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Mécanisme monétaire: la BCC accélère l'intégration financière avec le PAPSS, l'EAC et l'intelligence artificielle
La Banque centrale du Congo (BCC) franchit un nouveau cap dans l'intégration financière de la République démocratique du Congo. À Nairobi, du 16 au 18 septembre, le Gouverneur André Wameso Nkualoloki a engagé plusieurs initiatives majeures autour des paiements transfrontaliers, de la coopération monétaire africaine et de la transformation numérique des banques centrales. Au cœur de cette offensive : l'adhésion de la RDC au système panafricain de paiement PAPSS et son entrée dans un nouveau mécanisme monétaire avec les pays de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC).
La séquence de Nairobi aura été particulièrement dense pour la BCC. En trois jours, la Banque centrale congolaise a multiplié les engagements destinés à renforcer les connexions de la RDC avec les infrastructures financières africaines, tout en participant aux réflexions sur l'avenir de la politique monétaire et l'utilisation de l'intelligence artificielle.
Le fait majeur reste la signature, le 18 septembre, de l'accord consacrant l'adhésion de la RDC au Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS).
Cette intégration doit permettre de renforcer l'interconnexion du système national de paiement avec les infrastructures régionales et continentales, avec l'ambition de faciliter les transactions transfrontalières, d'en réduire les coûts et les délais et d'améliorer la traçabilité des flux financiers.
LA RDC RENFORCE SES LIENS MONÉTAIRES AVEC L'EAC
Pour la RDC, cette évolution s'inscrit également dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont le développement repose notamment sur des mécanismes de paiement capables d'accompagner l'intensification des échanges commerciaux intra-africains.
Dans la même dynamique, André Wameso a signé, le même jour, le mémorandum d'entente entre les banques centrales des États membres de l'EAC sur la convertibilité des monnaies et le rapatriement des devises.
La cérémonie s'est déroulée en présence d'Emmanuel M. Tutuba, Gouverneur de la Banque de Tanzanie et président du Comité des Affaires monétaires de l'EAC.
Avec cet accord, la RDC rejoint le Burundi, l'Ouganda, la Tanzanie, le Kenya et le Soudan du Sud dans ce mécanisme destiné à faciliter les transactions entre opérateurs économiques de la sous-région.
L'objectif est notamment de réduire les coûts et les délais des paiements transfrontaliers, d'améliorer la traçabilité des flux et de fluidifier les échanges commerciaux.
Cette initiative ouvre ainsi un nouveau chantier pour les relations économiques entre la RDC et ses partenaires de l'EAC, tout en s'inscrivant dans les efforts engagés autour de la convertibilité du franc congolais et de la fluidité des paiements régionaux.
MOBILISER L'ÉPARGNE DOMESTIQUE EN MONNAIE NATIONALE
Au symposium de l'Association des Banques centrales africaines (ABCA), consacré à l'intégration monétaire et à la souveraineté financière du continent, le Gouverneur de la BCC a exposé les spécificités de l'économie congolaise.
Il a notamment évoqué une économie fortement dollarisée et multidevise, ainsi que les mesures prises pour améliorer le fonctionnement du marché des changes et renforcer la transmission de la politique monétaire.
Parmi les leviers cités figurent la correction du niveau des réserves obligatoires et la modernisation du marché des changes à travers des plateformes spécialisées. Selon les éléments présentés par le Gouverneur, ces mesures ont contribué à améliorer le fonctionnement du marché et à réduire certains déséquilibres de liquidité, avec un effet favorable sur le franc congolais.
Mais l'enjeu dépasse la seule stabilité monétaire. André Wameso Nkualoloki a également insisté sur la nécessité de mobiliser davantage l'épargne domestique en monnaie nationale afin de fournir à l'économie des financements de long terme.
Dans cette perspective, il a évoqué les travaux engagés avec le gouvernement pour la mise en place d'un mécanisme de fonds de pension complémentaire en francs congolais au profit des fonctionnaires de l'État.
CONVERGENCE MACROÉCONOMIQUE : L'ABCA MET LA PRESSION
Le développement des fonds de pension, des investisseurs institutionnels et d'un marché des capitaux plus profond pourrait contribuer à orienter davantage l'épargne vers le financement des économies et des infrastructures africaines.
Cette offensive congolaise s'est déroulée dans le cadre plus large des travaux de l'ABCA.
Le 16 septembre, André Wameso a participé à la réunion du Bureau de l'organisation en sa qualité de président de la sous-région Afrique centrale. Deux jours plus tard, il a pris part à la 48ème réunion du Conseil des gouverneurs de l'ABCA.
Au menu des discussions : convergence macroéconomique, harmonisation des cadres de politique monétaire, amélioration des systèmes de paiement transfrontaliers et réduction de leurs coûts.
Les gouverneurs ont également examiné l'opérationnalisation de l'Institut monétaire africain.
À l'issue des travaux, ils ont recommandé aux banques centrales de poursuivre leurs efforts en faveur de la convergence macroéconomique. La pression fiscale figure parmi les points d'attention : selon les éléments présentés lors des assises, seuls 25 % des pays atteignent actuellement la cible fixée pour ce critère.
L'IA S'INVITE DANS LES SALLES DE DÉCISION
Autre dossier majeur abordé à Nairobi : l'intelligence artificielle. Le 16 septembre, le Gouverneur de la BCC a participé à la conférence organisée par la Banque centrale du Kenya autour de l'utilisation de l'IA dans les missions des banques centrales.
Au sein du panel consacré à l'" Intelligence artificielle, la politique monétaire, l'analyse des données et la stabilité financière ", André Wameso Nkualoloki a présenté les initiatives engagées par la BCC et les perspectives d'intégration progressive de ces technologies.
Prévisions macroéconomiques, supervision bancaire, surveillance des systèmes de paiement et aide à la décision figurent parmi les domaines susceptibles de bénéficier de ces nouveaux outils.
Mais la technologie ne saurait avancer sans garde-fous. Le Gouverneur a insisté sur la nécessité d'une gouvernance rigoureuse des données, de la protection de leur confidentialité, du renforcement des infrastructures technologiques et du développement des compétences.
CONNECTER DAVANTAGE LA RDC AUX SYSTÈMES FINANCIERS AFRICAINS
De l'adhésion au PAPSS au mécanisme de convertibilité des monnaies de l'EAC, en passant par la convergence monétaire et l'intelligence artificielle, les engagements pris à Nairobi dessinent une même trajectoire pour la BCC : connecter davantage la RDC aux systèmes financiers africains tout en modernisant ses propres outils.
La facilitation des paiements transfrontaliers, la réduction des coûts des transactions, la mobilisation de l'épargne en monnaie nationale et l'approfondissement des marchés de capitaux constituent autant de leviers susceptibles d'accompagner le financement de l'économie congolaise.
Pour la BCC, le défi sera désormais de transformer ces engagements continentaux en mécanismes opérationnels capables de produire des effets tangibles pour les opérateurs économiques, les investisseurs et les ménages.
À Nairobi, la RDC n'a donc pas seulement participé aux discussions sur l'avenir du système financier africain. Elle a également posé plusieurs jalons de son propre arrimage à cette nouvelle architecture économique continentale.
FDA