouvernementaux.
Entre silence et oubli il n’y a qu’un petit pas…
D’aucuns franchissent allègrement le petit pas qui distance le silence et l’oubli, sans remords, sans soucis, sans transition, avec un cœur léger. Malheureusement toutes ces folles agitations ne semblent avoir qu’un effet de paille. Il s’en est suivi un silence si assourdissant et retentissant qu’aujourd’hui les oreilles bourdonnent de silence dont l’écho est brusque, lointain. Il pousse les Congolais à tomber dans un oubli amnésique collectif de leur préoccupation d’hier. Ne favorise-t-il pas l’état de « fait accompli » ? N’y a –t-il pas dans le chef des Congolais, une sorte de fatigue qui les contraint de passer du silence à l’oubli et à constater que, se basant sur un certain nombre d’indicateurs, Bunagana ne sera plus récupéré ? Les difficultés d’approvisionnement en armes pour des FARDC dues à l’embargo dont la RDC est victime ; le retard et la timidité constatés de la diplomatie congolaise ; la faiblesse de stratégie gouvernementale ; la naïveté des Congolais ; la corruptibilité des Congolais ; le Secrétaire d’Etat américain, de passage à Kinshasa, n’a pipé mot sur Bunagana; le sommet de SADC n’a pas accordé à BUNAGANA, l’attention à laquelle il a droit.
Les échauffourées entre FARDC et M23-RDF, ont eu lieu loin de Bunagana du 15 au 16 août 2022 aux petites heures du matin. D’après Infocongo.net, le champ de bataille fut la localité de Bewa non loin de Rutshuru, distante de Bunagana. Le fait que le M23 s’attaque à des localités lointaines, n’est-ce pas un message qui veut dire que BUNAGANA leur serait acquise ?
Ainsi, de plus en plus BUNAGANA disparait des évocations congolaises et se rapproche de l’oubli. Or, l’oubli est le signe avant -coureur du «fait accompli». C’est que sagesse malienne se révèle d’une éclatante vérité. Dès qu’un peuple ne tient plus vivant à l’œil et à l’esprit, le sujet qui le préoccupe, il l’oublie peu à peu et le perd assurément. Il est symptomatique le silence conservé par les Congolais sur Bunagana, ne l’ont-ils pas oublié ? Ne le perdent-ils pas ?
Je refuse d’être prophète de malheur.
Kakese Vinalu
Correspondance particulière.