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Ambassadeur Ndolamb : "Ma priorité aujourd'hui, c'est de mener à bien la mission que m'a confiée le Président de la République "
* Celle " d'impulser un nouvel élan dans la coopération entre le Royaume-Uni et la RDC, dans l'intérêt de nos deux peuples ", confie-t-il.
Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la RDC au Royaume-Uni, Ndolamb Ngokwey totalise deux ans à son poste. Dans un entretien exclusif à Forum des As, le diplomate a accepté de nous parler à cœur ouvert de ces deux années de sa mission. Interview.
Vous venez d'accomplir deux ans comme Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la RDC au Royaume-Uni. Quel est le bilan des deux années ? Quelles ont été les principales réussites ?
Deux ans, c'est bien peu pour parler de véritable bilan. Je préfère évoquer un processus, ou plutôt des jalons dans ce processus. La diplomatie, c'est un travail de longue haleine - on parle parfois de "diplomatie des petits pas". Cela dit, il y a tout de même des motifs de satisfaction, des réussites dont on peut être fier. Je pense notamment au dialogue politique de haut niveau que nous avons pu instaurer avec le gouvernement, l'opposition et le parlement britanniques. Il y a aussi notre collaboration avec les institutions financières britanniques et le travail mené avec la diaspora.
Quels ont été les points forts de la mission ?
Il y a plusieurs points forts. On peut citer le travail en profondeur mené avec le gouvernement et le parlement britanniques sur la situation à l'Est de la RDC, qui a abouti à des déclarations publiques laissant entrevoir un fléchissement de la position britannique. Il y a eu également l'organisation, en avril 2024, de la plus grande mission commerciale et d'investissement britannique en RDC. Autre point marquant: les liens que nous avons consolidés avec la diaspora, tant pour ses activités au Royaume-Uni qu'en RDC. Sans oublier la promotion de la culture congolaise, le développement de la coopération scientifique et culturelle, et l'amélioration continue des services consulaires.
Nous avons aussi rencontré quelques difficultés, notamment sur le plan de la communication. D'une part, la question congolaise reste très peu présente dans la presse britannique. D'autre part, nous avons parfois du mal à rendre visibles nos nombreuses actions et les résultats obtenus. C'est un chantier important sur lequel nous travaillons activement.
Comment se sont établies les relations avec les autorités locales ?
Les relations avec les autorités britanniques sont bonnes, aussi bien formelles qu'informelles. Nous avons des échanges réguliers avec les responsables du Foreign Office, les membres du parlement - notamment via le Groupe parlementaire multipartite sur la RDC - et l'Envoyé spécial pour le commerce. D'ailleurs, j'avais commencé à rencontrer certains responsables de l'actuel gouvernement lorsqu'ils étaient encore dans l'opposition. À l'époque, j'ai rencontré cinq "ministres de l'ombre" - aujourd'hui tous devenus ministres. Cela facilite grandement le dialogue.
Comment la diaspora congolaise a-t-elle été prise en charge ?
La diaspora congolaise est l'une de nos grandes priorités à l'ambassade. Nous faisons l'effort de la connaître, de recenser ses membres. On découvre des talents incroyables dans tous les domaines : ingénieurs, médecins, écrivains… Il existe des associations professionnelles congolaises, une association de Matanga, et de millier ONG dirigées par des Congolais. Les Églises congolaises sont aussi très présentes : la Pastorale Congolaise du Royaume-Uni regroupe plus de trois cent quatre-vingt-sept Églises avec plus de quatre cent cinquantaine Pasteurs de réveil. Il existe une grande aumônerie catholique. Il y a également une forte présence kimbanguiste, ainsi que des Congolais dans les Églises protestantes, la communauté musulmane, et même au sein du protocole du Parlement britannique ou de la sécurité du Foreign Office.
Comment avez-vous contribué à promouvoir la culture et l'image de la RDC?
Plusieurs Congolais excellent tellement dans leur domaine que nous avons lancé une initiative appelée "l'homme ou la femme du mois", pour mettre à l'honneur leurs réussites. Nous appuyons leurs initiatives, aussi bien au Royaume-Uni qu'en RDC. Et nous encourageons les investisseurs potentiels à associer les Britanniques d'origine congolaise à leurs projets en RDC.
La culture est pour nous un levier diplomatique essentiel. Vous connaissez mon attachement à la culture, à la fois par formation et par passion. Je crois fermement au Soft Power, et la culture en est un vecteur puissant. C'est donc un domaine prioritaire. Nous avons identifié plusieurs opérateurs culturels congolais ici au Royaume-Uni : dans la musique (Awilo Longomba, Claudia Bakisa, Kasai Masai, Mbonda Kamikaze, la fanfare kimbanguiste…), mais aussi dans le théâtre (V12), l'animation culturelle (Popaul Mukalenge), et l'écriture (l'Association des écrivains congolais du Royaume-Uni).
Nous les associons autant que possible à nos événements : fête de l'indépendance, Mois de la femme, Journée mondiale du swahili, etc. Le grand projet à venir, c'est l'ouverture d'un Centre Culturel Congolais à Londres. Le besoin est réel, tant pour la diaspora que pour notre diplomatie publique. C'est une priorité du gouvernement, et nous espérons que le Royaume-Uni fera partie des pays pilotes pour l'implantation de ces centres. On me demande parfois : "Pourquoi êtes-vous aussi fière de cette diaspora, alors que l'État n'a pas contribué à son succès ?" Justement ! C'est parce qu'elle a réussi malgré l'absence de soutien qu'elle mérite notre reconnaissance.
Comment avez-vous collaboré avec les autres ambassades et les organisations internationales?
Avec la Centrale, il existe un système interne de communication qui fonctionne bien. Je peux vous confirmer que nos relations sont excellentes. Nous avons également tissé des liens solides avec les ambassades des pays de la SADC, de la Communauté d'Afrique de l'Est, d'Afrique Centrale, ainsi qu'avec celles des pays dans lesquels j'ai travaillé durant ma carrière à l'ONU. Bien entendu, les ambassades des membres du Conseil de sécurité ont aussi été sollicitées dans le cadre de notre plaidoyer stratégique.
Quelles sont vos ambitions pour la suite de votre carrière ?
Je n'emploierais pas le mot "ambition", qui peut paraître fort. Après trente ans de carrière aux Nations Unies et compte tenu de mon âge, je parlerais plutôt de vocation. Ma priorité aujourd'hui, c'est de mener à bien la mission que m'a confiée le Président de la République, Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, pour impulser un nouvel élan dans la coopération entre le Royaume-Uni et la RDC, dans l'intérêt de nos deux peuples.
Notre diplomatie au Royaume-Uni repose sur quatre piliers, que j'appelle les "points cardinaux" : diplomatie politique, diplomatie économique, diplomatie culturelle et scientifique, et travail avec la diaspora - le tout soutenu par la diplomatie publique et une communication active. C'est dans cette direction que nous allons continuer.
Quant au temps libre… c'est un concept un peu théorique pour moi (sourire). Il m'arrive d'envoyer des messages professionnels à 3 heures du matin… Mais j'essaie de me ménager des moments personnels : la famille, la musique, la lecture, l'écriture. J'ai deux livres prêts à 90 %, mais je n'arrive pas à les finaliser, faute de temps libre. C'est dire !
Propos recueillis par Dina BUHAKE et Didier KEBONGO